Madiambal, Malick et la chasse au patronyme




Par Adama Gaye/// JeSuisTeliko: Au nom de la Teranga…

De mon exil politique Cairote où je jouis de l’hospitalité africaine, marqueur de l’humanité sur notre continent, j’apprends, avec dégoût, que mon pays, le Sénégal, vient de franchir l’impensable palier de sa descente vers un niveau de xénophobie jamais concevable.

Parce que son nom de famille est Teliko et qu’il plonge, par ses parents, ses racines en Guinée, Souleymane Teliko, le Président de l’union des magistrats du Sénégal (UMS), est devenu la tête de…Turc des nouveaux tenants de la chasse au patronyme inimaginable au Sénégal jusqu’à une date récente.

Certes, on a connu l’épisode des Diaz, déniés de leur appartenance à la nation plus par stratagème et jeu politicien que projet politique.

Cette fois-ci, c’est à la mitraillette, à l’arme lourde, tenue par Madiambal, le mercenaire-spahi, dévoué à toutes les mauvaises causes, que la campagne est déclenchée.

Sidérés, les sénégalais, qui ne parlent plus que de cet article paru dans son journal, avant-hier, sous sa plume irresponsable, en sont suffoqués.

Le scribe, prêt-à-tout pour compter et être reconnu, a donc jeté le pavé dans les inondations en affirmant sans ciller que le juge Teliko pouvait ne pas être des nôtres.

Comme les supremacistes, racistes du cap aux pieds, récusant l’américanité d’un Barack Obama, il y a à peine quelques années. Comme Henri-Konan Bédié projetant violemment la Côte d’Ivoire, naguère terre d’accueil par excellence, vers les voies devenues meurtrières de l’ivoirité. Comme le Lepenisme, en France, traquant du nègre et de l’arabe…

On avait fini par s’habituer à l’inclusion de noms nouveaux, presque exotiques, dans la nomenclature des identités éclatées du Sénégal, symbole de sa maturation vers cette société métissée, enracinée et ouverte, que lui prédisait, prémonitoire, son premier président.

Qui se posait des questions sur l’origine d’Henri Saivet lorsqu’il tirait les balles arrêtées pour le compte du Onze national de football du pays? Personne. Quel Sénégalais n’était pas prêt à déclencher une guerre contre la Guinée justement pour que l’exclusivité de l’identité sénégalaise d’un Henri Camara alors fusée de l’attaque nationale ne soit pas remise en question par la terre d’origine de ses parents ? Qui s’est jamais posé la moindre question sur les racines d’un éphémère gardien de but, un certain Dacunia, quand le chroniqueur Laye Diaw avait voulu en faire la pépite à venir du football sénégalais ?

Un nom n’a pas de terre, dit un proverbe Wolof. Sinon, comment comprendre que des Thiam, dont le célèbre Tidjane, soient les héritiers de la plus puissante tribu ivoirienne, les Baoules? Au nom de quoi précisément un Diop, Alassane, fut l’un des grands ministres de la Guinée? Et quid du Ndaw, porté avant-hier à la tête de la transition du Mali, ce, après qu’un Diaw a été la voix des putschistes y ayant pris le pouvoir il y a un mois?

Si Madiambal Diagne a osé lever le couvercle de la xénophobie, c’est que, connaissant sa servilité, il y a été encouragé voire instruit.

“The bucks stops on the President’s desk”, disent les politistes américains pour souligner la prééminente responsabilité du Chef de l’exécutif de leur pays. Suivant cet exemple, on peut affirmer que l’acte ignoble posé par le chroniqueur du Palais, toujours fier d’être en service commandé, n’a pu se faire sans sa validation au sommet.

Seulement le limiter à cette seule lecture serait donner trop de crédit au paresseux, irresponsable et incapable, dépassé par l’échec de sa gestion, qui ne sait pas ce qui se passe autour de lui.

Si sa responsabilité, au moins par omission, est engagée, force est toutefois de dire que celle, par commission, ne peut dériver que d’un xénophobe, ethniciste-affirmé qui n’est autre qu’un Malick SALL, ce burlesque ministre de la justice, s’agrippant à tout, y compris à toutes les saletés, pour tenter de sauver son honneur perdu.

Le faussaire qu’il est, démasqué, s’est révélé, ces derniers temps, comme le compagnon des coups tordus et des solutions louches du greffier, radié dans des affaires gravissimes, qu’il sollicite pour masquer son inaptitude, son indécence, à occuper quelque fonction officielle dans un pays normal.

C’est donc Madiambal qui fut son négociateur pour geler ponctuellement la grève de ses ex-collègues. Et maintenant, à nouveau lui, qui est à la manœuvre pour déclarer indigne à la nationalité
sénégalaise un Teliko qui est né, a grandi, fait de brillantes études, et ne connaît comme pays de citoyenneté que le Sénégal.

Au lieu de le proposer en modèle de la teranga et de la capacité d’absorption et d’assimilation que la tradition d’hospitalité offre au monde, les deux rats d’égout, sous la supervision de leur maître, ont, eux, choisi de s’embarquer dans la voie du déshonneur.

L’affaire est trop grave pour être abordée avec banalité. Elle porte les germes d’une implosion nationale si rien n’est fait pour lui asséner un coup d’arrêt définitif.

Parce que demain des CISSE de Casamance, des Ngom du Fouta, des Fall de Tamba, des Cissokho de Thies et j’en passe pourraient être pourchassés selon la même logique d’où suinte un racisme tropical.

Ethnicisme et xénophobie pourraient alors se conjuguer pour constituer un cocktail explosif et dévastateur pour notre nation arc-en-ciel en formation.

Nous sommes à la croisée des chemins et le drame est que face aux périls émergents, des médiocres, opportunistes, se déchaînent, non pas pour les contenir mais en faire un fétide fonds de commerce sans craindre de mettre le feu à la poudrière ainsi créée.

Deux attitudes s’imposent dès lors. La première est que tous les sénégalais doivent s’unir en soutien à notre compatriote, le brillant magistrat, énarque, docteur en droit Souleymane Teliko. Constituons un bouclier collectif contre cette lave de haine sortie du volcan des deux larbins qui ont voulu le déshériter de son appartenance nationale.

La deuxième attitude revient à demander à Teliko et à ses pairs magistrats ce qu’au delà des revendications corporatistes pour obtenir des terrains et autres avantages fiscaux ou salariaux, ils sont prêts à faire pour sauver la justice sénégalaise qui se noie.

En d’autres termes, continueront-ils d’être, comme ils l’ont souvent été, les exécuteurs des basses œuvres, les soutiers, d’un régime qui n’hésite pas, on le voit, à toucher au plus sacré de notre vie commune rien que pour pousser son agenda pouvoiriste, déconstructeur de nos plus importantes valeurs?

Teliko, dis à tes collègues de nous prouver qu’à quelque chose malheur est bon. Nul, parmi eux, ne peut plus ignorer la réalité qui fonde, depuis des années, la complainte des citoyens contre les abus de droit.

Voyez-vous, en servant de trépied aux menées néfastes, illégales, contre les prescriptions de l’état de droit, vous avez donné cet appétit de…lion aux fauves que vous couviez.

En cela, l’idée de la Sénégalité, la xénophobie version locale, vous est aussi imputable. Parce que c’est connu sous nos cieux: celui qui élève son mouton de tabaski doit se préparer à être le premier qu’il cognera.

Grands seigneurs, noua vous pardonnons vos errements et, en nous associant à La Défense du Président des magistrats, en devenant tous #DesTeliko, nous pensons qu’il est urgent pour vous de vous ressaisir.

Il faut arrêter Malick Bédié et son moulineur. Ce sont des dangers publics au côté de l’homme-Lion.

Adama Gaye, Le Caire 23 septembre 2020