Libye : l’ONU suspend ses opérations au GDF, des centaines de personnes dans une situation “chaotique”




En raison d’un enveniment du conflit dans la zone, le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés a annoncé jeudi la suspension de ses opérations dans le centre de transit GDF de Tripoli, en Libye, où demandeurs d’asile et réfugiés vulnérables étaient jusqu’à présent accueillis. Quelque 600 demandeurs d’asile se trouvent toujours dans ce centre dans l’attente de nouvelles options.

C’est officiellement la fin des activités du GDF (Gathering and Departure Facility, ‘Centre de rassemblement et de départ’ en français) à Tripoli. Le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU (HCR) a annoncé jeudi 30 janvier la suspension de ses opérations dans ce centre de transit situé dans la capitale libyenne, alors que le conflit qui ravage le pays s’envenime tout autour.

“Nous craignons que la zone entière ne devienne une cible militaire”, s’est justifié le chef de la mission du HCR en Libye, Jean-Paul Cavalieri, révélant dans un communiqué que des entraînements militaires et policiers se déroulaient à l’extérieur du centre. Début janvier, le HCR avait déjà indiqué que trois obus de mortier étaient tombés près du site, qui avait ouvert ses portes en décembre 2018. “Malheureusement le HCR n’a pas eu d’autre choix que de suspendre le travail”, a commenté Jean-Paul Cavalieri.

D’après des témoignages recueillis par InfoMigrants, les distributions de nourriture ont été interrompues depuis mercredi. Toutes les personnes présentes ont par ailleurs été encouragées à quitter ce site, qui avait jusqu’alors pour vocation d’héberger les réfugiés et demandeurs d’asile vulnérables en vue de leur évacuation hors de Libye.

“Nous n’avons nulle part où aller”
À la suite de la suspension des activités, le HCR a affirmé avoir commencé à diriger “des dizaines de réfugiés hautement vulnérables (…) vers des lieux plus sûrs”. L’organisation assure par ailleurs qu’elle va aider à évacuer des centaines d’autres personnes qui se trouvent toujours à l’heure actuelle dans le centre, parmi lesquelles environ 600 demandeurs d’asile. Ces personnes recevront des articles de premiers secours ainsi qu’une aide financière et médicale dans un centre de jour communautaire du HCR à Tripoli.

Toutefois, la plupart des anciens occupants se retrouvent pour l’instant en proie à la panique. Ali*, un Soudanais qui était parti du centre bombardé de Tajourah pour venir chercher protection et assistance auprès de l’ONU, indique être à court d’option. “Nous ne savons pas quoi faire. Nous n’avons nulle part où aller”, dit-il. D’autres personnes présentes sur place évoquent un contexte “chaotique”.

“Malheureusement, nous ne pouvons pas leur donner de logement ou d’abri”
Pour Caroline Gluck, porte-parole du HCR, la situation est urgente. “Les options qui se présentent aux réfugiés et aux demandeurs d’asile sont très limitées”, concède-t-elle, se disant inquiète pour leur sort. “Il faut qu’ils se rendent dans des zones urbaines à Tripoli. Là, des assistants sociaux et des représentants pourront leur donner des conseils. Mais, malheureusement, nous ne pouvons pas leur donner de logement ou d’abri.”

Depuis décembre 2018, environ 1 700 réfugiés ont pu être évacués de Libye en passant par le GDF. Mais la surpopulation du camp avait ces derniers mois entravé son fonctionnement. À la suite du bombardement en juillet du centre de détention pour migrants de Tajourah, tenu par les autorités libyennes, des centaines de personnes s’étaient réfugiées dans ce lieu.

Fin novembre 2019, le HCR avait averti que le centre, dangereusement surpeuplé, était incapable de fonctionner comme centre de transit, la situation y étant devenue “insupportable”. Afin d’encourager les migrants à le quitter, l’agence avait alors déclaré qu’elle cesserait progressivement de fournir de la nourriture au centre.

Selon le HCR, des dizaines de milliers de réfugiés et de demandeurs d’asile vivent dans les zones urbaines en Libye, pays déchiré entre le gouvernement d’union (GNA), reconnu par l’ONU et basé à Tripoli, et un pouvoir incarné par l’homme fort de l’Est, le maréchal Khalifa Haftar.