Au moins six navires humanitaires bloqués par les autorités italiennes




Depuis début juillet, quatre navires humanitaires sont immobilisés par les autorités italiennes en raison de “plusieurs irrégularités”, et deux autres subissent une période de quarantaine due à la pandémie de Covid-19. Les militants dénoncent des “entraves” au sauvetage des migrants en mer Méditerranée.

À la date du 30 septembre, plus aucun navire humanitaire ne sillonne la zone de recherche et de sauvetage (SAR zone). L’absence des bateaux d’ONG fait craindre une augmentation du nombre de migrants morts en mer alors que le mois de septembre a été particulièrement meurtrier avec près de 200 décès recensés en Méditerranée centrale. Mais alors, où se trouvent les navires humanitaires ? InfoMigrants fait le point.

L’Ocean Viking est bloqué au port sicilien de Porto Empedocle depuis le 22 juillet.
“Après une inspection de 11 heures menée par les garde-côtes italiens (…) l’Ocean Viking est détenu par les autorités italiennes, pour une période indéterminée”, avaient déclaré SOS Méditerranée, l’ONG qui l’affrète, dans un communiqué. Les garde-côtes italiens justifiaient cette nouvelle immobilisation par “plusieurs irrégularités techniques et opérationnelles” observées sur le navire.

Ces manquements, non précisés, sont “de nature à compromettre non seulement la sécurité du navire et de l’équipage mais aussi des personnes qui ont été et qui pourraient être récupérées à bord”. Les autorités italiennes faisaient également état de “violations de la réglementation visant à protéger le milieu marin”. L’Ocean Viking fait l’objet, depuis, d’une mesure de “rétention administrative” jusqu’à correction des irrégularités. “Nous travaillons d’arrache-pied pour faire libérer l’Ocean Viking” affirme à InfoMigrants SOS Méditerranée.

L’Ocean Viking avait débarqué le 6 juillet 180 migrants en Italie. L’équipage avait ensuite dû subir 14 jours de quarantaine en raison des risques de propagation de la pandémie de Covid-19.

Le Sea Watch 3 a été immobilisé le 8 juillet par les autorités italiennes.
L’Italie affirme avoir constaté “plusieurs irrégularités techniques et opérationnelles” lors d’une inspection des garde-côtes sur le navire de l’ONG allemande Sea-Watch. Cette mesure d’immobilisation “se poursuivra jusqu’à ce que les irrégularités détectées soient corrigées. Pour certaines d’entre elles, l’intervention de l’État du pavillon, à savoir l’Allemagne, sera nécessaire”, ont indiqué les garde-côtes sans préciser la nature desdites irrégularités ni le temps que la procédure pourrait prendre.

“Nous vérifions actuellement toutes les options juridiques dont nous disposons et évaluons la situation”, déclare à InfoMigrants Sea-Watch qui espère que son navire pourra être remis en service le plus tôt possible.

Le Sea Watch 3 a transféré le 21 juin sur un navire italien plus de 200 migrants secourus en mer Méditerranée. L’équipage avait ensuite dû subir 14 jours de quarantaine pour éviter la propagation de la pandémie de coronavirus. L’an dernier, le navire a été bloqué cinq mois après avoir été saisi par la justice italienne.

Le Sea Watch 4 est immobilisé au port sicilien de Palerme depuis le 19 septembre.
“Il a fallu 11 heures d’inspection sur le Sea Watch 4 pour trouver suffisamment d’infractions pour empêcher le bateau de sortir du port”, avait déclaré l’ONG allemande éponyme. L’équipage du navire humanitaire a été notamment accusé de “sauver systématiquement” les migrants même s’ils n’étaient pas en détresse. Un trop grand nombre de gilets de sauvetage à bord ou encore des lacunes dans le système d’évacuation ont aussi été invoqués.

“Les autorités italiennes manipulent et abusent de procédures maritimes légitimes”, avait estimé Ellen van der Velden, responsable de Médecins sans frontières (MSF) pour les opérations de recherche et de secours. “Pendant ce temps, l’obligation pour chaque navire de porter assistance aux bateaux en détresse est complètement ignorée. Les autorités italiennes font ainsi le jeu de la corruption, en incriminant et en arrêtant les organisations humanitaires (…), tout en s’extrayant de leurs propres obligations, principalement celle de porter assistance aux bateaux en détresse. Et cela avec l’assentiment des autres États européens”, avait-elle ajouté.

Le Sea Watch 4 a été autorisé le 1er septembre à débarquer à Palerme les quelque 200 migrants secourus au large de la Libye quelques jours plus tôt. L’équipage avait ensuite dû subir 14 jours de quarantaine en raison du Covid-19.

L’Open Arms est amarré au port de Palerme, en Sicile, où il subit une période de quarantaine.
Le navire humanitaire de l’ONG espagnole ProActiva Open Arms a transféré le 18 septembre 140 migrants secourus en mer Méditerranée à bord d’un bateau italien. Les naufragés y ont été placés en quarantaine en raison des risques de propagation du coronavirus.

Celle de l’équipage doit prendre fin vendredi 2 octobre, indique l’ONG à InfoMigrants. À l’instar des autres navires, l’Open Arms craint une nouvelle immobilisation par les autorités italiennes.

L’Alan Kurdi est en quarantaine au port sarde d’Olbia depuis le 26 septembre.
La période d’isolement de l’équipage devrait prendre fin le 10 octobre. Le navire de l’ONG allemande Sea-Eye a terminé le débarquement en Sardaigne des 125 migrants secourus en mer Méditerranée samedi 26 septembre. Comme l’Open Arms, l’Alan Kurdi craint que la quarantaine ne débouche sur une immobilisation décrétée par les autorités italiennes.

“Nous avons ‘corrigé’ tous les défauts techniques que les Italiens reprochaient à notre navire. Ils ont utilisé ces allégations pour retenir notre bateau. Même si notre navire était parfaitement aux normes, nous avons cependant modifié certaines choses à bord afin de continuer à secourir les gens”, signale à InfoMigrants Sea-Eye. “À moins que les autorités n’invoquent de nouvelles irrégularités imaginaires, nous devrions pouvoir repartir”, espère l’ONG.

Le Mare Jonio est bloqué au port d’Augusta, en Sicile depuis le 24 septembre.
Alors que le navire humanitaire était prêt à repartir en mission, les autorités italiennes ont refusé que deux membres d’équipage montent à bord, empêchant le départ du Mare Jonio.

“Le but du gouvernement est d’entraver la présence en mer de toutes les organisations civiles qui effectuent des missions d’observation, de surveillance et de sauvetage”, déplore dans un communiqué le collectif italien Mediterranea qui affrète le navire. “Nos avocats travaillent sur des appels contre les réglementations arbitraires et illégitimes qui ont affecté le Mare Jonio”.

Le 11 septembre, le navire humanitaire avait pris à son bord 27 migrants secourus début août par le bateau commercial Maersk Etienne, bloqué pendant des semaines en mer, Malte et l’Italie refusant de laisser débarquer les migrants dans leur port. Les naufragés ont finalement été accueillis en Sicile le 12 septembre.

Le Louise Michel est amarré au port espagnol de Burriana.
Le navire humanitaire affrété par l’artiste Banksy avait porté assistance à quelque 200 migrants lors de trois opérations de sauvetage débuté le 27 août. Deux jours plus tard, 49 personnes particulièrement fragiles avaient été prises en charge par les garde-côtes italiens. Les autres naufragés avaient eux été transférés sur le Sea-Watch 4, plus grand et mieux équipé que le Louise Michel. Les 350 migrants à bord du Sea-Watch ont été pris en charge par un navire italien le 1er septembre pour y subir une période de quarantaine, avant d’être autorisés à débarquer en Sicile.

Le Louise Michel a ensuite repris la route vers son port d’attache, Burriana, où il stationne depuis. Très peu d’informations circulent sur une éventuelle prochaine mission, l’équipage n’a pas donné plus de détails à InfoMigrants.




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