De l’introspection générale nécessaire à la suite de la pandémie du Coronavirus par Serigne Khadim Gaydel Lô




Bismillahi Rahmani Rahim
Gratitude éternelle au Seigneur Tout- puissant qui nous a dévoilés de la boue et nous a gratifiés
de la joie d’un jour de fête à travers L’Eid al Kabîr.
Paix et salutations à notre Prophète bien-aimé Mohammed (sws) qui a transformé en une
commémoration l’obéissance de son prédécesseur le prophète Abraham (sws) et la soumission
sans ambages de son fils Ismaël (sws)
Honorables croyants
Réunis ici pour respecter cette tradition de prière qui est un symbole de L’islam ; rendons
d’abord grâce à Dieu d’être présent avant de sacrifier à la formule d’usage qui consiste à
souhaiter à toute l’Oummah « Eid Moubarak – Dewanati. ».
Au demeurant voilà une célébration qui trouve toute sa portée en ce qu’elle magnifie au passage
l’odyssée de l’islam comme religion universelle et le mémento de vies exemplaires des prophètes
qui nous ont précédés et guidés. Dans ce cas-ci présent ; par l’acte de sacrifice d’un animal, nous
renouvelons par là-même notre foi dans l’unité et notre conscience d’être des serviteurs d’Allah.
En effet en acceptant de se plier à la volonté devine, ce fut un acte fort de croyance que posa
Abraham (sws) en ce jour. Corrélativement son fils y consentit sans ambigüité. Ainsi ils nous
enseignent par là-même l’attitude qui doit habiter le croyant devant l’épreuve. D’ailleurs c’est à
cause de cette action magnanime et beaucoup bien d’autres qu’Allah dans sa bonté nous décrivit
le Prophète Abraham (sws) en ces termes : « Abraham était un guide (umma) parfait. Il était
soumis à Allah, voué exclusivement à Lui et il n’était point du nombre des associateurs. (.) Il

était reconnaissant pour Ses bienfaits et Allah l’avait élu et guidé vers un droit chemin. » .
Sourate 16 versets 120-121 -Coran.
Par essence ce sacrifice ne se fait pas non plus pour la rédemption des péchés, comme dans les
périodes préislamiques. Au contraire ce sont la foi et la piété qui sont sobrement visées. Ceci
Allah nous en informe parfaitement dans le Coran au verset 37 de la sourate Al Hajj 22 : «  Ni
leurs chairs ni leurs sangs n’atteindront Allah mais ce qui L’atteint de votre part c’est la piété.
Ainsi vous les va-t-il assujettis afin que vous proclamiez la grandeur d’Allah, pour vous avoir
mis sur le droit chemin .Et annonce la bonne nouvelle aux bienfaisants. »
Face à cette épreuve de foi qui lui demanda de sacrifier son fils, le prophète Abraham (sws)
demeura stoïque comme s’il avait compris de bonne heure que les tests sont au demeurant une
clause intégrale du contrat de dévotion que tout un chacun signa avant son exil sur la terre. Et qui
dit épreuves sous-entend inexorablement la souffrance et les peines qui y sont insérées. Alors
serions-nous tentés de conclure que nous sommes testés dans notre foi par cette épidémie de
Covid 19.
Il est certain que l’histoire du monde est jalonnée de pandémies : Des dix plaies de l’Egypte
ancienne à l’épidémie de la peste du 19 e siècle ; les exemples ne manquent pas. Mais pour le
croyant sincère cet épisode sert de prime abord comme un avertissement. «  Toute âme doit
gouter à la mort .Nous vous éprouverons par le mal et par le bien (à titre) de tentation.Et c’est à
nous que vous serez ramenés. » (Coran sourate 21-35).
Dans ce cas-ci la pandémie correspond à un contexte de corruption du monde jamais égalée.
Dans une course folle pour amasser les biens on semble reléguer au second rang la notion de
Dieu et d’adoration. Dans un élan annonciateur, notre guide Cheikhoul Khadim écrivait déjà
dans son poème AXIRUL ZAAMAN : «  faltah lamou ya djoumlatal ikhwani – bi annakoum fi
akhiriz zamani (nous voyons les signes qui annoncent l’approche de la fin du monde. Tout
homme lucide devra se conformer à ces recommandations > ». «  hazaaz zamanou akhbahouz
zamani likach ratil hisyani fil bouldani (Cette époque est la pire de toutes car les péchés sont
nombreux dans tous les pays) wa kach ratil amradhi wal askhmi – wa kach ratil mawti halal
akhwami (les maladies et les maigreurs deviennent nombreuses et le taux de mortalité également
accentué)

De cette crise identitaire au niveau personnel découle une crise des sociétés que le virus a fini
d’exposer. En effet la pandémie mondiale de coronavirus est venue révéler de manière éloquente
la somme de faillites des systèmes de pensée modernes et avec elles les conséquences de
certaines politiques économiques. C’est aussi la banqueroute d’une certaine vision du monde
toujours plus orienté vers le profit plutôt que le bien-être social. Ainsi la pandémie ouvre d’une
manière béante les inégalités criantes du monde actuel et soudainement elle prive de besoins
humains fondamentaux en plaçant des millions de personnes devant le risque d’une perte d’accès
à leurs moyens de subsistance.
En d’autres termes la situation d’urgence sanitaire liée au covid 19 s’est rapidement transformée
en une crise située au cœur même de l’économie mondiale. Elle a modifié le pseudo équilibre
entre Etat et marché confirmant une fois de plus la vacuité d’un capitalisme à outrance. Un
système économique basé sur la concurrence et la recherche du profit coûte que coûte, l’une et
l’autre garanties par de puissants Etats, s’est montré incapable de faire face de manière sereine à
un choc de sante publique. L’organisation sociale s’avérant dysfonctionnelle, la question que le
musulman doit se poser est de savoir que faire alors devant cette situation.
Pour répondre, disons d’abord qu’à un niveau personnel il convient de se référer aux mots de la
tradition. AICHA (ra) a ainsi rapporté avoir interrogé le prophète sur les pandémies et il avait
répondu «  c’est une punition qu’Allah envoie à qui il veut. Mais Allah en fait une miséricorde
pour les croyants. Tout serviteur qui réside dans un pays touché par la peste, qui reste patient et
qui espère une récompense d’ALLAH, Qui sait que rien ne lui arrivera à part ce qu’Allah a
décrété recevra la récompense d’un martyr. »(Boukhari).
Voici donc le concept de souffrance dans l’épreuve et de confiance de Dieu à nouveau posé à
l’aune du verset Abrahamique «  Hasbounallah wani’emal wakiil. Dieu est notre Garant et quel
Meilleur Garant  ». Positivement parlant notons que si la souffrance est la porte d’entrée pour
une introspection de l’homme ; elle permet aussi à un retour vers Dieu tout en accroissant les
rangs du croyant. En cela elle permet de purifier des péchés tout en renforçant spirituellement et
émotionnellement. Donc demeurons stoïques face à cette épidémie !
Autant Cheikhoul khadim préconise dans AAXIROUL ZAMAN ceci : «  hazaz zamanou
zamanous soukouti wa zamanoul louzoumi lilbouyouti (cette époque est une époque

d’observance (motus et bouche cousue) tout en s’isolant dans les maisons). Wa zamanour ridha
bidha bidounil khouti wa zamanouz zoudhi mahas soumouti (c’est également une époque ou il
faut vraiment s’isoler ou s’enfuir vers les pierres ou les housses). Dans djazboul mouride il
réitère tout le substrat de cette action en synchronisant : N’attendez donc pas le jour dernier pour
agir. Si vous le faites, vous le regretteriez amèrement car l’opportunité serait passée et il ne vous
resterait alors que du regret. »
Chers croyants 
Ne soyez pas avares en dons en ce moment-ci car les charités peuvent nous protéger des
épreuves et tribulations de ce monde. Certes respectons les mesures sanitaires de distanciation et
du port obligatoire du masque mais n’oublions pas de faire du sadaqa car comme le conseille le
prophète Mohammed (sws) «  les aumônes sans attendre se dressent face aux calamites (
Tabarani).
A un niveau plus global il est certain que la pandémie a montré les faiblesses des systèmes en
cours. Un renouveau mondial s’impose. Dans cet élan la question de la réorganisation sociétale
se pose avec acuité. Ceci n’est pas seulement dans l’intérêt du travailleur mais de l’homme tout
court cherchant la félicité des deux mondes. La vie sur cette terre se résume en l’adoration de
Dieu et non le profit. En cela les concepts de djihadoul Nafs (guerre contre l’âme charnelle) et de
khidma (travail) sont la solution comme l’enseigne la Mouridiyya.
En conclusion pointons que par ce geste d’Abraham nous entendons célébrer ce que l’islam offre
de plus admirable. C’est-à-dire une religion qui accepte le legs de tous les prophètes ; une
religion de paix qui veut que l’on mette de côté toutes nos différences pour le renouveau de la
foi ; spécialement en ce jour. C’est aussi un jour de célébration de la patience telle que enseignée
par le prophète Abraham (sws) ; un moment ou le partage et la solidarité doivent atteindre leur
apogée.
Assamaleikum wa rahmatoullah
Soubhana rabbika rabbil hizzati hamma yaacifouna .Wa salamoune halal moursalina wal hamdou
lillahi rabbil halamina

Gloire a ton Seigneur, Le Maitre de la puissance. Il est au-dessus de ce qu’on Lui attribue.
Accorde Ton Salut aux Envoyés. Louange à Dieu Le maitre des mondes .

Serigne Khadim Lo Gaydel
Touba Baghdâd