«SERERES NOONS» OU LA SPIRITUALITÉ ANCESTRALE




Les «Noons», toujours fidèles à la spiritualité ancestrale, croient à l’immortalité de l’âme et à l’incarnation. ils rendent hommage aux ancêtres par des prières mais aussi par des sacrifices, chants, festivités, etc. chez eux, l’homme ne meurt pas définitivement, il regagne l’autre monde avec ses biens. Ce départ doit être fêté par des chants et des danses. Ils vénèrent les morts et cherchent à gagner leur sympathie. Les sérères, l’une des plus anciennes populations du Sénégal, partis des régions de la vallée du Nil, Egypte-Nubie, sont passés par le Gaabu, prononcé aussi Kaabu, et se sont arrêtés au niveau de la vallée du fleuve Sénégal, région qui allait devenir le Tékrour.

Le peuple «Noon», localisé dans la ville de Thiès et ses villages environnants, est réparti dans trois zones géographiques où ses occupants portent les noms de leurs zones d’habitation. Les « Noon » vivant dans la zone « Saawi » au nord de la ville de Thiès sur la route de Saint-Louis sont appelés « Saawi Noons ». Ils habitent dans les localités de Diassap, Keur Ndiokoune, Laalane, Thiaoune Diora, Thiaoune Louwa, Ndiobène, Thiafathie, Koudiadiène, Lamlam et Diassa.

Dans la zone de Fandène, appelée « Pade » en « Noon », située à l’Est de la ville de Thiès, vivent les « Pade-Poons ». ils sont répartis dans les localités de Keur ndiour, Keur Daouda, Keur Lika, Kioba, Kiniabal, Mbayène, Fouthie, Diayane sérère, Ndiamdioro. Les « Noons », qui vivent dans la commune de Thiès appelée « Caañak » en « Noon », sont les « Canginnoons ». On les retrouve dans les localités de Nguenth, Pognène, Grand Thialy, Petit Thialy, Thionah Sérère, Thiapong Sérère, Thiès-none, Wango, Dioung, Silmang, Ndoufak, Ngoumsane, Peykouk Sérère et Leloh.

Mêmes traditions et pratiques culturelles et rituelles

D’aprèsl a tradition orale, la communauté « Noon », communément appelée « sérère noon », qui occupe la région de Thiès, appartient à la grande famille sérère constituée entre autres des sérères de Sine qui occupent les régions de Fatick et Kaolack, des sérères du Baol qui occupent la région de Diourbel et des sérères de Joal qui habitent au Sud de la région de Thiès. Bien que leurs langues soient différentes, les sérères dans leur ensemble constituaient une seule communauté. ils ont conservé jusqu’à ce jour les mêmes traditions et pratiques culturelles et rituelles.

Dans l’histoire de la grande famille sérère, beaucoup de phénomènes d’exode se sont produits à plusieurs reprises dont certains sont attestés dans la tradition orale et d’autres dans des textes écrits. Les sérères constituent l’une des plus anciennes populations du Sénégal. Partis des régions de la vallée du nil, Égypte-nubie, ils sont passés par le Gaabu, prononcé aussi Kaabu, et se sont arrêtés au niveau de la vallée du fleuve Sénégal, région qui allait devenir le Tékrour. Les sérères ont vécu dans l’ancien Etat du Tékrour jusqu’au 6ème siècle. Le roi de cet Etat s’appelait War Diaby ndiaye. ils sont restés dans le Tékrour jusqu’à l’arrivée des maures almoravides qui ont collaboré avec le roi et l’ont converti à l’islam. Le roi imposa la religion islamique à toute la population. Les sérères ont résisté à l’islamisation, refusant de renier les croyances de leurs Ancêtres. Celles-ci, rythmées par des libations et autres sacrifices. ils recherchèrent ainsi une région plus stable où ils pouvaient vivre en paix et garder leur unité sociale.

Très conservateurs et poussés par le désir ardent de garder leur indépendance d’esprit, ils sont partis sur les chemins de l’exode. Cette unité qui jusque-là était jalousement conservée est « en train d’éclater », selon des sources proches du peuple « Noon ». Le départ des sérères de la vallée du fleuve s’est organisé d’une manière progressive et désorganisée. Les liens de parenté ont été un des principaux critères de regroupement. Ce groupe ethnique, parti du Tékrour, avait une langue commune. Cependant, au cours des migrations, une langue commune était difficile à sauvegarder. C’est ainsi que différentes langues ont dû se développer, mais la population sérère a gardé les mêmes pratiques traditionnelles et rituelles.

L’appellation «Noon», un terme wolof qui signifie ennemi en français

Les sérères occupent presque toutes les régions du Sénégal comme l’attestent les noms de localités d’origine sérère. Dans la région de Dakar, on retrouve des localités comme Diamniadio, Tengej, Diokoul. Au nord du Sénégal, dans la région du fleuve et au Fouta-Toro, on retrouve la localité de Diassap. Dans le Sud du Sénégal, on trouve des localités comme Sindian. Les villages autour de Brin en Casamance portent le nom de Founoun. On retrouve encore, dans la région de Thiès, des localités habitées par des sérères « Noons », qui portent ces noms. Il s’agit de Sindian, Diokoul, Diasap et Founoun. Aujourd’hui, les sérères sont nombreux dans quatre régions du Sénégal : Thiès, Diourbel Fatick et Kaolack. Au 18ème siècle, les sérères qui sont installés dans la région de Thiès ont créé un Etat sérère appelé le pays « Saafi ».

Cet Etat sérère était aussi appelé le pays « Noon » qui est différent de l’actuelle communauté « noon ». Le terme « Noon » désignait l’ensemble des sérères vivant dans la région de Thiès. Selon la tradition orale, l’appellation « Noon » date du 19ème siècle. C’est un terme wolof quisignifie ennemi en français. Les sérères Noon combattaient les Blancs et leurs alliés Wolofssous l’autorité de pinet-Laprade, gouverneur de l’AOF (1860), contre l’occupation du pays Saafi. Les Wolofs les considéraient comme leurs ennemis et les appelaient « noon ».

Pinet-Laprade (1860) aussi, présentait les « Noons » comme des « hommes farouches, cruels envers les étrangers ». Fait de massifs de montagnes et de forêts, le pays Saafi était pratiquement inviolable. Bien qu’ils aient été en sous nombre par rapport aux autres groupes ethniques, ils avaient assuré leur défense face à l’ennemi. ils se sont toujours isolés des autres ethnies du Sénégal et ont aussi su se maintenir hors de tout brassage culturel et ethnique. Ce qui leur a permis de conserver une certaine authenticité dans leur culture. D’aucuns soutiennent que seul le groupe Saafi a préservé le caractère primitif de ses cultures et traditions, comparé aux autres ethnies de la grande famille sérère. Le pays Saafi comprenait 6 provinces. La province « cangin », qui est actuellement la ville de Thiès, comptait 20 villages. Sa capitale était Caañak. La province Fandène comptait 10 villages (de Diassap à Diassa). Sa capitale était Kusuut. La province Saafi ou Saawi comptait 11 villages. Sa capitale était Lamlam. La province Laalaa ou Lehar comptait 17 villages. Sa capitale était Kiwi. La province de Siili ou ndut comptait 18 villages. Sa capitale était Tiwil Tangor. La province Saafène comptait 65 villages, c’est la plus grande province. Sa capitale était Diass.

Grande Province. Sa capitale était Diass. Le pays Saafi, un groupe constitué des peuples Noon, Lehar, Ndut, Palor et Saafène

Au pays Saafi, il n’y avait pas de roi mais plutôt un chef dans chaque province, appelé « Ha’ kul » (Chef de province). Le chef de province Cangin s’appelait Amary Sangane Faye, celui de Fandène : Kaagne Diawal Tine, celui de Saafi : Malick Tine, celui de Lehar : Cadout Tine, celui Saafène : Loumboub Dione et enfin celui de Siili, Niawar Ciss. Les chefs de provinces du pays Saafi ont existé jusqu’au 19ème siècle. ils dirigeaient de fortes armées pour combattre l’esclavage et l’invasion coloniale. ils prélevaient aussi un impôt aux populations qui traversaient leur territoire sur les productions agricoles et le commerce. Au niveau des villages, il y avait des chefs de village qui s’appelaient Lamane et dans les concessions, des chefs de concession ou de carré qui s’appelaient Ha’ kaan. Aujourd’hui, le pays Saafi n’existe plus comme un Etat, mais demeure un groupe danslequel on retrouve les peuples Noon, Lehar, ndut, palor et Saafène.

Les provinces du pays Saafis ont devenues des communautés autonomes, chacune d’elles a développé sa propre langue mais les traditions et pratiques rituelles restent les mêmes. Selon les Sages du peuple Sérère noon, « Ce que l’on désigne actuellement comme ethnie ‘’Noon’’ correspond aux provinces Cangin, Fandène et Saawi. La communauté « Noon » se distingue par son originalité par rapport aux autres ethnies sénégalaises. Leurs plus grandes manifestations culturelles demeurent le « Mbilim », un festival de chants et danses, la circoncision, les funérailles et la cérémonie collective de divination appelée ‘’payaa’’ qui regroupe les grands maîtres devins de la communauté ‘’Noon’’ ».

L’homme ne meurt pas définitivement

Toujours fidèles à la spiritualité ancestrale, chez les « Noons », l’âme des Ancêtres sanctifiés reste en interaction avec les vivants depuis leurs demeures divines. ils rendent hommage aux Ancêtres par des prières mais aussi par des sacrifices, chants, festivités, etc. Chez les « Noons », l’homme ne meurt pas définitivement, il regagne l’autre monde avec ses biens. Ce départ doit être fêté par des chants et des danses. ils vénèrent les morts et cherchent à gagner leur sympathie. A l’approche de la saison des pluies, les devins organisent une séance de divination collective afin d’assurer une bonne pluie et une récolte abondante. Le mariage se contractait entre eux, rares étaient les mariages interethniques. Les « noons » considèrent la parenté maternelle comme la plus importante, la parenté paternelle est une simple parenté à laquelle ne sont rattachées que des obligations secondaires ou morales.

A en croire les sages de la grande famille « noon », « aujourd’hui, l’expansion de l’islam et la modernisation ont fait disparaitre beaucoup de ces pratiques ». Les « Noons » croient à l’immortalité de l’âme et à l’incarnation. Ils vénèrent les morts et font des offrandes au pied des arbres. Aujourd’hui, la religion dominante chez eux est le christianisme (98%). Une petite minorité s’est convertie à l’islam. Ces convertis sont d’ailleurs assez souvent soit déshérités, soit exclus de la communauté. Malgré leur conversion à l’islam et au christianisme, les « Noon » restent toujours fidèles aux esprits des Ancêtres et aux pratiques rituelles.