Près de 200 morts en une semaine au large des côtes ouest-africaines




Environ 200 migrants ont disparu en moins d’une semaine dans l’océan Atlantique sur la route des Canaries, après deux naufrages. L’Organisation internationale des migrations s’inquiète d’une recrudescence des départs depuis les côtes ouest-africaines.

Les drames se succèdent dans l’océan Atlantique. Après le naufrage d’une pirogue qui a provoqué la mort d’environ 140 personnes au large de la Mauritanie il y a quelques jours, un nouvel accident a fait une cinquantaine de décès au large de la Mauritanie, a indiqué la presse espagnole, jeudi 29 octobre.

Selon les récits des survivants secourus par les garde-côtes mauritaniens, la pirogue a quitté le Sénégal deux semaines plus tôt en direction des Canaries avec environ 80 personnes à son bord. L’embarcation est tombée en panne alors qu’elle se trouvait en haute mer et a chaviré pendant plusieurs jours. Une vingtaine de migrants ont été pris en charge jeudi par la marine mauritanienne au large de Nouadhibou, dans le nord du pays. Aucun corps n’a été retrouvé, les recherches se poursuivaient jeudi en début de soirée.

La police a ouvert une enquête sur les circonstances du drame et les rescapés seront rapatriés dans leur pays d’origine après avoir reçu des soins en Mauritanie, a précisé à l’AFP une source sécuritaire.

“Pire naufrage” de l’année
Ce nouvel accident intervient moins d’une semaine après le “pire naufrage” de l’année où “140 personnes se sont noyées après que leur bateau, qui transportait environ 200 personnes, a coulé au large du Sénégal”, a déclaré dans un communiqué l’Organisation internationale des migrations (OIM).

La pirogue avait connu une avarie grave, lorsqu’un incendie s’est déclaré à bord vendredi 23 octobre, au large de M’bour, à plus de 80 km de la capitale du Sénégal, provoqué par “une explosion du moteur et des fûts de carburants”, selon le gouvernement sénégalais.

La version de l’OIM est cependant légèrement différente. Des membres des communautés locales ont affirmé que le bateau avait quitté M’bour le 24 octobre, et non le 23, et que c’est au large de Saint-Louis, dernière ville sénégalaise avant la Mauritanie, que l’incendie s’est produit quelques heures plus tard et que l’embarcation a chaviré.

La gendarmerie sénégalaise a de son côté indiqué jeudi que “six corps” non identifiés avaient été “pris dans les filets d’un bateau de pêche au large de Dakar” mercredi soir, sans que l’on sache s’il s’agit des victimes de cet accident.

Plus de 400 morts depuis le début de l’année
L’OIM s’inquiète d’une “considérable augmentation” du nombre des départs de l’Afrique de l’ouest vers les Canaries ces dernières semaines. “Rien qu’en septembre, 14 bateaux transportant 663 migrants ont quitté le Sénégal” pour l’archipel espagnol, peut-on lire dans le communiqué de l’ONU. “Parmi ces départs, 26% auraient été victimes d’un incident ou d’un naufrage”, ajoute l’organisation.

Depuis janvier, 414 personnes ont perdu la vie en tentant la traversée vers les Canaries, selon les chiffres de l’OIM, contre 210 pour toute l’année 2019.

Alarmé par cette “recrudescence” des tentatives d’émigration clandestine et de son lot de victimes et l’émotion dans le pays, le président sénégalais Macky Sall avait lancé mardi “un appel aux populations à plus de vigilance et à la collaboration avec les forces de défense et de sécurité pour préserver la vie des jeunes tentés par l’émigration”.

Mais selon Moustapha Diouf, président de l’association des jeunes rapatriés de Thiaroye-sur-mer (AJRAP), cette augmentation des départs n’est pas surprenante. “Les jeunes Sénégalais sont pauvres, ils ont besoin d’argent pour payer leurs études et faire vivre leur famille”, assure-t-il à InfoMigrants. “A quoi ça sert de rester ici alors qu’il n’y a pas d’avenir”, se demande Moustapha Diouf qui appelle à une prise de conscience des dirigeants sénégalais.