Histoire I Origine du peuplement Serere : De l’Egypte au centre du Sénégal




L’histoire du peuplement sérère, d’après la thèse la plus répandue, a commencé depuis l’Egypte. Cette ethnie répartie entre les régions de Thiès, Diourbel, Fatick et Kaolack, jusqu’en Gambie, est passée par le Fouta avant de redescendre vers le centre du pays. Animistes au départ, les Sérères qui ont refusé toute islamisation, ont quitté le Tekrour vers le 11ème siècle.

Oumar KANDE et Aliou Ngamby NDIAYE (Textes) et NdèyeSeyniSamb (Photos)

Pour retracer l’histoire du peuplement sérère, le chercheur en histoire Mamadou Faye se réfère aux thèses développées par Cheikh Anta Diop et Henry Gravrand. D’après l’anthropologue sénégalais Cheikh Anta Diop, Sérère désigne en Égyptien «celui qui trace le temple». C’est pourquoi Mamadou Faye estime que les Sérères ont quitté l’Égypte avant de longer le Nil jusqu’à atteindre la vallée du fleuve Sénégal où ils ont cohabité pendant très longtemps avec les Toucouleurs. En raison des attaques des Almoravides, ils ont encore quitté cette terre pour migrer vers le centre. Le responsable des langues nationales à l’inspection d’académie de Fatick révèle que les Sérères ont livré leur dernière bataille contre la religion, au Tekrour, en 1087. Quatre ans plus tard, c’est-à-dire en 1091, ils ont quitté pour s’installer au Baol. Mamadou Faye indique que le Baol est le premier point d’accueil des Sérères. «Plusieurs Sérères du Sine sont originaires du Baol, notamment les familles Ngom, Diouf, Sène et Faye», dit-il. A son avis, l’installation du peuple sérère a surtout commencé vers les années 1100.

La thèse selon laquelle les Sérères ont quitté l’Égypte pharaonique est aussi défendue par le conservateur du mausolée du premier roi du Sine, Meissa Waly Dione Mané. Habitant de Mbissel, François Sène rappelle que ses aïeuls viennent de l’Égypte. En quittant ce pays d’Afrique du nord, ils sont passés dans le Gaabou. C’est après la dislocation de cette grande province de l’empire du Mali que les Sérères ont migré vers la rive nord du fleuve Sénégal.

Le communicateur traditionnel auprès de la famille royale de Diakhao, Ablaye Sène, renseigne que les Sérères qui ont peuplé l’Egypte pharaonique avaient quitté l’Inde avant d’arriver au centre du pays via la vallée du fleuve Sénégal où ils habitaient avec les Toucouleurs.

Depuis le Baol, les Lamanes ont commencé à descendre dans les localités peuplées aujourd’hui de Sérères, explique l’enseignant de formation et chercheur sur l’histoire sérère. Ces Lamanes, dit-il, sont des propriétaires terriens. Ils étaient les maître du feu, car ils ont brulé des terres pour avoir des lieux d’habitation. Les nombreux dialectes sérères sont venus de cette séparation, d’après Mamadou Faye. «L’ethnie a subi des transformations, mais nous sommes tous des Sérères. Les peuples Safènes sont installés dans leurs localités il y a plus de 1000 ans », renseigne-t-il. Aujourd’hui, le dialecte diffère d’un terroir à un autre. Le Sérère parlé dans certains villages de Thiès est différent du Sérère à Fatick. Sept dialectes sont répertoriés dans l’ethnie sérère entre les régions de Kaolack, Thiès et Fatick et jusqu’en Gambie.

Sine-Saloum-Baol : une ethnie trois royaumes

Une autre thèse défendue par les populations locales de Djilor-Saloum est que le Djognick est plus ancien que le Sine, le Baol et le Saloum. Les premiers Sérères qui ont quitté le Gaabou, explique Coly Senghor, représentant du Farba de Djilor, ont habité d’abord le Djognick. Cet ancien royaume annexé par la suite par le roi du Saloum est considéré par Coly Senghor comme le premier lieu d’habitation des Sérères. C’est par la suite, raconte-t-il, qu’ils ont réussi à traverser le bras de mer pour rejoindre la terre ferme, notamment les localités de Mbissel et autres villages historiques. Même Meissa Waly Dione Mané, premier roi du Sine, est passé par le Djognick avant d’arriver à Mbissel. Le Sine, le Saloum et le Baol, indique Mamadou Faye, sont liés par l’histoire et la géographie. Il s’agit d’une même ethnie (Sérère), trois royaumes, précise-t-il. Pour étayer ses propos, le chercheur en histoire informe qu’à plusieurs reprises, le «maad a sinig» (roi du Sine) a envoyé ses «salmakors» (guerriers) prêter main forte au roi du Saloum qui livrait bataille. «Nous sommes tous de la même ethnie, mais n’habitons pas, suivant la position géographique, le même espace. Mais, le Sine-Saloum, le Baol sont liés», affirme-t-il. La preuve, Mbégane Ndour, qui a régné au Sine entre 1313 et 1321, a été le premier roi du Saloum.