Feu Gaïd Salah, ennemi public numéro un




Par Nicolas Beau

Mondafrique

Feu Gaïd Salah, ennemi public numéro un

Au sein de l’armée algérienne, les purges continuent de se multiplier entre les différents clans militaires. Ainsi les proches de l’ancien chef d’état major et ex patron de la transition algérienne, Gaïd Salah aujourd’hui décédé, sont aujourd’hui sur le banc des accusés

Feu Gaïd Salah, ennemi public numéro un
Boumediène et Adel, les fils de feu Ahmed Gaïd Salah.

Lorsqu’il parvient aux commandes, voici dix huit mois, le général Gaïd Salah, humilié durant toute sa carrière par les hommes du général Mediene, alias Toufik, le puissant patron du DRS (ex services algériens). Ses proches ne cessaient de répéter que Gaïd, saisi par un sursaut de vertu républicaine, voilait libérer l’Algérie de cette police politique qui aura été, depuis Boumedienne, la colonne vertébrale du régime et le principal verrou à toute transition démocratique. Résultat, les moindres relais de l’ex DRS au sein de l’appareil d’Etat étaient au mieux destitués, au pire emprisonnés. Reconnaissons qu’en toute bonne foi à Mondafrique, nous avons voulu croire à l’époque à un assainissement possible des réseaux de corruption en Algérie. Nous nous sommes trompés.

Or ce qui apparait aujourd’hui, c’est que l’ancien chef d’état major était mu par la vengeance personnelle et a tenté de forger des services secrets qui seraient sous le contrôle absolu de l’institution militaire. L’automne dernier, on assiste à quelques carrières fulgurantes des proches de Gaïd Salah au sein des services de renseignement et de l’armée, tout aussi corrompus que leurs prédécesseurs et en tout cas moins aguerris..

L’heure de la vengeance

La disparition brutale de Gaïd Salah en décembre, dont certains pensent qu’elle a pu être provoquée- ce qui est hautement probable-, va provoquer une redistribution totale des cartes où l’on voit resurgir des anciens collaborateurs du DRS à des positions clés, notamment à la Présidence. Le général Toufik lui même qui a été condamné à quinse ans de prison pour complot contre l’Etat est discrètement exfiltré et placé en résidence surveillée. La roue tourne

Une nouvelle salve vient d’être lancée contre la famille de Gaïd Salah, dont les deux fils font l’objet d’enquêtes judiciaires, abondamment relayées par les relais journalistiques spécialisés dans les affaires sécuritaires et qui furent proches du DRS durant la décennie noire où des groupes islamistes armés menaçaient la République algérienne. C’est ainsi que le quotidien El Wattan, un des titres algériens les mieux informés, publie une enquête fort bien informée sur les frasques Boumediène et Adel.(Voir le texte ci dessous à rien n’est encore écrit sur le gendre de Gaïd, l’époux de sa fille bien aimée, qui occupe aujourd’hui encore des fonctions sensibles à l’Ambassade d’Algérie en France. C’est lui qui négocie les transferts médicaux des hauts gradés algériens dans les grands CHU parisiens. En ces périodes où l’épidémie du Covid progresse en Algérie, les fonctions sont fort recherchées

La fragilisation de l’Etat

Ces luttes intestines au sein de l’institution militaire, pilier du régime, qui durent depuis plusieurs années et aujourd’hui s’intensifient entrainent un bouleversement du clientélisme, qui rest la porte d’entrée pour les hommes d’affaires étrangers. Autant de confusion dans le choix des négociateurs qui peuvent se retrouver du jour au lendemain en prison, autant de tentations pour un pouvoir algérien affaibli de se durcir.

L’ENRICHISSEMENT DES DEX FILD DR GAÏD SALAH, SELON EL WARRAN

Les enquêtes déclenchées par les services de sécurité sur Adel et Boumediène, les deux enfants de feu le général de corps d’armée, vice-ministre de la Défense nationale et chef d’état-major de l’Armée nationale populaire, Ahmed Gaïd Salah, se penchent actuellement sur l’origine de leurs biens, un véritable conglomérat.

Selon des sources proches de ce dossier, brûlant à plus d’un titre, les deux mis en cause, placés sous ISTN depuis le 18 août par le parquet de Dar El Beïda (Alger), sont à la tête d’une fortune colossale, amassée majoritairement du temps de l’ex-wali de Annaba El Ghazi, actuellement en prison.

En effet, ce dernier, au même titre que plusieurs autres responsables, répondait favorablement à toutes leurs sollicitations. Ainsi, ils ont pu acquérir dans le cadre du dispositif Calpi, actuellement Calpiref, plusieurs entreprises au dinar symbolique. «Il en est ainsi de la Sarl AGB Aïn Yagout, le nom éponyme du village natal de leur défunt père à Batna, spécialisée dans la transformation du blé dur et tendre. Acquise en 2013, Boumediène recevait, dès le premier jour de l’achat, son quota de blé de l’OAIC, même si l’entreprise n’existait qu’administrativement.

Les installations de sa minoterie n’ont commencé à tourner qu’en 2016. Où sont passés les milliers de tonnes de blé subventionné, entre 2013 et 2016, sachant qu’une simple vérification de la consommation électrique durant cette période creuse fera jaillir la vérité ?» s’interrogent des professionnels qui, tous, ont fait l’objet dernièrement d’une enquête nationale. Cette dernière a donné lieu à plusieurs incarcérations de directeurs de wilaya.

Parallèlement, une autre entreprise avait vu le jour dans le même dispositif. Son nom est Sarl Righia, implantée dans une commune de Annaba. Elle est spécialisée dans l’embouteillement de l’eau de source. Au début, cette société a été construite sur trois hectares, pour passer à la faveur d’une récente extension à dix hectares. «Il faut citer aussi les dizaines de projets acquis dans le même cadre mais vendus à des tiers. Obtenus en tant que Sarl, ils les concèdent par la suite en modifiant simplement le statut de la société chez un notaire, où ils se retirent en laissant la place à de nouveaux acquéreurs», révèlent d’anciens cadres de la wilaya de Annaba, installés en majorité à Alger.

Les mêmes pratiques sont appliquées aussi, selon toujours les mêmes sources, dans d’autres wilayas où les chefs de l’exécutif en leur temps ne lésinaient sur aucun moyen – légal ou non – pour les satisfaire à l’effet d’éviter une disgrâce certaine. «Outre les entreprises, ils disposent aussi de nombreux terrains à forte valeur foncière dans plusieurs wilayas du pays. S’ils ne sont pas revendus, ils sont construits en building.

Celui du boulevard de l’ALN, à quelques pas du Cours de la Révolution, appartient à Adel qui, en plus d’avoir un port sec et un journal régional, dispose aussi de plusieurs villas, achetées dans le cadre des ventes aux enchères. En l’absence de sérieux participants, il aura toujours le dernier mot : ‘‘Adjugé’’», révèlent des cadres de la direction nationale des domaines. Et lorsque les bonnes affaires affluent, ils trouvent toujours un prête-nom qui accepte d’endosser le titre de faux propriétaire ou gérant.

Mais comment ont-ils pu amasser ces fortunes si ce n’est à l’ombre du pouvoir incontesté de leur défunt père, sachant que dans un passé récent toute la famille vivait des ressources d’une boulangerie, conventionnée avec les casernes de l’ANP ? C’est l’abus de pouvoir et d’autorité, répondent à l’unanimité les victimes de cette période, tous statuts confondus. «Ils nomment et dégomment des cadres à souhait, même au sein des institutions sécuritaires.

L’ex-chef de sûreté de la wilaya de Annaba, qui occupait le même poste à El Tarf, aurait été nommé après leur intervention. Sa mise en disgrâce serait aussi liée à ses liens avec eux. Les multiples interventions de la famille du défunt Ahmed Gaïd Salah pour le maintenir n’ont pas eu raison de la décision tranchée par sa hiérarchie», avoue un haut cadre à la direction de la Sûreté nationale d’Alger. Mais ce chef de sûreté de wilaya n’est pas le seul à avoir profité de sa longue proximité avec la progéniture de l’ex-général de corps d’armée. Selon toujours nos sources, leur beau-frère, actuellement en poste à l’ambassade d’Algérie en France, chargé du social, a lui aussi profité de l’aubaine.

Cet ancien médecin militaire au bureau de recrutement de Annaba a pu décrocher un projet dans le cadre du Calpi du temps de l’ancien wali El Ghazi. Initialement attribué pour la réalisation d’une clinique médicale, la Sarl El Bahdja, dont il est le gérant, a été transformée, comme par enchantement, en promotion immobilière. Sur le même terrain – qui appartiendrait aux domaines – sont érigées actuellement sept villas, à vendre.

Comment un médecin s’est transformé en promoteur alors qu’il occupe toujours son poste à l’ambassade d’Algérie à Paris, s’étonnent les observateurs. Ainsi, les citoyens algériens sont impatients de connaître les conclusions des enquêtes en cours engagées sous l’égide de la justice qui, elle seule, statuera sur la légalité ou non de ces biens… acquis auprès du domaine public




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