Programme « Up courts-métrages »: Un incubateur de création cinématographique




Avec son programme de formation « Up courts-métrages », la structure de production Cinékap s’inscrit dans la dynamique de soutenir et de promouvoir la création cinématographique ainsi que  les talents panafricains.

Par E. Massiga FAYE

« Rompre avec l’amateurisme et se démarquer des tares qui ont longtemps  gangréné le cinéma sénégalais ». L’ambition  de Cinékap se décline ainsi. Au lendemain du 23ème Festival panafricain de cinéma et de l’audiovisuel de Ouagadou (Fespaco 2013), qui a consacré le cinéma sénégalais avec le film « Tey » d’Alain Gomis Etalon d’or du Yennenga, la structure de production Cinékap a lancé un programme endogène de formation aux métiers du cinéma. « Up-courts métrages », taillé sur mesure pour les jeunes réalisateurs et producteurs se donne comme ambition de mettre en champ producteurs et réalisateurs.

Programme structurant

Le principal objectif est d’accompagner le perfectionnement des professionnels afin d’agrandir la famille des techniciens, comédiens, scénaristes et des autres métiers du cinéma au Sénégal. « Up courts métrages » est un programme structurant qui permet surtout aux jeunes auteurs, en plus de la formation, de réaliser leur film dans les formats standards du cinéma, de dialoguer avec leur société.

Sur cette ligne, le directeur général de Cinékap, Oumar Sall, reste convaincu qu’un cinéma est toujours adossé à une industrie, le créatif est en partie lié à cette même industrie qui lui donne corps. Au regard du producteur, en dépit des références artistiques dont jouit le Sénégal, le milieu du septième art a longtemps baigné dans un amateurisme de bon aloi et une absence de structuration.

Sall plaide pour une vision de l’économie du cinéma et de l’audiovisuelle, des projets structurants, qui recoupent les politiques publiques en matière de développement et de formation des acteurs.

En voulant se démarquer de ces carences, Cinékap a trouvé pertinent de mettre en place le programme « Up-courts métrages » dont la session 2020 est placée sous le signe de l’innovation et de la  montée en puissance : ouverture la formation aux producteurs ; niveau de recrutement plus élevé.

La présence des femmes est plus accrue. La formation des  producteurs intègre une dimension régionale: Bénin, Côte d’Ivoire, Tchad, Burkina Faso, entre autres. « Ces producteurs seront de futurs entrepreneurs dans leurs pays », se réjouit Oumar Sall.

En dépit d’un contexte marqué la pandémie de coronavirus, le tournage de six films de courts-métrages sur les dix à produire a été lancé le 18 août à Dakar. « Ces œuvres évoquent des thématiques sociales comme la santé, l’éducation, la lecture, l’égalité des chances, entre autres », confie O. Sall ajoutant qu’un comité composé de professionnels du cinéma a choisi les scénarii les plus aboutis. Avec un brin volontariste, le directeur de Cinékap s’inscrit dans la dynamique de relance de l’industrie cinématographique avec un modèle endogène : « apprendre en faisant ». Tirant une leçon de la Covid-19, Sall estime qu’il y a lieu de réinventer notre propre logiciel culturel. Pour le producteur, ces productions ont une grande valeur utilitaire. Il a en ligne de mire l’horizon 2021 pour un retour en force du jeune cinéma sénégalais en Afrique et dans le monde. Sur la même lancée, Oumar Sall apprécie le soutien du Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et de l’audiovisuel (Fopica) piloté par le ministère de la Culture et de la Communication est d’un grand apport. Ainsi, la promotion Nour Eddine Saïl, président de la Fondation du festival Khouribga au Maroc et ancien directeur du Centre cinématographique marocain, est composée d’une dizaine de réalisateurs formés et de six producteurs. Pour les besoins des différents tournages de films, 56 techniciens, 484 figurants, 156 comédiens sont mobilisés.

Dans sa philosophie, avance Oumar Sall, Cinékap se veut d’être un incubateur de la création cinématographie. Ce programme de formation nourrit également l’ambition de tisser une communauté de cinéastes africains et de producteurs. Le fil conducteur étant le développement d’idées au service de la création cinématographique africaine. Sur ce registre, la dimension industrie -avec une composante création d’emplois et autres valeurs ajoutées dans l’économie du pays, tient à cœur le producteur. Celui-ci n’occulte pas l’effet d’entrainement que cela peut susciter avec en filigrane la question de la souveraineté. L’obsession de Sall est d’avoir plus de films majoritairement de droits sénégalais. D’où l’intérêt de massifier le capital humain des créateurs dans le cadre d’une école des métiers du cinéma.

Ainsi, une rupture a été amorcée avec la production du film « Tey » d’Alain Gomis. Avec cette œuvre, l’idée était de combiner les aspects création et économie du cinéma. Oumar Sall est convaincu que l’Afrique a besoin de voir ses images, de raconter ses propres histoires car personne ne le fera à notre place et mieux que nous. Selon lui, il faudra juste se donner les moyens avec des financements innovants, poursuivre la dynamique de structuration engagée par la Direction de la cinématographie et le ministère de la Culture et de la Communication.

Présent à Dakar, le cinéaste Alain Gomis a donné le clap pour lancer le tournage du film « Anonyme » de la réalisatrice Fama Sow. L’auteur du film « Félicité », produit par Cinékap, magnifie la tenue de ce programme de formation. Aux yeux d’Alain Gomis, le cinéma se fait en collectif ce qui nécessite une synergie des actions. « « Up-courts métrages » est une expérience formidable car regroupant des jeunes du Sénégal et d’Afrique », juge-t-il. Pour ce dernier, il faut que les films puissent circuler.

Dans cette dynamique, « Up courts-métrages » peut se prévaloir d’un vécu : 32 porteurs de projet accompagnés depuis 2013 ; 7 films produits dont programme « Up-courts-métrages » ; 6 en cours de production; une formation de 45 jours en 2018 confiée par l’Union européenne.

————-Un laboratoire panafricain

Dans l’esprit des organisateurs du programme « Up courts-métrages », il ne s’agit pas « formater » les apprenants, mais de révéler leur talent et leurs compétences. Car, si tous les stagiaires sont porteurs d’un projet de court-métrage, tous ne seront pas destinés à la réalisation. A l’arrivée, chacun réalise son court-métrage qui sera projeté dans le cadre des « Journées Up Courts » organisées à la fin de la formation. Aussi, les courts-métrages seront proposés au plus grand nombre de télévisions et de festivals à travers le monde. De quoi stimuler la passion et la créativité des apprenants.

Réalisatrice de formation, la Tchadienne Carine Kaguerea accorde un intérêt particulier pour la production. Passionnée, déterminée, Kaguerea affiche des dents longues : « Mon ambition est de produire mes propres films mais également aider les jeunes qui sont souvent confrontés au manque de producteurs ». Avec une expérience riche, la Tchadienne se dit outillée avec un chemin balisé. « Je suis prête avec de nouveaux tuyaux pour combiner réalisation et production », lance Carine Kaguerea. Son binôme dans le cadre du film « Patient 115 », le Sénégalais Jules François Preira (auteur-réalisateur) magnifie une formation bénéfique qui aide à mieux appréhender, développer une histoire, des scénarii. « On m’a donné les bases pour écrire en images avec une vision large du cinéma panafricain », souligne Preira.

Capitalisant 10 ans d’expérience dans le domaine du cinéma, notamment comme assistant réalisateur, le souhait du Sénégalais Abdou Khadir Ndiaye est de partager ses acquis avec les jeunes lors des tournages. Pour l’auteur du film « Xalé bu rérr », le cinéma, c’est le partage. « Il faut être généreux car chaque projet un apprentissage », explique Ndiaye. Au regard du réalisateur, « on se rend compte qu’on a les mêmes problèmes, les mêmes ambitions dont l’une est : le besoin d’une industrie cinématographique ». Le technicien en appelle à une synergie des efforts des pays africains, ce, en développant les co-productions.

L’objectif est de permettre à l’Afrique de prendre son envol.

——-Silence, on tourne ! 

Dans sa phase pratique, le programme « Up courts-métrages » met en lumière six films en tournages. Parmi ces œuvres, figure « Anonyme » écrit par Fama Rayane. Certaines séquences sont tournées à la rue 6 X 19 à la Médina. Entre les expressions « action », « couper », silence demandé », Fama est aux manettes avec l’équipe du tournage. La concentration est au maximum avec en arrière-plan, le respect des mesures barrières contre le coronavirus. Les scènes en intérieur-jour sont filmées dans une maison du quartier avec des images chaudes, chaleureuses sur le thème du terrorisme. Le synopsis met en évidence Astel, une passionnée de littérature. Dès le réveil, elle pense livre, comparant les pensées de son tonton Abdoul à celles de Sartre. Elle s’amuse d’Anna l’employée de maison, qui est devenue maintenant de la famille. Il y a aussi Momo son grand-frère, et Yaye Boye sa grand-mère pilier de la maison. Astel se prépare à l’amener chez les voisines, dans le quartier de la Médina. C’est jour de mariage. A l’autre bout de la ville, un jeune homme, Ibrahim. Lui, est plus morose. On ne sait pas ce qu’il pense, on ne le voit pas sourire. Il est hagard et silencieux.

Pour lui aussi, ce n’est pas un jour comme les autres. Avec Astel, nous traversons la ville, dans ses pensées rien qu’à elle, mais que nous entendons.

Astel et Ibrahim sont deux jeunes sénégalais, de la même génération que tout oppose, ou pas forcément que nous suivons le temps d’une journée, jusqu’au moment où leurs trajectoires se croisent.