Mali/France:/Onu… Un coup d’état international et un braquage de gentlemen




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par Ndam Njoya Nzoméné.

Panique chez les chefs d’États ouest-africains qui essayaient ces dernières semaines de contribuer à apaiser une situation politique très vive, flot de dénonciations du coup d’état chez les mêmes, voire hors d’Afrique, appels tous azimuts au retour à l’ordre constitutionnel et au dialogue… ont rythmé les réactions de la communauté internationale mardi, après la nouvelle de l’arrestation du président Ibrahim Boubakar Keita par l’armée. Épilogue inattendue d’une journée de vives tensions parties d’une mutinerie au camp militaire Soundiata-Keïta de Kati, à 15 km au nord de la capitale, Bamako.

Une des dernières condamnations de l’événement de mardi au Mali émane du patron de l’ONU, Antonio Guterres, qui a dit suivre « avec une profonde inquiétude les développements en cours au Mali, notamment la mutinerie militaire qui a abouti à l’arrestation du président Ibrahim Boubacar Keïta et des membres de son gouvernement un peu plus tôt dans la journée à Bamako ».

Les choses se sont précipitées aux dernières heures de l’après-midi, alors que de nombreux observateurs, certes dubitatifs, espéraient encore voir la situation critique de la matinée se dénouer sans qu’il soit besoin de toucher aux institutions, du moins à celui qui les incarne principalement, le président de la République. Quelques pessimistes seulement, le cœur serré, avaient prédit que le président IBk pourrait enfin donner sa démission, si et seulement s’il avait la certitude –à partager avec ses pairs de la sous-région et la France- que sa sortie n’ouvrait pas la voie à l’accession au pouvoir de l’Imam Mahmoud Dicko dont on craint (a priori simpliste et simple procès d’intention ou déduction pertinente a posteriori ?) qu’il soit tenté par le cléricalisme ou l’intégrisme religieux une fois au pouvoir.

À 16 h TU, le Premier ministre Boubou Cissé en était encore à signer un communiqué dans lequel le gouvernement appelait à la raison et au sens patriotique et demande de faire taire les armes, non sans affirmer se rendre « disponible dès l’instant de ce communiqué pour engager un dialogue fraternel afin de lever tous les malentendus ».

Environ une heure plus tard les mutins s’emparaient du président de la République et du Premier ministre même, alors que les deux se trouvaient à la résidence présidentielle de Sebenikoro, ou IBK s’était retranché en compagnie de son fils Karim. Avant le président et le Premier ministre, le ministre de la Défense Ibrahima Dahirou Dembélé et de nombreux officiers supérieurs avaient été mis aux arrêts.

La page IBK finalement (définitivement) tournée

Plusieurs heures après la mise aux arrêts du président Boubakar Keita et de son premier ministre, la situation demeurait confuse, et il n’était pas possible de dire si les mutins avaient changé ou voulu changer l’ordre constitutionnel, ou s’ils avaient pris le président en otage pour négocier avec lui quelque entente au sujet d’une raison non encore officiellement communiquée qui aurait été à l’origine des tensions de mardi, ou encore pour le convaincre de sortir par une porte moins dérobée, en présentant lui-même sa démission comme il l’a fait il y a quelques heures.

Toujours est-il que quelle que soit la largeur de la porte par laquelle Ibrahim Boubakar Keita est sorti de l’histoire de sa rencontre au plus haut niveau avec le peuple malien, l’homme n’a pas eu la sagesse de se donner les moyens de ne pas raser les murs. Il est parti nuitamment. Et c’est peu dire que de dire qu’au moment de le faire, le chef de l’État malien n’était ni libre de ses mouvements, ni à l’endroit où ses hautes fonctions à la tête de l’État le prédisposent à se trouver. Et en attendant la réunion en urgence du Conseil de sécurité de l’Onu qui se tient ce mercredi à l’initiative de la France et du Niger dont le chef de l’État est le président en exercice de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), il est désormais clair depuis quelques heures, que IBK ne sera pas rétabli sur son siège -comme le souhaitent ses pairs de la sous-région, en tête desquels l’Ivoirien Alassane Ouattara, lui aussi en butte à une véhémente contestation populaire-.

Le concert des condamnations de la communauté internationale n’y a rien pu

Et ce ne sont pas les protestations qui ont fusé de partout dans le monde qui pouvaient y faire quelque chose. Et Dieu sait s’il y en a eu, témoignant d’une certaine unanimité de la communauté dite internationale de préserver le strapontin d’un président supposément élu à qui ses mandants (le peuple électeur) demandaient en toute souveraineté de rendre le tablier

Au nombre de ces protestations, celle émise mardi soir par le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, qui dans un communiqué publié par son porte-parole, Stéphane Dujarric, a « condamné fermement ces agissements », et appelé « au rétablissement immédiat de l’ordre constitutionnel et de l’état de droit au Mali », ainsi que « la libération immédiate et inconditionnelle du président Ibrahim Boubacar Keïta et des membres de son cabinet ».

La France dont les Maliens dans la rue disent qu’Ibrahim Boubakar Keita est le gouverneur détaché au Mali a, par la voie de son chef de la diplomatie, Jean-Yves Le Drian, condamné avec la plus grande fermeté la mutinerie du camp Soundiata, tandis que le président français Emmanuel Macron, exprimait son soutien entier aux efforts de médiation en cours des États d’Afrique de l’Ouest.

La Commission de l’Union africaine, par la voix de son président Moussa Faki Mahamat, a condamné énergiquement l’arrestation du président malien, et le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, a estimé quant à lui que « ceci ne peut en aucun cas être une réponse à la profonde crise sociopolitique qui frappe le Mali depuis plusieurs mois ».

Les États-Unis n’étaient pas en reste qui, par la voie de leur envoyé spécial pour le Sahel, J. Peter Pham, ont également dit suivre « avec inquiétude l’évolution de la situation aujourd’hui au Mali. »« Les États-Unis s’opposent à tout changement extra-constitutionnel de gouvernement, que ce soit par ceux qui sont dans la rue ou par les forces de défense et de sécurité », avait écrit sur Twitter monsieur Pham, alors que vraisemblablement le président se trouvait encore retranché à son domicile encerclé par les manifestants que l’armée essayait de contenir.

Au total, un concert de protestations sur fond de vœux pieux qui n’a pas semblé impressionner ni les Maliens qui pensent avoir payé trop cher la mise à l’écart de IBK dont les forces de répression ont ôté la vie à une vingtaine d’entre eux lors des manifestations des 10, 11 et 12 juillet derniers, ni l’armée, qui semblait avoir dérogé ces derniers mois à une tradition non écrite mais ayant prévalu depuis l’époque du renversement de Moussa Traoré par Amadou Toumani Touré, de se ranger généralement aux côtés du peuple et non derrière un dictateur ou apprenti-dictateur.

Pour eux, comme pour ces jeunes qui manifestaient encore jusque dans l’après-midi de mardi devant la résidence de IBK, « la mutinerie de Kati quoique la bienvenue en ce sens qu’elle a facilité la mise à l’écart devenu inévitable de celui qui était devenu un boulet pour le peuple malien, a été tout de même tardive ».

Résultat des courses, ce discours de démission la mort dans l’âme, prononcé par IBK aux premières heures de cet historique mercredi 19 août 2020 :

« Je voudrais à ce moment précis, tout en remerciant le peuple malien de son accompagnement au long de ces longues années et la chaleur de son affection, vous dire ma décision de quitter mes fonctions, toutes mes fonctions, à partir de ce moment ». « Et avec toutes les conséquences de droit : la dissolution de l’assemblée nationale et celle du gouvernement »,