MALGRÉ LA MORT ANNONCÉE DU FCFA, L’ECO NEST PAS ENCORE NÉ




L’éco sera-t-il un jour la monnaie unique de toute l’Afrique de l’Ouest ou ne restera-t-il au mieux qu’un avatar du franc CFA ? Quand fera-t-il son apparition sur les étiquettes et dans les porte-monnaie de cette région qui regroupe près de 400 millions d’habitants ? Alors que la réforme censée aboutir à la disparition du CFA progresse, les divergences entre les huit pays de la zone franc et le groupe réuni autour du Nigeria menacent de réduire l’ambition ou bien même d’enterrer ce projet.

Le 21 décembre 2019, à Abidjan, Emmanuel Macron et son homologue ivoirien Alassane Ouattara avaient créé la surprise et un certain émoi en déclarant solennellement la fin du franc CFA et son remplacement rapide par l’éco. L’annonce s’inscrivait dans le cadre d’une refonte des relations monétaires entre Paris et les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) que sont le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.

Un coup politique tant pour la France, désireuse de se libérer de ce legs colonial, que pour des dirigeants africains, soucieux de briser le cliché d’éternels vassaux.

Depuis, Paris a accéléré la mise en œuvre de ce projet à forte teneur symbolique. Le projet de loi qui entérine la réforme a été adopté fin mai en conseil des ministres. Selon le texte, la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest ne sera plus tenue de verser 50 % de ses réserves de change dans un compte logé auprès du Trésor français, un mécanisme qui était vécu comme une dépendance humiliante.

Salve de critiques du président nigérian

Ensuite, la France devrait retirer ses représentants des organes de gestion de la devise. « Le Parlement devrait ratifier ce traité d’ici à l’automne, mais nous allons essayer de le mettre plus vite en application, par anticipation », indique une source française au fait des négociations.

Tout irait pour le mieux si, d’une part, les dirigeants français et ivoirien, suivis par la plupart des pays francophones d’Afrique de l’Ouest, n’avaient donné l’impression de prendre de court les sept autres membres de la Communauté écono­mique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et si, d’autre part, le Nigeria, hyperpuissance économique de la région, jouait le jeu de l’intégration monétaire.