Hommage à mon école primaire de LAM-LAM (SENEGAL)




« Nous avions des instituteurs. Et ce mot a un sens. Ils n’étaient pas « professeurs des écoles » comme on le dit de nos jours. Ce barbarisme néolibéral démagogique a été inventé vers les années 2000. L’instituteur ne professait pas, il accompagnait, il hissait les jeunes esprits que nous étions, à l’exploration de l’humanité. Sa mission s’arrêtait à la fin de la primaire, véritable école de la pensée, de modélisation de l’esprit et de la relation avec l’autre. 

Mes instituteurs à moi, ils nous soutenaient et étaient toujours présents en cas de nécessité. Ils nous apprenaient ce qui signifient les rapports de force, la rencontre et la négociation. Ils nous apprenaient aussi la signification de l’erreur, mais jamais dans le mépris de celui qui se trompe ou qui ne sait pas. Les instituteurs m’ont fait aimer le savoir et m’ont donné la connaissance. Grâce à la plupart d’entre eux, j’ai aimé apprendre. Ils m’ont transmis la curiosité pour les choses du monde et de la vie.

Comme l’abeille pollinise un jardin, l’instituteur captait notre attention, nous enseignait quelque chose dont nous ignorions la mécanique. Et, jour après jour, une chose fragile s’établissait entre lui et nous : la confiance. Or, il se trouve que la confiance en l’autre est le premier pas vers la confiance en soi…

A l’école de Lam-Lam, dont la première classe a été ouverte en 1957 ; les élèves et les parents d’élèves formaient une même famille. Les instituteurs étaient des oncles ou des frères. Et les résultats étaient là. Jusqu’aux années 1980 on avait cent pour cent au Certificat d’études primaires et plus de cinquante pour cent à l’entrée en sixième. Cette réussite exemplaire nous a valu la visite du président de la République d’alors Monsieur Léopold Sédar Senghor. 

J’ai presque tout oublié de cette période, mais j’ai gardé l’essentiel : ma capacité à entrer en conversation et en empathie avec mes semblables. L’aventure humaine est faite de toutes choses, son approche est une alchimie précieuse qui requiert, de la part d’un enseignant, de multiples talents. Les instituteurs que j’ai connus avaient ces qualités. Ils savaient se faire entendre sans élever la voix et punir lorsqu’il le fallait. Ils nous aidaient à entrouvrir les portes d’un monde et d’une vie que nous avions à parcourir. Si j’écris ces lignes aujourd’hui, c’est pour rendre hommage à ceux d’entre eux Mr Antoine Faye et Lucas Ndong, qui viennent de s’éteindre, longtemps, très longtemps après que j’eus la chance de compter parmi leurs élèves, à la fin des années 1972, en classe de CM2. Je n’oublie certainement pas leurs illustres successeurs et je mesure à sa juste la difficulté de leurs tâches.

A cette époque, l’école de Lam-Lam était une fierté et aller à l’école était un privilège. Les instituteurs faisaient tout pour faire de cette école une excellence. De nos jours, les choses ont changé. Il a fallu réagir. Sous l’initiative de Gaoussou Sangaré un groupe WhatsApp a été initié suivi rapidement d’une association. 

L’amicale des anciens élèves de l’école de Lam-Lam a le devoir de relever le défi, faire de cette école une école d’excellence. Ainsi AEDEL est née en 2020. Au mois de juin et juillet, nous avons préparé les examens d’entrée en sixième et CFE et aidé à la protection contre la COVID 19 en collaboration avec l’APE et la direction de l’école.

Maintenant les attentes sont immenses et les défis sont présents ; la SSPT propriétaire de l’établissement a semblé baisser les bras devant la chute vertigineuse des résultats et la dégradation de ce dernier. Depuis un mois, la Société Sénégalaise des phosphates de Thiès, propriétaire des lieux, semble se ressaisir. Des initiatives sont prises pour réhabiliter l’école, l’AEDEL a sa part. Plus de mille élèves sont passés sous les tôles ondulées et les nîmes de l’école. Combien de cadres, de professeurs, d’ingénieurs, de responsables etc… de par le monde ont appris les premières lettre de l’alphabet à l’école de Lam-Lam ?

A-t-on le droit d’oublier tout cela ? Non il ne faut pas, nous devons nous rassembler autour et redonner à l’école de Lam-Lam sa gloire qui a fait de nous ce que nous sommes aujourd’hui. Rien ne suffira comme explication pour baisser les bras, il est de notre devoir comme anciens élèves de nous bouger et de participer activement à la rénovation de l’école pour en faire une école d’excellence et ce, depuis la rénovation des murs, la réfection des tables bancs, l’augmentation des toilettes, construction d’une bibliothèque jusqu’au contenu pédagogique de l’école.

Devant tous ses défis qui ne sont pas insurmontables, nous demandons un soutien aux anciens élèves, à tous les sénégalais, à la diaspora sénégalaise et à toutes les bonnes volontés de par le monde un soutien matériel, financier que moral voire pédagogique pour sortir notre école de ses difficultés. 

Amadou DIALLO [email protected] Membre fondateur AEDEL

Gaoussou Sidibé   [email protected] Président de L’AEDEL




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