«Obamagate», la nouvelle fable de Donald Trump




Depuis près d’une semaine, Donald Trump évoque un mystérieux complot qu’il a baptisé « Obamagate », en référence au scandale du Watergate qui a causé la perte de Richard Nixon. Il s’agit selon lui du « plus grand scandale de l’histoire américaine ». Sur quoi reposent ces graves accusations ?

Interrogé mardi 12 mai sur les faits qu’il reproche à son prédécesseur, Donald Trump s’est contenté de répondre : « C’est un crime évident, tout le monde le sait ». Sans plus de précisions. Mais il ne cesse d’évoquer l’ampleur inédite du scandale. Il y a en réalité peu de chances que le président américain livre des détails sur ses accusations. Aucun délit n’a en tout cas été constaté. L’idée générale qu’agite le président, avec le renfort de ses alliés, est que Barack Obama a organisé un complot afin de saboter son arrivée à la Maison Blanche.

Donald Trump a commencé à évoquer cette théorie dimanche dernier, jour de la Fête des mères, après que le département de la Justice a demandé la levée des charges qui pèsent contre le général Michael Flynn. Conseiller à la sécurité nationale pendant moins d’un mois début 2017, ce dernier est accusé d’avoir menti au FBI sur ses rencontres avec l’ambassadeur russe pendant la période de transition. Il a lui-même reconnu les faits à plusieurs reprises et sous serment, avant de changer d’avocat et de dénoncer une enquête abusive du FBI.

Un juge fédéral doit statuer prochainement sur cette demande de levée des charges qui pèsent contre lui, et rien ne dit que le magistrat va s’aligner sur les souhaits du ministère. Mais Donald Trump n’a pas attendu sa décision, et a sauté sur l’occasion pour crier au complot. Le président, qui a lui-même limogé le général Flynn, le présente désormais comme un martyr, et tente par la même occasion de renverser complètement le récit de la saga des ingérences russes dans sa campagne.

Une théorie du complot soigneusement relayée

Depuis le début de la semaine, Fox News consacre de longues heures d’antenne à ce soi-disant scandale et fait feu de tout bois. La chaîne de télévision conservatrice présente par exemple la demande de levée de l’anonymat de Michael Flynn effectuée par 39 membres de l’administration Obama – dont Joe Biden – en décembre 2016 comme la preuve de ce complot, alors qu’il s’agit en réalité d’une procédure courante : les hauts responsables de l’administration réclament régulièrement l’identité de personnes citées dans les rapports des services de police et de renseignement, surtout quand il s’agit de possibles affaires d’espionnage.

Le message martelé sans relâche sur fond de justifications très embrouillées tient en deux affirmations : Obama est un criminel, Donald Trump est la cible de machinations. De son côté, le président verse régulièrement de l’huile sur le feu. Il a estimé jeudi matin que le candidat démocrate Joe Biden, l’ex-directeur du FBI James Comey, et d’autres responsables de l’administration Obama méritaient d’être emprisonnés « Je parle de peines de 50 ans de détention », a-t-il précisé dans une interview accordée à Fox Business News.

Plus tard, sur son fil Twitter, le président a invité le Congrès à convoquer Barack Obama pour lui demander des explications. Mais de nombreux élus républicains, pourtant enclins à relayer ses accusations, ne l’ont pas suivi sur ce terrain. Lucide sur le résultat potentiellement désastreux d’une telle opération pour le camp de la majorité, le sénateur Lindsey Graham, proche de Donald Trump, a estimé que convoquer l’ancien président devant le Congrès était « une mauvaise idée ».

Une manœuvre de diversion

En colportant la thèse d’un complot ourdi contre lui par l’administration précédente, et en la qualifiant de « crime le plus grave de l’histoire moderne du pays », le président tente de faire passer au second plan le terrible bilan de la pandémie en cours. Plus de 86 000 personnes sont mortes à cause du coronavirus aux Etats-Unis, et la gestion de l’administration est sérieusement mise en cause.

La tactique de la diversion est couramment employée par Donald Trump quand il est en difficulté ou quand son action est critiquée. Dans le même temps, le président nourrit la haine féroce qu’une certaine frange de sa base électorale, en particulier à l’extrême droite, voue à Barack Obama. Le slogan « OBAMAGATE » écrit à près de quinze reprises en lettres majuscules sur le fil Twitter du président sonne comme un cri de ralliement pour ces fans de Donald Trump. Il les conforte dans l’idée d’un vaste complot menée par les élites de Washington contre leur camp, et les stimule, les mobilise, à un moment où ils sont privés de meetings et d’événements publics pour célébrer leur président. 

Donald Trump n’en est pas à sa première théorie du complot. Bien avant de se présenter à la Maison Blanche, il avait largement relayé les rumeurs qui mettaient en doute le lieu de naissance de Barack Obama, premier président noir des Etats-Unis, une manière de remettre en cause sa légitimité à diriger le pays.