Liban: le patrimoine de Beyrouth très affecté par la catastrophe




L’explosion du port de Beyrouth qui a fait au moins 171 morts et plus de 6 500 blessés a aussi emporté avec elle le patrimoine de Beyrouth. Les grandes maisons bourgeoises de la période ottomane du 19e siècle ont beaucoup souffert puisqu’elles se trouvent près du port. Ce qui aiguise l’appétit des promoteurs immobiliers qui voudraient les raser pour y construire des immeubles.

Avec nos envoyés spéciaux à Beyrouth, Pierre Olivier et Julien Boileau

Au milieu des arbres cassés du jardin, la maison de ​Fadlo Dagher et de sa fille Yasmine, est mutilée. Il ne reste rien des triples fenêtres en arches qui perçaient ses façades.

« La première chose que mon père a dit quand il a vu la maison et le quartier, c’est que 15 ans de guerre civile n’ont pas fait ce que cette explosion a fait », rapporte la jeune femme.

Fadlo Dagher et sa fille sont tous les deux architectes. Ils estiment que 40% des maisons ottomanes du quartier ont été très affectées. Des maisons gisantes, en plein centre-ville, qui aiguisent l’appétit des promoteurs immobiliers.

« Comme vous avez vu, Beyrouth est un tissu assez incohérent avec des immeubles de très grande hauteur posés à côté de structures historiques, explique Fadlo Dagher. Ces bâtiments-là ne sont pas encore protégés par une loi. Donc aujourd’hui, c’est presque une aubaine je dirais pour les promoteurs et l’industrie de l’immobilier à Beyrouth ce qui est en train de se passer. »

En pleine crise économique, une somme d’argent payée comptant est difficile à refuser pour certains propriétaires avec pour conséquence la disparition d’une partie du patrimoine.

« On peut comparer la catastrophe qui vient de se passer, ici, à Alep sur le plan culturel, à Mossoul, au Yémen actuellement, ajoute l’architecte. Donc, c’est un massacre culturel qui est en train de se passer aujourd’hui dans les pays arabes comme si on voulait effacer l’histoire. »

Fadlo Dagher s’est engagé à restaurer sa maison à l’identique, mais sans aucune aide publique peu de propriétaires devraient être capables suivre son initiative.