Musique: Quand les covers dépoussièrent les classiques




La tendance chez beaucoup de jeunes chanteurs est à la reprise de chansons qui ont fini de conquérir les cœurs. Cover, ou simplement la redite musicale, fait l’affaire de bon nombre de talents émergents. Une mode bien rafraîchissante dans l’univers musical sénégalais…

Une pièce munie d’une table sur laquelle sont posés un ordinateur et des instruments électroniques lui sert de studio. Fefsy est occupé à arranger des sonorités et à poser sa voix sur ces dernières. Ses yeux sont tantôt en train de surveiller ses doigts sur le clavier, tantôt son regard s’abandonne entièrement à la caméra posée devant lui. Sa belle voix s’illustre alors dans la reprise d’entre autres tubes de Youssou Ndour. «Wiri wiri» et «Birima» s’interprètent dès lors avec du feu dans les cordes vocales, de la sensibilité au bout des doigts. Fefsy fait partie de cette «nouvelle génération de musiciens qui rendent hommage aux anciens», ainsi que l’affirme Aboubacar Demba Cissokho, journaliste spécialisé en culture. Ces jeunes «repreneurs» constituent ainsi une dense panoplie de voix qui tonnent sur les plateformes digitales. Des noms comme Baye Mass, Narah Diouf, sans oublier Fefsy qui est par ailleurs ingénieur de son, sortent du lot. De «Laax jaay» (Omar Pène) à «Yaay Nogaye» (Assane Ndiaye) en passant par «Bamba» de Thione Seck, presque tous les artistes qui ont balisé la voie se retrouvent dans des hommages très suivis par les jeunes.

L’étudiante Aminata Mignèle Ndiaye consomme des covers. Elle leur attribue l’avantage de faire découvrir des générations passées de musiciens. Le bonheur de leur «donner une nouvelle vie», ainsi que précisé par Aboubacar Demba Cissokho. Ce dernier considère, en outre, qu’un tel procédé permet à la nouvelle génération de mélomanes de connaître les influences musicales de leurs chanteurs, en même temps que les auteurs des reprises témoignent, par leur acte, une certaine affection qu’ils nourrissent pour leurs inspirateurs.

Les génies de la redite

Assis sur une pierre au bord de la route menant au parc zoologique de Hann, les pupilles perdues dans l’écran de son smartphone, Ahmadou savoure sa play-list. Approché, il se déclare consommateur régulier de musique. Toutefois, le jeune homme, qui a enlevé de ses oreilles ses écouteurs, révèle ne pas être un féru de covers. «Je préfère écouter les versions originales», lance-t-il, avec un malin rictus emporté aussitôt par le sifflement du vent qui fait danser le feuillage touffu de l’arbre sous lequel il est assis. «Quand je finis d’écouter une chanson de Jahman X-press, poursuit-il en regardant de l’autre côté de la route, je n’ai pas besoin de m’attarder sur sa reprise par un autre».

Les goûts et les couleurs ne se discutant pas, Mignèle défend à son tour les covers : les touches de modernités sonores calquées sur les anciennes chansons sont, pour elle, une brillante manière de les adapter aux sensibilités d’un auditoire nouveau. Et les effets visuels des clips illustrant les covers, puisés aux dernières avancées en matière de réalisation, participent à aiguiser l’intérêt de ceux qui pensent comme Mignèle. Amira Abed a récemment repris une chanson datant de 1970. A-t-on besoin de crier sur tous les toits que la nouvelle version de «Chérie coco» de Pape Djiby Ba (5 millions de vues sur YouTube en l’espace de huit mois) a été une belle réussite pour la jeune chanteuse. Le génie de la redite a, en effet, trouvé une parfaite expression en sa reprise. Cette dernière se place harmonieusement à la croisée des chemins, entre satisfaction des attentes des nostalgiques et éblouissement de ceux et celles de sa génération à qui elle présente un classique truffé de rythmes de son temps.

Quid du texte ?

Ces covers, redites musicales, ne réfèrent pas qu’à du dépoussiérage d’anciens titres. Ils font connaître d’anonymes contemporains. «Mburoog lem» du rappeur Leuz Diwane G a ainsi été porté à la connaissance d’une étudiante interrogée après une réinterprétation de KineKine.

Seulement, réécrire «Une si longue lettre», avec plus ou moins de variations, fait plus formellement du «rewriter» une Mariama Ba bis et moins évidemment un génie des lettres. Les jeunes talents, aussi géniaux soient-ils dans la «re-chanson», «ne peuvent pas passer tout leur temps à reprendre», de l’avis d’Aboubacar D. Cissokho qui considère qu’ «à la longue, ça peut lasser.»

Le texte et l’écriture comme prescriptions, alors. Les grands maestros qui continuent d’inspirer n’auraient pu briller que par la seule magie des suaves mélodies. Entre l’inspiration et la chanson qui cartonne, existe l’impassable escale des lyrics. Le bon texte construit l’histoire de la bonne chanson et, toujours selon Cissokho, «un artiste doit être capable de créer quelque chose qui lui est propre». Au bout du fil, il témoigne sur le défunt parolier Ndiaga Mbaye : «On a l’impression que les textes ont été écrits aujourd’hui, avant d’évoquer la notion de mode. C’est au fond une mode, les covers, qui prend comme modèles des textes forts et sincères.» Notre interlocuteur de conclure qu’en ce sens, rien ne saurait dédouaner ces jeunes apparemment spécialisés dans la reprise de la production de textes. Ce, même s’il peut exister un public fidèle aux covers. Parce qu’en fin de compte, c’est l’un des moyens les plus à même d’inscrire l’artiste-chanteur dans la durée.

Moussa SECK (stagiaire)




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