Les Etats-Unis bloquent la nomination de Ngozi Okonjo-Iweal, candidate africaine à la tête de l’OMC




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Par Julien Bouissou

Washington a refusé d’approuver cette candidature pourtant soutenue par une majorité de pays au sein de l’organisation.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’enfonce dans la crise. Les Etats-Unis ont refusé, mercredi 29 octobre, de soutenir la nomination de la Nigériane Ngozi Okonjo-Iweala à la tête de l’organisation basée à Genève, contre l’avis d’une majorité des pays membres. Lors d’une réunion regroupant les différents chefs de délégation, Richard Walker, chargé du processus de nomination, a pourtant affirmé que Mme Okonjo-Iweala « avait clairement reçu le plus de soutiens au dernier tour (…) dans toutes les régions et quel que soit le niveau de développement des pays ».

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Pendant près de deux mois, des consultations ont été organisées pour départager les huit candidats, sur la base du consensus. Au troisième et dernier tour, la Nigériane a reçu le soutien du Japon, de l’Union européenne et de nombreux pays en développement, particulièrement en Afrique, soit un total de 105 à 110 pays sur 164.

A l’approche des élections américaines

Mais quelques minutes après l’annonce du résultat des concertations, coup de théâtre : les Etats-Unis ont fait savoir qu’ils continueraient de soutenir la candidate sud-coréenne Yoo Myung-hee, l’autre cofinaliste. « Tout le monde était surpris car Washington n’avait jamais affiché aussi clairement son soutien à la candidate sud-coréenne », explique un participant à la réunion de mercredi. Les Etats-Unis ont dénoncé un processus de nomination « manquant de crédibilité et de transparence », avant de mettre en avant les compétences de la candidate sud-coréenne. Sur les 27 délégations qui se sont exprimées pendant cette réunion, seuls les Etats-Unis se sont opposés au résultat final. La Corée du Sud n’a même pas pris la parole pour défendre sa candidate ou annoncer son retrait.

« Très honorée d’avoir été déclarée comme étant la candidate bénéficiant du soutien le plus large parmi les membres » de l’institution, a-t-elle écrit jeudi sur Twitter, avant d’ajouter : « Nous passons à l’étape suivante le 9 novembre, malgré les accrocs. » Si elle était nommée, elle serait la première femme et première Africaine à diriger l’OMC. Le conseil général de l’organisation doit se réunir à cette date pour entériner le choix de la future directrice générale. En cas de désaccord, une élection pourrait être organisée. Ce serait une première. « Mais un vote à l’OMC, c’est de la nitroglycérine, explique une source diplomatique européenne, l’OMC a toujours fonctionné sur du consensus. »

Plusieurs hypothèses circulaient, jeudi à Genève, pour expliquer ce blocage américain.La principale tient à l’approche des élections américaines. Depuis sa campagne électorale de 2016, Donald Trump menace de quitter l’organisation, qu’il accuse de favoriser les pays en développement, notamment la Chine. Le feu vert à la nomination de Ngozi Okonjo-Iweala aurait pu être interprété comme un soutien tacite à l’OMC, en porte-à-faux avec ses déclarations. La candidate nigériane s’est d’ailleurs dite confiante sur ses chances de victoire… après les présidentielles de début novembre.