Guerre dans le Haut-Karabakh : l’Azerbaïdjan dit agir en accord avec le droit international




Liberation.fr

Par Nelly Didelot

lham Aliyev est inflexible. Après onze jours de combats dans le Haut-Karabakh, le président azerbaïdjanais n’a pas varié son discours d’un pouce. Il souhaite, à l’instar de son peuple, qu’un cessez-le-feu soit atteint «le plus rapidement possible», mais celui-ci doit répondre à des conditions précises.

L’Azerbaïdjan ne cessera le combat que si les soldats arméniens acceptent d’évacuer la région sécessionniste du Haut-Karabakh, et si l’Arménie présente ses excuses à l’Azerbaidjan pour une «occupation» qui dure depuis le début des années 90. A terme, Bakou espère aussi le retour des centaines de milliers de déplacés de la guerre de 1991-1994.

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«Nous ne convoitons pas les terres d’un autre pays, mais ce qui nous appartient doit nous revenir», a encore dit Ilham Aliyev hier à la chaîne turque TRT. Le Haut-Karabakh, région montagneuse de 11 000 km² peuplée majoritairement d’Arméniens, était rattachée à la république soviétique d’Azerbaïdjan jusqu’à ce qu’elle proclame unilatéralement son indépendance en 1991.

Après trois ans de guerre, et grâce au soutien massif de l’Arménie, le Haut-Karabakh s’est dégagé de facto de la tutelle de Bakou avec le cessez-le-feu de 1994. L’enclave sécessionniste s’est aussi constitué une zone de protection, en prenant le contrôle de sept districts de plaine environnant peuplés par des Azéris.

Droit international

L’Azerbaïdjan n’a jamais reconnu cette situation, qui prive le pays de 20% de son territoire. «L’Arménie viole le droit international et l’intégrité territoriale azerbaïdjanaise, a affirmé aujourd’hui en conférence de presse, Rahman Mustafayev, l’ambassadeur d’Azerbaïdjan en France. Nous sommes engagés dans une guerre patriotique. La situation de l’Azerbaïdjan aujourd’hui, c’est celle de la France en 1944, quand elle s’est soulevée avec le général de Gaulle pour chasser les nazis. Le droit international est en notre faveur, nous ne faisons que mettre en application les résolutions de l’ONU.»

L’assemblée générale des Nations unies a en effet voté en 2008 une résolution exigeant «le retrait des forces arméniennes des territoires occupés de l’Azerbaïdjan». Par ailleurs, aucun Etat ne reconnaît la république du Haut-Karabakh, pas même l’Arménie, qui traite l’enclave comme un prolongement de son territoire.

Pour Bakou, les bombardements qui se sont abattus ces derniers jours sur plusieurs villes azerbaïdjanaises sont une autre violation du droit international. «Les troupes arméniennes reculent en permanence face à nos soldats, les bombardements de civils sont leur seule arme. Nous le voyons comme un signe de faiblesse», assure Rahman Mustafayev, qui se fait très pédagogue.

Longue baguette à la main, il pointe sur une carte de la région les lieux où des attaques ont été recensées. Les bombardements sur Stepanakert et les autres localités du Haut-Karabakh ne sont pas mentionnés, pas plus que l’usage de bombes à sous-munitions, pourtant confirmé par Amnesty international.

Cessez-le-feu

Alors que les appels internationaux au cessez-le-feu sont restés sans réponse, Bakou se montre de plus en plus sceptique vis-à-vis du groupe de Minsk (France, Etats-Unis, Russie), chargé de la médiation entre Azerbaïdjan et Arménie. «L’objectif réel du groupe de Minsk n’est pas de trouver une solution mais de gérer le conflit, de faire en sorte qu’il ne se réchauffe pas», estime Rahman Mustafayev, qui pointe du doigt la position française, bien trop favorable à l’Arménie à ses yeux.

Lors d’une visite cet après-midi à Bakou, le ministre turc des Affaires étrangères est allé un cran plus loin, en critiquant les demandes de cessez-le-feu venues du groupe de Minsk. «Il n’y a rien de nouveau [dans cet appel], ils continuent de mettre l’oppresseur et l’opprimé sur un pied d’égalité», a déclaré Mevlut Cavusoglu, qui a poussé «le monde [à] soutenir ceux qui sont dans leur bon droit, nommément l’Azerbaïdjan».

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En fin de journée, la Russie a elle aussi haussé le ton en réponse. «La situation se dégrade toujours, des gens continuent de mourir, c’est totalement inacceptable», a déclaré le porte-parole de Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, répétant que «les parties ont l’obligation de cesser le feu et s’asseoir à la table des négociations».




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