26 juin 1960, le jour où Madagascar est devenue indépendante




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Marlène Panara

Il y a 60 ans tout juste, le drapeau blanc, rouge et vert de Madagascar flottait pour la première fois au stade Mahamasina d’Antananarivo. Quelques jours plus tôt en effet, le tout nouveau président Philibert Tsiranana et Jean Foyer, représentant du gouvernement français, ont paraphé les accords qui consacrent l’indépendance de l’île. Le point d’orgue d’un long et difficile combat pour les Malgaches.

Un long état de siège jusqu’en 1956

Treize ans plus tôt, la réponse des autorités qui a suivi l’insurrection contre l’ordre colonial du 29 mars 1947 avait été d’une violence inouïe du fait de la volonté de la France de regagner sa place dans le concert mondial des nations par le biais de son empire colonial. Plus que jamais, elle veut éviter une deuxième situation à l’indochinoise. La situation dans les possessions asiatiques est d’ailleurs évoquée dans les tracts du Mouvement démocratique pour la rénovation malgache (MDRM). Alors, la répression s’abat sévèrement sur les insurgés. Des cadres et des membres du MDRM sont arrêtés, torturés, condamnés aux travaux forcés ou envoyés au bagne de Nosy Lava, petite île située dans le nord-ouest. Des suspects sont jetés, vivants, depuis des avions afin de terroriser les villageois dans les régions d’opération. Au total, près de 10 000 personnes trouvent la mort. Cet état de siège prend fin en 1956, deux ans après la défaite française en Indochine.

De la loi-cadre à l’indépendance

La loi-cadre Defferre, qui prévoit le transfert du pouvoir exécutif aux autorités locales et supprime la distinction au sein de l’électorat entre citoyens et autochtones, est mise en place. Elle permet à Philibert Tsiranana de prendre la tête du gouvernement. Le dirigeant est un ancien leader du Parti des déshérités de Madagascar (PADESM), un parti anti-indépendantiste dont le développement avait été encouragé par les Français après la guerre. C’est lui donc qui prend la tête de la République malgache instituée le 14 octobre 1958 par le pouvoir colonial. La population accepte par référendum d’entrer dans la Communauté française, ce qui laisse la mainmise à la métropole sur l’économie et la gestion de l’île.

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Du protectorat à la colonie

Petit pas en arrière. Arrivée sur la Grande Île en 1882, la France institue le protectorat, statut qu’elle a fait expirer le 6 août 1896, lorsque Madagascar, base avancée de la Compagnie française des Indes orientales depuis le XVIIe siècle, est déclarée unilatéralement par l’Assemblée nationale « colonie française avec les îles en dépendant ». Une date qui signe aussi le déclenchement de « la pacification » du territoire. La tâche est confiée au général Gallieni. La répression qui s’abat sur les Malgaches est brutale : elle fait près de 100 000 morts, sur une population d’un peu plus de trois millions d’habitants. L’ancien commandant du Soudan français – le nom donné à la colonie française érigée sur le territoire de l’actuel Mali – s’efforce ensuite d’appliquer sa « politique des races ». Il reconnaît à chaque groupe ethnique son identité propre, dans le but de mettre fin aux relations de domination et de subordination entre les différentes communautés.

Répression politique, exploitation économique

Une démarche qui relève en fait, pour beaucoup d’historiens, d’une véritable stratégie. Avec cette politique, le général Gallieni souhaite surtout mettre fin à la domination séculaire des Merinas, ceux-ci étant les plus hostiles à la colonisation française. Et si l’esclavage est supprimé, le régime de l’indigénat, appliqué à toute l’île, fait perdre aux Malgaches tout droit et toute représentation spécifique. À partir de 1901, le pouvoir colonial entame la « mise en valeur » de la nouvelle colonie et accorde de très vastes concessions à de grandes sociétés et à des particuliers de la métropole. Pendant de longues décennies, la France s’applique à mettre au pas toute revendication, et à mater toute révolte.

L’impact de la Seconde Guerre mondiale

Mais le ressentiment né après la Première Guerre mondiale prend peu à peu de l’ampleur. Dans les années 1930, la colère gronde contre la francisation de l’enseignement et le statut de l’indigénat. Les hostilités entre Britanniques et Français vichystes – en 1939, les représentants français sur l’île optent pour le régime de Vichy, comme l’Afrique-Occidentale française – fissurent la mainmise des colons. À la fin de la guerre, Madagascar, depuis 1943 sous l’autorité de la France libre, devient un territoire d’outre-mer au sein de l’Union française. Mais les deux conflits mondiaux ont encouragé le militantisme anticolonialiste à renforcer les aspirations indépendantistes. Quinze ans plus tard, Madagascar redevient un État souverain reconnu par la communauté internationale.

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