Îles Éparses: retour sur une année de blocage entre la France et Madagascar




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Il y a un an, le président français recevait Andry Rajoelina à l’Élysée. La question des Îles Éparses, cet ensemble d’îlots inhabités au large des côtes malgaches, rattachés par décret au ministère des Dom-Tom en 1960 à la veille de l’Indépendance et revendiqués depuis 1973 par Antananarivo, était abordée. À l’issue de leur rencontre, les deux chefs d’État annonçaient la mise en place d’une commission mixte pour discuter de l’avenir de ces îles. Mais un an après, les deux pays campent toujours sur leurs positions et rien n’a vraiment avancé.

Avec notre correspondante à Madagascar, Sarah Tétaud

29 mai 2019 : Emmanuel Macron et Andry Rajoelina annoncent reprendre les discussions sur le statut des Îles Éparses. Les deux présidents conviennent alors de traiter cette question, non pas par un recours juridique ou par l’intermédiaire des instances internationales, mais dans un cadre bilatéral, par la mise en place d’une commission mixte, pour aboutir à une solution consensuelle d’ici juin 2020, date du 60e anniversaire de l’indépendance de Madagascar.

Une nouvelle ère ?

Sur la Grande Île, cette rencontre est perçue comme le début d’une nouvelle ère. Beaucoup sont persuadés qu’enfin, Madagascar va récupérer ses « Nosy Malagasy » (îles malgaches). Côté français, c’est le point de départ d’un gros malentendu.

Le 23 octobre, lors d’une visite scientifique de deux heures sur Grande-Glorieuse, l’une des cinq îles qui composent les Éparses, Emmanuel Macron annonce le classement de l’île en réserve naturelle nationale, et prononce au passage son fameux « Ici, c’est la France », considéré par les Malgaches comme une volte-face du président français.

Le président français, Emmanuel Macron, en visite aux îles Éparses, le 23 octobre 2019.
Le président français, Emmanuel Macron, en visite aux îles Éparses, le 23 octobre 2019. JACQUES WITT / POOL / AFP

Le 18 novembre, à Antananarivo, a enfin lieu la première rencontre entre les deux parties. Les bases sont posées dans un communiqué conjoint : « Les deux délégations ont acté l’existence, à ce stade, d’un différend sur la question de souveraineté»

Les 10 et 11 décembre, le gouvernement malgache organise une consultation nationale à Antananarivo pour recueillir les suggestions des citoyens désireux de donner leur avis sur la question de la rétrocession. L’objectif affiché : étayer l’argumentaire pour la seconde rencontre bilatérale. C’est aussi l’occasion pour les autorités de resserrer les rangs autour de valeurs patriotiques et souverainistes.

Pas de rencontres avec le coronavirus

Mi-décembre, des dates sont proposées par la France, censée accueillir la deuxième réunion. Il se murmure qu’une rencontre pourrait avoir lieu avant la Saint Sylvestre. Madagascar hésite. Un remaniement ministériel est prévu sous peu, avec à la clé la nomination d’un nouveau ministre des Affaires étrangères pour combler un poste laissé vacant depuis plusieurs mois.

Finalement, trois mois passent, et mi-mars, la pandémie écarte toute possibilité de rencontre. Ce n’est que le 11 mai qu’Andry Rajoelina relance le débat. Interrogé sur RFI-France 24, il plaide pour une « solution rapide qui satisfera la demande de restitution ». Coïncidence, le même jour en France, une consultation publique au sujet d’un projet de décret relatif à la création de la « réserve naturelle nationale de l’archipel des Glorieuses » est lancée pour trois semaines par le ministère de la Transition écologique.

Cette consultation est perçue comme un acte de défiance. Madagascar accuse alors la France de prendre des décisions de manière unilatérale quant au devenir de ces îles. L’ambassadeur de France est convoqué par le ministre des Affaires étrangères. Depuis, plus rien. À moins d’un mois de la célébration des 60 ans d’indépendance de Madagascar, les discussions sont au point mort.

Lointain espoir désormais

Côté français, on affirme « qu’aucune des parties ne serait intéressée par une rencontre immédiate. Personne n’aurait grand-chose à dire à l’autre ». Côté malgache, l’annonce d’une restitution des îles pour le 60e anniversaire d’indépendance n’est plus qu’un lointain espoir. « Mais les travaux continuent. Ce n’est pas un dossier ponctuel », confirme néanmoins l’un des négociateurs malgaches.