Conséquences de la réciprocité – DESTINATION INCONNUE : La mesure va infecter le tourisme




En bombant le torse qu’il appliquerait la réciprocité à tous les pays qui interdiraient d’entrée les ressortissants sénégalais pour motif de Covid19, le ministre Alioune Sarr pourrait même par son arrêté, condamner à mort les secteurs dont ils a la charge, ceux du tourisme et des transports aériens qui, en fait, ne vivent que de l’arrivée au Sénégal de voyageurs étrangers, en particulier ceux des pays qui voudraient nous barrer l’entrée de chez eux.

Le ministre du Tourisme et des transports aériens Alioune Sarr a frappé avant-hier un grand coup en annonçant que le Sénégal allait appliquer la réciprocité à l’égard des pays qui auront refusé l’entrée de leurs territoires aux ressortissants sénégalais au motif de propagation du Covid-19. Toutefois, à la suite de cette décision, on n’a pas vu ou entendu que la mesure a été suivie de décret présidentiel ou d’arrêté ministériel quelconque. Ce qui veut dire en clair, que l’on est encore en pleine obscurité.
Néanmoins, des échanges avec des diplomates accrédités à Dakar, montrent que si le Sénégal envisageait sérieusement d’appliquer une quelconque mesure de réciprocité, il devrait s’attendre à supporter les conséquences économiques d’une telle décision.
En effet, les pays Schengen qui ont écarté le Sénégal et bien d’autres ouest-africains de la liste de ceux autorisés à se rendre dans l’Espace Schengen, sont par ailleurs, les principaux fournisseurs de touristes dans le pays de la Teranga. Décider d’interdire à leurs ressortissants l’entrée sur le sol sénégalais, reviendrait également à condamner beaucoup de réceptifs hôteliers à faire disette. Alors que le manque à gagner dans le secteur est déjà très important, et que plusieurs hôtels, et non des moindres, sont en train de jouer tout simplement leur survie, si leur clientèle traditionnelle ne pouvait venir, les choses ne pourraient qu’empirer, alors que le gouvernement lui-même, a débloqué des fonds importants pour la remise à niveau de nombre de ces réceptifs. Et le pire est que rien ne garantit que ces clients traditionnels pourraient être remplacés par d’autres.
Les informations obtenues par Le Quotidien indiquent que plusieurs autres pays membres de l’Ocde (Organisation de coopération et de développement économique, qui comprend les pays membres du G7 plus 30 autres qui ont adopté les politiques libérales de l’économie de marché) estiment que leurs études indiquent que le Sénégal n’est pas encore sorti de la zone rouge en ce qui concerne les niveaux de contamination. Ces pays pensent surtout que notre pays, comme nombre de ses pairs de l’Afrique de l’Ouest, n’est pas suffisamment préparé à faire face aux fortes vagues de malades de Covid qui vont se déclarer dans les semaines à venir. Ils ont donc décidé, à l’instar du Japon, des pays de Schengen et du Canada, qu’aucun voyageur non national ne pourrait entrer sur leur territoire s’il avait séjourné ou transité par le Sénégal dans une quinzaine de jours.
Le Sénégal pourrait-il se permettre d’interdire d’entrée sur son territoire des ressortissants de tous ces pays, dont certains auront besoin de venir ici travailler dans des secteurs aussi importants que les infrastructures ou ceux liés aux hydrocarbures ou aux mines ? Ce sont ces questions auxquelles Alioune Sarr et ses collègues devraient s’apprêter à répondre au moment de signer leur arrêté, ou de conseiller au chef de l’Etat de signer un décret.
Pour leur gouverne, ils pourraient s’inspirer de ce qui s’était passé avec l’épisode de la réciprocité des visas aux pays qui en demandaient à des ressortissants sénégalais. La mesure décidé aux premiers mois de l’arrivée au pouvoir de Macky Sall – soi-disant par amour propre patriotique, a fini par faire long feu, et a été piteusement retirée au bout de quelque mois. Les gens se sont rendu compte qu’elle faisait plus de mal qu’elle ne réglait de problèmes. Cette fois-ci, en y réfléchissant bien, on n’aurait pas besoin d’en arriver à ce point.