ÉNERGIE : POURQUOI L’ANNÉE 2020 EST IMPORTANTE POUR CHEIKH ANTA DIOP ?




 

ÉNERGIE : POURQUOI L’ANNÉE 2020 EST IMPORTANTE POUR CHEIKH ANTA DIOP ?

Il y a un mois, en pleine pandémie de Covid-19, on apprenait le lancement de la phase d’assemblage du réacteur thermonucléaire Iter en France (lire l’article ci-dessous). Il permettra de montrer qu’un soleil artificiel contrôlable et produisant de l’énergie propre est possible. Autrement dit, il sera possible de produire de l’énergie propre sur terre à partir de la fusion de l’hydrogène, comme le fait le soleil.

C’est un programme international lancé en 2006 et réunissant 35 pays. Aucun pays africain n’y participe. « L’Accord ITER, conclu par les signataires en 2006, stipule que les sept membres partagent le coût de la construction, de l’exploitation et du démantèlement de l’installation. Ils partageront également les résultats expérimentaux ainsi que toute propriété intellectuelle générée par la phase d’exploitation (d’une durée de vingt ans) ».

Un an avant sa mort, en 1985, Cheikh Anta Diop, lors d’une communication scientifique, fait ce que tout homme d’État conscient de l’avenir énergétique de son pays doit en principe faire : se livrer à un exercice de prospective stratégique dans le domaine de l’énergie.

Cheikh Anta Diop débute sa communication par cette projection : « Faisons une projection dans le proche avenir et demandons-nous quelle sera la physionomie énergétique du monde, dans 30 à 40 ans, aux confins des années 2010 à 2020. »

Il estime, au vu des tendances de l’époque, qu’il y aura non seulement une pénurie croissante dans le domaine des sources d’énergie primaires fossiles, mais « la pollution atmosphérique en gaz carbonique qui a atteint une échelle géochimique ira s’accentuant ».

Ce constat disait-il, amènera « l’humanité dans un avenir, non très lointain, à envisager sérieusement un changement de vecteur d’énergie. »

Il notait que c’est « vers l’horizon 2020 » que « le procédé japonais qui consiste à fabriquer de l’hydrogène en utilisant directement le rayonnement solaire pour casser la molécule d’eau commencera à sortir du laboratoire ». Pour lui, « le vecteur hydrogène est « susceptible de devenir la solution de demain, en association bien sûr avec l’électricité ».

Il trouvait que cette solution « serait la meilleure pour l’Afrique » parce qu’elle demandait de grandes quantités d’eau, et l’Afrique possède « d’immenses sources d’énergie renouvelables »

L’hydrogène comme vecteur d’énergie n’est toutefois pas si simple à produire. Diop note toutefois que si « l’Afrique sort des sentiers battus, grâce à une identification précoce et saine de ses particularités énergétiques, elle pourra peut-être demain avec l’avènement de l’hydrogène comme vecteur d’énergie, jouer un rôle analogue à celui des pays arabes ou pétroliers en matière de production ou de fourniture d’énergie. »

Si le continent africain veut jouer le rôle de pionnier dans ce domaine, c’est, disait-il, « dès maintenant qu’il doit s’y prendre en créant les structures de recherche et de formation appropriées ». Il était impérieux aux yeux de Diop de « former des techniciens pour la réalisation de ces tâches », « des ingénieurs et techniciens qui maîtrisent la construction des micro-centrales, des ingénieurs et techniciens bio-énergétiques pour l’industrialisation rurale, les problèmes de santé primaires, l’usage décentralisé du solaire et des éoliennes, etc. »

En attendant, concluait-il, « l’éclosion de cette grande ère de la faisabilité de la réaction thermonucléaire, de l’opérationnalité des centrales solaires, de l’avènement de l’hydrogène comme vecteur d’énergie, et du règne de la télématique, en attendant cette grande ère et en s’y préparant activement, il faut savoir faire flèche de tout bois, car aujourd’hui, les problèmes de l’heure sont l’autosuffisance alimentaire, la santé. »

Dans cet exercice de prospective stratégique, Cheikh Anta Diop avait bien vu pour 2020. La preuve de principe du réacteur thermonucléaire est donnée en grande expérience avec le lancement du projet international Iter. Dans le passé, les USA, la France et L’Allemagne avaient déjà montré la voie. La Chine doit en principe mettre en route son programme de soleil artificiel cette année 2020. Un programme en étude depuis 2006.

Cheikh Anta Diop voulait que la grande expérimentation d’un soleil artificiel contrôlable se passât en Afrique. Sa prospective et ses recommandations n’ont pas été prises en compte. C’est finalement hors du continent africain qu’est lancée la course vers ce que beaucoup considèrent comme l’énergie de l’avenir.

« Mon attitude, disait Diop, n’est pas une attitude passéiste de quelqu’un qui se délecte du passé. Toute mon activité est tendue vers l’avenir ».




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