Relance des activités: Un bol d’air pour les acteurs culturels




Ouf de soulagement ! C’est sans doute l’expression la mieux partagée chez les acteurs culturels après l’instruction du Chef de l’Etat parue dans le communiqué du Conseil des ministres de mercredi dernier. Le Président de la République a demandé au ministre de la Culture et de la Communication de travailler avec les acteurs sur un Plan spécial de relance des activités culturelles. Macky Sall libère ainsi les artistes de leur frustration et leur torpeur après plus de sept mois d’inactivité.

Des acteurs culturels avaient investi l’espace public, la semaine dernière, pour s’insurger contre le confinement qui leur est imposé. Ils ont fortement dénoncé la fermeture des salles de spectacle dont ils réclament l’ouverture imminente pour pouvoir retrouver leur dignité. Vieux Mac Faye s’était illustré à travers une photographie où il se montre avec la bouche masquée par une croix de ruban adhésif blanc. Leur cri en chœur a été vraisemblablement entendu. Le crooner et ses compères devraient bientôt retrouver leur libre expression symphonique, artistique, culturelle. Dans le communiqué du Conseil des ministres du 16 septembre dernier, il apparait une instruction présidentielle en faveur de la reprise des activités culturelles. « Le Président de la République (…) a demandé au ministre de la Culture de lui proposer, en relation avec les acteurs, un Plan spécial de relance des activités culturelles au Sénégal», lit-on. Le Chef de l’Etat a motivé sa demande au titre du climat social ainsi que de la gestion et du suivi des affaires intérieures.

Le week-end dernier, nous avions relayé les propos de certains acteurs culturels, parmi lesquels Ngoné Ndour, qui dressaient une situation sociale catastrophique. L’entrepreneuse culturelle, que nous avons jointe, a dit toute sa satisfaction de cette décision présidentielle. «C’est une excellente nouvelle. Nous ne demandions que cela. Le secteur en a grandement besoin, surtout après plus de sept mois d’arrêt d’activités», a réagi l’administratrice de la maison de production Prince arts, tout en espérant que ce plan spécial garantisse une relance adéquate et pertinente des «activités culturelles drastiquement impactées». De son côté, Pape Faye salue l’esprit avec lequel le Chef de l’Etat a accueilli le cri de cœur des acteurs culturels. Le comédien estime qu’ils commençaient à s’essouffler du fait des mesures édictées qui les éloignaient des lieux d’expressions artistiques. «Les artistes vivent de leur art. Leur interdire des prestations où ils espéraient assurer leur quotidien est une catastrophe sociale. La ministre de la Culture va certainement convoquer en urgence les responsables des secteurs des arts vivants pour réfléchir ensemble sur un probable assouplissement des mesures», déclare le président de l’Association des artistes comédiens du théâtre sénégalais (Arcots).

De l’avis d’Adramé Ismael Coly, la décision vient à point nommé. Selon l’artiste, critique de cinéma et réalisateur d’«Emitaï» (installation sur la photographie sonore), le confinement a permis une inspiration et une productivité significatives, tout en maintenant les praticiens «sous assistance respiratoire». Toutefois, le cadre de diffusion restait un lancinant problème. «Les musées ont fermé boutiques, les centres culturels également. On peut dire qu’on est en chômage technique, alors qu’il y avait bien moyen de nous exprimer», relève Adramé I. Coly, par ailleurs journaliste à la Rsi, qui espère que l’instruction connaitra le suivi nécessaire.

Propositions et perspectives

Dans l’instruction présidentielle, il est bien mentionné que le Plan spécial de relance en question devra se faire en relation avec les acteurs culturels. Avant la probable rencontre avec la tutelle, certains acteurs évoquent déjà quelques pistes. Pape Faye prie l’Etat de passer d’ores et déjà des mesures barrières aux mesures de survie pour éviter de prolonger plus longtemps l’asphyxie des acteurs d’un secteur aussi vivant que celui des arts et de la culture. Aussi répète-t-il la doléance en faveur de l’ouverture des salles de spectacle. Une idée partagée par Adramé Ismael Coly, qui considère que «pour les arts scéniques et les performances artistiques, il est plus que possible de respecter le protocole sanitaire». Il cite l’exemple de l’Allemagne où les musées et lieux culturels restent fonctionnels et très bien encadrés, en total respect des mesures restrictives. Ngoné Ndour, de son côté, a rappelé, pour s’y rallier, les orientations de la Coalition des acteurs de la musique dont elle fait partie. En plus des réaménagements infrastructurels des salles de spectacle et du respect des mesures barrières, ses acolytes et elle surlignent quelques propositions pour la tutelle.

Il y a, en outre, un protocole sanitaire dédié et un document qui devra être élaboré sous forme de recommandations aux employeurs de la musique. «Avant d’envisager la reprise des activités artistiques, il est indispensable que l’employeur s’assure de sa capacité à mettre en place les mesures adaptées et à les faire appliquer. L’obligation de sécurité des travailleurs se traduit par une obligation de prudence et de diligence», conçoit la coalition d’artistes, tout en appelant, par ailleurs, à la subvention de ces employeurs et la mise en place d’un fonds annuel d’appui à la musique. Maah Keïta, elle, propose une reprise cyclique. Selon la bassiste et ex-membre de l’orchestre Takeïfa, il faudrait d’abord commencer par admettre les afterworks et les programmes dans les petites salles et durant les jours ouvrables, qui enregistrent moins d’entrées de personnes.

«Ce format test devrait permettre d’avoir une idée sur l’adaptation et l’attitude des artistes. Il faut voir également dans quelles mesures déroger les artistes musiciens du port du masque de protection au risque qu’ils suffoquent avec la chaleur sur scène», indique Mah Khoudia Keïta, qui pense qu’on peut attendre encore un peu avant d’ouvrir les grandes salles telles que le Grand Théâtre Doudou Ndiaye Coumba Rose. Kër ImagiNation dit également son vœu de voir considérer les activités culturelles dédiées aux enfants dans ce plan de relance. «Nous savons que l’accès à la culture et l’expression culturelle font partie intégrante d’un bon développement des enfants dans leur apprentissage, que ce soit aussi pour le renforcement des acquis durant cette période où l’école est fermée ou pour les sensibiliser sur la Covid-19», note Karima Grant, fondatrice du musée pour enfants Kër ImagiNation, lauréat du prix mondial Meilleur musée pour enfants 2019.