Un plan de relance économique sur mesure pour le Sénégal




Un plan de relance économique sur mesure pour le Sénégal
Publié le 9 mai 2020 Contribution
iGFM- (Dakar) Douze ans après la crise des subprimes, la mondialisation vient de nouveau d’être éprouvée par un choc sans commune mesure. Les marchés internationaux, tels des châteaux de cartes, s’effondrent les uns sur les autres nous rappelant sans doute l’avènement de la grande dépression des années 1930 à quelques exceptions près : cette nouvelle crise, qui sévit dans le globe terrestre, nous vient d’une autre grande puissance qui détient aujourd’hui 20 % de l’économie mondiale, la Chine. Cette crise n’est pas l’œuvre d’un Krash boursier, mais d’un virus.

Dénommé coronavirus ou Covid-19, ce dernier n’a pas seulement ébranlé la biologie humaine. Il s’est attaqué à un autre corps d’apparence fort et inébranlable, mais qui est en réalité beaucoup plus sensible : l’ordre économique mondial.

En effet, le monde a toujours été en constante mutation tout comme les civilisations. La seule certitude que l’on peut avoir aujourd’hui au vu des faits recensés, c’est que les plus grands acquis de l’homme tout comme les plus petits peuvent disparaître en un clignement d’œil. Cela a été développé avec minutie par le grand historien Ibn Khaldoun. Il nous a en effet rapporté les conséquences plus que désastreuses de la pandémie de peste qui a décimé au milieu du 14ième siècle presque la moitié de la population mondiale et ensevelit les créations humaines les plus remarquables.

La mondialisation a fait que le monde est devenu une très grande horloge mécanique où les rouages, plus que complexes, dépendent les uns des autres afin d’avoir une harmonie. Ainsi, force est de noter que depuis maintenant quelques années, la Chine est devenue l’élément central de ce mécanisme, le cœur qui irrigue les autres organes. Forte de sa main-d’œuvre bon marché, elle draine aujourd’hui l’industrie du monde.

De ce fait, son affaiblissement ne peut que porter un coup fatal au quotidien des individus. De Tokyo à New-York passant par Paris et Berlin, faillite, licenciement, chômage technique sont devenus les maîtres-mots qui prévalent dans la sphère de toutes ces métropoles qui jadis, incarnaient la superpuissance de la civilisation humaine.

Les prévisions des PIB sont très alarmantes. La courbe de la production tend vers un niveau critique dans tous les pays, de même que celle des revenus. De manière succincte, il est attendu un pic sans précédent de la pauvreté.

Le pouvoir d’achat des ménages qui se détériore ne peut en effet se traduire que par une misère grandissante.

Naturellement, les pays africains sont aujourd’hui à la croisée des chemins. Leurs capacités d’action sont extrêmement faibles, voire inexistantes face à cette crise.

Prenant l’exemple du Sénégal, à en croire le président du club des investisseurs sénégalais (CIS) et président directeur général de la Sedima Babacar Ngom, le plan de sauvegarde des emplois émis par le gouvernement Sall pour éviter une crise socio-économique est bien en deçà des attentes concrètes.

Si aujourd’hui les pays africains, habitués à vivre sous respiratoire grâce à l’aide extérieure, ne peuvent plus compter sur cette dernière, si la dette des pays africains n’est pas épongée comme s’y attendent les chefs d’Etats Macky Sall, Mouhamed 6 et autres, sur quelle épaule pleurer ? Quelle solution miracle pourrait-on adopter afin de faire face à cette crise ?

En effet, la laïcisation de nos institutions nous a emmenés à réduire la religion à sa dimension cultuelle. Tout ce qui touche de près ou de loin à une divinité est, depuis l’avènement des « grandes révolutions », bannie à jamais. Toutefois, l’indéniable réalité a toujours été que c’est au cœur du foyer de la religion que sont nées les plus grandes civilisations, alliant matérialisme et spiritualité.
Ainsi, dès son apparition au 7ième siècle, l’islam a proposé des systèmes qui permettraient à l’humanité de faire face à toute forme de crise économique. Dans cette optique, l’économie sociale et solidaire incarnée par le levier phare qu’est la Zakat a été largement éprouvée durant la Califat d’Omar Ben Abdel Aziz. Et celle-ci s’est montrée extrêmement efficace dans la lutte contre la pauvreté.

À l’heure actuelle, des pays comme le Sénégal, où 95 % des citoyens sont musulmans, peuvent lever des capitaux considérables si l’Etat prenait les choses en main. Cela serait une alternative beaucoup plus efficace que l’aide extérieure qui est juste un leurre.

L’élaboration d’un cadre légal et institutionnel sur la zakat est une obligation morale pour nos dirigeants. Ainsi, des privés pourront s’atteler à la grande tâche de collecte et de distribution. Il va sans dire que la zakat constitue un levier économique complexe qui nécessite l’expertise de spécialistes en finance islamique. Plusieurs aspects devront bien évidemment être discutés allant de la personne apte à en bénéficier, jusqu’à la période où l’allocation devra être versée. Et sur ce dernier point, un consensus devra être trouvé, car, naturellement, il existe une grande divergence entre les oulémas sur ladite question. Pourrait-on, oui ou non, en cas de force majeure, anticiper le moment de la distribution de la Zakat ? De part et d’autre, des théories ont été convoquées.

D’une part, nous avons ceux qui soutiennent que la période ne peut en aucun cas être rapprochée, car, à l’instar de toutes les injonctions religieuses, les hommes doivent se soumettre à la manière précise enseignée.
D’autre part, nous avons ceux qui pensent qu’en cas de situation inédite, l’anticipation est même souhaitable.

Ne serait-il pas plus que probant au vu de l’urgence économique, de recourir à la Zakat et d’anticiper sa distribution afin de financer le plan de relance économique ?

Aboubacar Thiebo CISSE

Spécialiste en économie islamique

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