Afrique du Sud : une ville croule sous les déchets pendant une grève des agents municipaux




Depuis le 4 août, les travailleurs des services publics municipaux de la ville sud-africaine de Standerton, dans la municipalité locale de Lekwa, sont en grève pour protester contre leur niveau de salaire et le manque d’équipement de protection individuelle en période de pandémie. Les habitants, qui ont vu les déchets s’accumuler, ont décidé de crier leur ras-le-bol en déversant leurs ordures devant les locaux de la municipalité.

Beaucoup photos et vidéos impressionnantes de sacs poubelle et déchets jonchant les rues de Standerton, chef-lieu de la municipalité locale de Lekwa, dans l’est de l’Afrique du Sud, ont été publiées en août sur les réseaux sociaux.
Face à cette situation, plusieurs habitants excédés se sont réunis devant les locaux de la municipalité le 23 août pour y déverser des ordures et protester contre la défaillance des services publics.

“C’était choquant”

Le journaliste sud-africain Mweli Masilela, qui travaille pour la chaîne d’information Newzroom Afrika, s’est rendu à Standerton ce mois-ci. Il témoigne :
C’était choquant. Tous ceux à qui j’ai parlé m’ont dit que c’était la première fois qu’ils voyaient la région dans cet état. Et même moi, je n’avais jamais vu cela ici.

Le 4 août, plusieurs agents municipaux de Standerton appartenant au syndicat sud-africain des travailleurs municipaux (SAMWU) se sont mis en grève. Ils dénoncent le manque d’équipement de protection individuelle, des conditions de travail dangereuses et demandent une augmentation de leurs salaires de 6,25 %. Après un mois de grève, ces agents du SAMWU ont présenté leurs excuses aux habitants, tout en expliquant qu’ils ne reprendraient pas le travail tant que leurs revendications ne seraient pas prises en considération par les autorités locales.

Le journaliste Mweli Masilela poursuit :
Les employés municipaux ont demandé au directeur des services municipaux de Lekwa de démissionner en raison d’allégations de corruption [la municipalité de Lekwa est accusée d’avoir dépensé de l’argent en voitures et en gardes du corps privés alors que les infrastructures publiques se détérioraient, NDLR]. Ils pensent que les fonctionnaires de la municipalité compromettent leur sécurité car ils ne sont pas en mesure de fournir à leurs travailleurs des équipements de protection individuelle adéquat.

En pleine pandémie de Covid-19, l’accumulation des ordures dans les rues inquiète. Alors que les employés municipaux continuent de faire grève, quelques déchets ont été ramassés, de façon sporadiques, par le “Lekwa Clean Up Crew”, un groupe de citoyens.

Les habitants de Standerton sont aussi confrontés à des coupures d’électricité intermittente, et reçoivent au robinet une eau de mauvaise qualité. D’après plusieurs locaux, ces problèmes ont commencé avec la mise en place du confinement en Afrique du Sud le 26 mars – qui a entraîné une hausse de la consommation d’électricité dans les ménages.

Les factures d’électricité des particuliers sont versées à la municipalité, qui elle même paie Eskom, le fournisseur d’électricité public sud-africain. Or, la municipalité de Lekwa doit rembourser une dette d’un peu plus d’un milliard de rands (50 millions d’euros), à laquelle s’ajoute d’importantes pénalités, à Eskom. Les coupures permettent, selon les autorités, d’éviter une panne généralisée le temps que la municipalité paie sa dette. Le problème, c’est qu’elles affectent le fonctionnement d’autres services publics, comme les pompes à eau et les usines de traitement.

Les habitants sont également très impactés :
Ils passent tous environ huit heures par jour sans électricité, ce qui est très problématique, par exemple dans les maisons de retraite où les gens ne peuvent pas se préparer à manger en cette période de pandémie. De nombreuses entreprises ont dû fermer à cause de ces problèmes de coupures. Certains ont recours à des sources d’énergies alternatives, comme l’énergie solaire et les générateurs, mais c’est très coûteux. Et, sans électricité, il est difficile de gérer une entreprise. Chez les bouchers par exemple, il n’y a plus de viande en stock car elle finit par pourrir dans les réfrigérateurs.

Ce n’est pas la première fois que les dettes de la municipalité de Lekwa envers Eskom entraînent des difficultés. En 2019, les pénalités imposées par Eskom aux services municipaux avaient entraîné une série de coupures causant une pollution des eaux usées dans la rivière Vaal, une importante source d’eau locale.

Le 31 août, un juge a ordonné à Eskom de rétablir l’électricité aux habitants de Lekwa. Le directeur des services municipaux de Lekwa, Gugulethu Mhlongo-Ntshangase, devra lui répondre devant la justice pour ne pas avoir fourni un service public “adéquat”.