Comment Air France déconfine ses avions




Au compte-gouttes, les appareils vont reprendre du service et assurer les vols prévus en fonction du contexte sanitaire et de la demande de la clientèle.

Les Airbus A380 d'Air France ne survivront pas au coronavirus.
Les Airbus A380 d’Air France ne survivront pas au coronavirus. © Air France

À Roissy-CDG, à Orly, comme au centre de maintenance d’Air France de Toulouse, des avions sont parqués à perte de vue sur les aires de stationnement, les taxiways et parfois sur les pistes. Au total, ce sont 180 appareils (Airbus 320, Boeing 787, B777, A330, A340, A350, A380), plus de 80 % de la flotte d’Air France qui est clouée au sol. Ces opérations de stockage sont minutieusement codifiées par les constructeurs et les motoristes dans les manuels de maintenance et les procédures sont également validées par les autorités de tutelle Agence européenne de la sécurité aérienne et Direction générale de l’aviation civile en France.

Sur les 180 appareils long et moyen-courriers, 125 sont à Roissy-CDG, 37 à Orly et dix au centre de maintenance de Toulouse tandis que huit autres sont en peinture ou en grande visite chez des intervenants extérieurs. Les 40 appareils maintenus en vol (28 long-courriers et cargos, 12 moyen-courriers) assurent actuellement 5 % du trafic, soit 30 vols par jour contre 1 000 en temps normal.

Comment Air France déconfine ses avions
Les taxiways et parfois les pistes sont utilisés pour stocker les avions. © Air France

En réalité, le déconfinement des avions commence par le confinement et une première inconnue. Pour combien de temps ? De la durée prévue dépend la complexité des opérations de confinement. Le premier niveau est celui de routine avec des protections installées pour l’arrêt le temps d’une nuit ou d’un week-end. Cela peut aller jusqu’à un mois. Le deuxième stade dit stockage actif, celui choisi par Air France, est conçu pour un arrêt d’un mois à trois mois. Il nécessite environ cent cinquante heures de travail des mécaniciens de maintenance. Cela consiste à conditionner les commandes de vol, les systèmes électriques et hydrauliques, le conditionnement d’air, etc., pour qu’ils ne souffrent pas de l’inactivité. Tout est protégé de l’humidité et de sa conséquence mortelle : la corrosion. Des déshumidificateurs peuvent être placés dans les cabines. Tous les orifices sont bouchés avec des caches rouges pour interdire aux insectes, voire aux oiseaux, d’y créer des nids.

Comment Air France déconfine ses avions
Tous les orifices sont bouchés par des caches rouges (pour ne pas être oubliés lors du prévol). © Air France

Un minimum de carburant est maintenu dans les réservoirs pour que les joints ne sèchent pas. Cela permet aussi de remettre en route les moteurs une fois par semaine. À l’aide d’un cric, le train d’atterrissage est soulevé. En faisant tourner les roues, on évite ainsi que les pneus deviennent carrés en supportant sans bouger le poids de l’avion. Quand tout a été ainsi anticipé, l’avion peut sortir très vite de confinement, après une classique visite prévol ou presque.

Cimetière d’avions

Début mai, le millier de mécaniciens d’Air France Industries (sur un total de 8 000) va se consacrer à la sortie de stockage des avions. Sont concernés les moyen-courriers A320 qui assurent les vols domestiques et européens. Air France devrait augmenter les fréquences des dessertes actuelles depuis Roissy-CDG vers Marseille, Toulouse et Nice. Des vols vers Montpellier et Bordeaux devraient aussi être assurés. Les avions choisis sont ceux pour lesquels une visite calendaire n’est pas prévue prochainement. Ceux-ci iront directement au hangar pour l’inspection et une immobilisation d’au moins une semaine. Pour l’instant, les vols seront programmés au départ de Roissy-CDG et il faudra attendre une hausse suffisante du trafic pour justifier la réouverture d’Orly.

Les perspectives pour les long-courriers internationaux sont différentes avec la fermeture des frontières de 170 pays. Actuellement, le programme de vols surnommé « squelette » prévoit la continuité territoriale vers les Antilles et La Réunion ainsi que quelques vols par semaine vers les Amériques, le Japon et l’Afrique de l’Ouest, essentiellement pour rapatrier des passagers. Dans ce contexte, certains appareils ne revoleront au mieux qu’à la fin de l’année et devront donc entrer en phase 3 du stockage, celui prévu au-delà de trois mois. Pour quelques-uns d’entre eux, ce sera l’antichambre du cimetière d’avions.

Benjamin Smith, le patron d’Air France-KLM, a récemment confirmé, lors d’une audition de la commission sénatoriale des transports, que la compagnie accélérait la disparition des sous-flottes. Sont concernés les Airbus A340 et les A380, tous deux des quadriréacteurs gourmands même si le coût du carburant n’est pas actuellement d’actualité. Les premiers sont parmi les plus anciens appareils de la flotte, exigeants en entretien. En cette période de crise, le super jumbo avec sa capacité de 516 sièges n’est plus du tout adapté à la demande, même s’il reste l’avion le plus apprécié des passagers.