Paris dément que Juan Guaido soit réfugié à l’ambassade de France à Caracas




Philippe Escande

lemonde.fr

La France fait partie des pays reconnaissant l’opposant vénézuélien comme président par intérim en lieu et place de Nicolas Maduro.

Le Monde avec AFP Publié aujourd’hui à 05h15, mis à jour à 12h17

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Le président de l’opposition vénézuélienne Juan Guaido, le 10 mars à Caracas.
Le président de l’opposition vénézuélienne Juan Guaido, le 10 mars à Caracas. MANAURE QUINTERO / REUTERS

Le ministère français des affaires étrangères a démenti, vendredi 5 juin, des informations faisant état de la présence de Juan Guaido, chef de l’opposition et président autoproclamé vénézuélien, à la résidence de France à Caracas. « M. Juan Guaido ne se trouve pas à la résidence de France à Caracas. Nous l’avons confirmé à plusieurs reprises aux autorités vénézuéliennes », a déclaré le Quai d’Orsay dans un communiqué.

Quelques instants plus tôt, l’envoyée spéciale de Juan Guaido à Paris, Isadora Zubillaga, avait fait le même démenti au Monde : « Juan Guaido n’est dans aucune ambassade, il n’a pas besoin de se cacher parce que le peuple est avec lui, a-t-elle dit lors d’une conversation téléphonique depuis Madrid. Ceux qui devraient se cacher, ce sont plutôt ceux sur qui pèse une récompense pour leur capture », en référence à la mise à prix du président Nicolas Maduro et de plusieurs de ses proches pour 15 millions de dollars (13,7 millions d’euros) par les Etats-Unis, où ils ont été inculpés pour « narcotrafic » et « soutien à des organisations terroristes ».

Jeudi, le ministre des affaires étrangères vénézuélien, Jorge Arreaza, avait soutenu que M. Guaido se trouvait dans l’ambassade de France à Caracas. Trois jours plus tôt, le président vénézuélien, Nicolas Maduro, avait aussi laissé entendre que son rival s’était « caché » dans une représentation diplomatique.

« Nous ne pouvons pas entrer dans les locaux d’une ambassade de quelque pays que ce soit, en l’occurrence de l’Espagne ou de la France, et faire en sorte que la justice [les] arrête de force. Ce n’est pas possible, avait rappelé M. Arreaza, interrogé à la radio sur la présence d’un autre opposant, Leopoldo Lopez, dans la résidence de l’ambassadeur d’Espagne, et sur celle présumée de M. Guaido à l’intérieur de l’ambassade de France. Nous espérons que ces gouvernements changeront d’avis (…) et livreront ceux qui veulent échapper à la justice vénézuélienne. » Article réservé à nos abonnés Lire aussi Au Venezuela, l’ambassadeur de France privé d’électricité et de gaz par les autorités

« Payer le prix »

M. Arreaza avait déploré une « situation profondément irrégulière ». « C’est une honte pour la diplomatie de l’Espagne, c’est une honte pour la diplomatie de la France ce qui s’est passé, et ils vont en payer le prix très, très bientôt », a-t-il martelé.

Les deux pays font partie de la cinquantaine dans le monde qui reconnaissent M. Guaido comme président par intérim, plutôt que M. Maduro, élu chef d’Etat, selon eux, au moyen de graves irrégularités. Lundi, M. Maduro avait suggéré que M. Guaido pouvait s’être « caché dans une ambassade ». Son opposant avait nié. « On te ment », a-t-il écrit sur Twitter, disant être « avec le peuple ».

Le pouvoir vénézuélien a qualifié à de multiples reprises M. Guaido de « fugitif », sans jamais préciser en quoi il aurait échappé à un mandat d’arrêt quelconque. « Le seul fugitif, c’est Nicolas Maduro », a insisté vendredi Isadora Zubillaga.

Tensions entre Paris et Caracas

Des tensions diplomatiques sont apparues en mai entre Paris et Caracas au sujet du traitement réservé à l’ambassadeur de France, Romain Nadal. Depuis le 2 mai, des policiers vénézuéliens gardent en permanence la rue où il réside, et sa résidence est privée d’eau et d’électricité.

Ces problèmes « affectent le fonctionnement normal de notre représentation diplomatique », selon le ministère des affaires étrangères français. L’ambassade continue cependant de faire état de son activité. Vendredi, M. Nadal avait publié sur Twitter une photo de son entretien avec son homologue russe nouvellement arrivé, Sergueï Melik-Bagdasarov.

« Tous les efforts doivent aujourd’hui porter sur la recherche d’une solution politique à la crise politique vénézuélienne, a publié vendredi le Quai d’Orsay dans son communiqué démentant la présence de M. Guaido dans son ambassade. Seule une voie démocratique et des élections libres, transparentes et crédibles permettront de la résoudre durablement et de mettre un terme aux souffrances de la population vénézuélienne. »

Le Monde avec AFP