2020, année sans rires




L’année 2020 s’est montrée particulièrement éprouvante pour le monde entier, avec le surgissement de la pandémie à Coronavirus. Des centaines de centaines et des milliers de morts sont dénombrés, sans oublier que depuis l’apparition du virus, pas moins de 18 millions de personnes sont actuellement données comme contaminées. Au Sénégal, cette année 2020 y est tout aussi lugubre, puisque notre pays a aussi accusé sa part de pertes de grandes figures et de ses repères, poussant d’aucuns à affirmer que l’année 2020 est une année sans rires. Des entreprises sont fermées, des emplois perdus, des familles dans la rue. Sans haine ni passion et sans se laisser déborder par leurs émotions, les Sénégalais cohabitent avec le Covid-19.

Par Abdoulaye MBOW

Le Coronavirus est venu comme pour porter l’estocade à un monde qui était déjà sous perfusion. Au-delà de plusieurs problématiques liées à la course du gain par pays – par tous les moyens -, à la puissance militaire, au terrorisme, aux menaces d’une troisième guerre mondiale, il est évident que le monde vivait déjà une guerre «froide», même si elle n’était pas officiellement déclarée. Dans la même mouvance, presque partout à travers la planète, l’évolution drastique des mouvements anti valeurs a atteint un niveau de paroxysme qui a fini de faire exploser le volcan de la démagogie comportementale. Les hommes se marient entre eux, les femmes également. Comme si nous étions revenus à l’état sauvage sans raison ; c’est juste pour des raisons de jouissance «pandoriques» que des lois sont votées pour accélérer le processus de démembrement de l’humain.

En réalité, la déshumanisation a pris le dessus sur le sens du partage, de l’entraide, de la générosité. Autant de maux qui ont poussé nombre de voix à rappeler que ce que vit actuellement le monde est une punition divine. À ce jour, des milliers de morts sont décomptés devant l’impuissance des plus grandes puissances. Des millions de personnes sont contaminées et des économies sont à genou. Sans verser dans un certain fatalisme bien homo senegalensis, il appert qu’au vu de ces rappels, se ressaisir est la meilleure option pour le moment.

Les régiments célestes et terrestres – pour paraphraser Serigne Cheikh Ahmed Tidiane, Al Maktoum – sont une réalité palpable pour les esprits doués de réflexion positive. Dans tous les cas, au moment où le Sénégal, à l’image de la communauté internationale, cherche la bonne voie pour endiguer la pandémie, des voix se taisent à jamais. 2020, année célébrée avec faste au soir du 31 décembre 2019, augurait de bonnes et réelles perspectives. Malheureusement, ce n’est pas le cas. En dehors de conséquences micro et macro-économiques, le Sénégal a beaucoup perdu. Si l’on sort du carcan de la pandémie, le rendez-vous au «Bureau» de Dieu, auquel nul n’échappera, nous soumet à une analyse approfondie du contexte. Car, nous avons énormément perdu : des voix audibles et des repères dans tous les secteurs de l’activité économique, sociale, culturelle et religieuse. En une année, le Sénégal a perdu Pape Diouf, Serigne Pape Malick Sy, Serigne Mame Bouh Mamadou Kounta, Serigne Tafsir Sakho, Mansour Kama, Reine Marie Faye, Babacar Touré, Ousmane Sow Huchard, Gora Ngom, Serigne Cheikh Ahmed Tidiane Niasse, Serigne El Hadji Moussa Dia, etc. La liste est loin d’être exhaustive. Des pertes humaines énormes, des âmes nobles rappelées à rejoindre le monde de la vérité éternelle, poussant quasiment tout le monde à défendre que nous devons changer de posture.

Ce qui est loin d’être le cas… pour le moment. À coup sûr, 2020 est une année lugubre, une année sans rires ; mais la lumière de l’espérance dépendra en partie de notre comportement à bâtir une société des valeurs. Une société de travail et non de tricherie. Une société des sacrifices et non de déperdition. Une société de bonne gouvernance et non de corruption, de détournements de deniers publics. Une société de justice et d’équité sociale, et non de brimades volontaires. Une société de partage équitable et non de partage clientéliste. Une société de gens vertueux et non de camaraderie politicienne. Une société d’investissements prioritaires et non de dépenses somptuaires. En clair, une société de repères où la méritocratie occupera une place au nom des bonnes vieilles vraies valeurs. Cela est bien possible, car les modèles politiques et économiques, les modèles de régulation sociale sont légion.