BFMTV s’effondre sur elle-même




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Alors que la grève à BFMTV et RMC est reconduite à lundi 29 juin, la chaîne d’information en continu a stoppé la diffusion en direct et rediffuse la matinale en boucle.

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La grève à BFMTV a provoqué des réactions moqueuses sur les réseaux sociaux

BFMTV est en crise et certains semblent s’en réjouir. Les salariés de la chaîne d’informations en continu et de RMC ont voté jeudi soir la reprise du mouvement de grève contre un plan d’économies prévoyant la suppression d’environ 500 postes. Une première grève de 24 heures avait été lancée mercredi au sein de NextradioTV, filiale de médias d’Altice. Tandis que de nombreux journalistes ont tweeté sur le mouvement de grève mercredi, des internautes en ont profité pour attaquer la chaîne, critiquant son rôle dans le débat public.

« S’ils pouvaient être en grève toute l’année ça nous ferait des vacances ! », peut-on lire. Ou encore : « Franchement quelle idée d’aller plaindre les journalistes grévistes de BFM qui, pigistes ou pas, contribuent à détruire le débat public et à répandre des idées d’extrême droite ? » Si Twitter est un miroir déformant de la société, ces nombreuses réactions laissent percevoir une certaine hostilité vis-à-vis de la chaîne d’information en continu. Comment BFMTV en est-elle arrivée à un tel niveau de défiance chez les téléspectateurs ?

La success story s’effondre


C’est une success story qui s’effondre, celle d’une chaîne un peu bas de gamme à son arrivée en 2004 qui s’impose face à ses deux concurrentes. Pour l’année 2019, sa part d’audience annuelle était de 2,3 % selon Médiamétrie, contre 0,8 % pour CNews et 1 % pour LCI. « Quand les leaders se cassent la figure, ceux qui ont toujours réussi, il n’est pas rare de voir des gens faire du mauvais esprit », observe Jean-Marie Charon, sociologue des médias. On ricane parce que la réussite n’est plus au rendez-vous.


De plus, son succès d’audiences est directement associé à toute une série de drames : l’affaire Merah, les attentats de 2015, les gilets jaunes… Ce qui nourrit de l’ambivalence chez les téléspectateurs, particulièrement palpable sur Twitter. A lire certaines publications, BFMTV mettrait en péril la démocratie et jouerait le jeu de l’extrême droite.

« On retrouve un phénomène classique de la représentation sociale du rôle des médias, poursuit le sociologue. A toutes les étapes de l’histoire des médias, on observe une tendance à leur imputer des responsabilités très fortes dans ce que la société traverse. »

Au XIXe siècle, la presse populaire, comme Le Petit Journal, était jugée coupable de la hausse de la criminalité du fait de son traitement des faits divers. Dans les années 1950-1960, la télévision était critiquée pour son rôle dans la délinquance en banlieue avec les blousons noirs. « C’est un vieux problème en France », insiste Jean-Marie Charon. Et les chaînes d’information en continu, à leur tour, sont critiquées pour leur rôle dans le débat démocratique.

L’idée d’une connivence


« En parallèle, on impute à BFMTV depuis quelques années cette idée de connivence avec le pouvoir, souligne Jean-Marie Charon. La chaîne serait derrière Emmanuel Macron ». Le traitement des manifestations des gilets jaunes et de la violence a joué un grand rôle dans la formation de cette opinion. « J’ai assisté à des débats avec les gilets jaunes, notamment aux Assises du Journalisme. Les principales critiques ciblaient le fait que les chaînes avaient insisté sur la violence des gilets jaunes tout en étant restées dans un premier temps muettes sur la violence policière et les blessés. Sans le recensement de David Dufresne, elles auraient été encore plus lentes à les traiter », analyse-t-il.


Paradoxalement, les gens sont très virulents au sujet de BFMTV et en même temps, ils sont souvent scotchés à cette chaîne. Elle est même pour beaucoup la seule référence télévisuelle. Sauf que les salariés qui vont souffrir de ce plan d’économies, les reporters, les pigistes, ne sont pas les principaux artisans de la défiance du public. Il est plutôt question des éditorialistes et des grandes figures de BFMTV.

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