Selon ce spécialiste, le vaccin contre le COVID-19 pourrait faciliter des infections encore plus graves au SARS-COV-2




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Face à l’urgence, les scientifiques appellent à accélérer les procédures de tests et à se passer des habituels essais sur les animaux. Une stratégie louable mais qui pourrait s’avérer au mieux contre-productive, au pire causer des morts.

Alors que l’épidémie de Covid-19 continue de gagner du terrain, les scientifiques du monde entier se sont lancés dans une course de vitesse au vaccin. Plus de 20 candidats possibles sont en cours de développement, dont un de l’Institut Pasteur qui a débuté des tests sur des souris le 11 mars dernier.

 Le plus avancé est celui de la start-up Moderna, organisé conjointement avec le NIH (National Institute of Health, équivalent américain de l’Inserm), qui a débuté des essais de phase 1 chez des volontaires le 16 mars. Un essai démarré en un temps record, quelques semaines à peine après la mise à disposition du génome du Sars-Cov-2.

De 15 à 20 ans pour développer un vaccin

Normalement, obtenir un vaccin efficace, non toxique et utilisable prend entre 15 et 20 ans. Il faut d’abord mettre au point une formule possédant les prérequis chimiques et pharmaceutiques, mener des études d’immunogénicité chez l’animal, évaluer la toxicité du vaccin chez l’animal, puis chez l’Homme, et enfin, tester son efficacité à grande échelle. Mais, devant l’urgence, la pression des gouvernements et des autorités sanitaires, certains appellent à accélérer les procédures. La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a dit mardi espérer un vaccin contre le nouveau coronavirus avant l’automne. Plus raisonnablement, Moderna promet que son vaccin sera prêt au mieux pour mi-2021.

Quand le vaccin facilite l’infection virale

Mais brûler les étapes est-il souhaitable ? Un vaccin n’est pas anodin : il s’agit le plus souvent d’un virus désactivé ou affaibli, et peut dans certains cas aggraver la maladie qu’il est censé prévenir. Peter Hotez, doyen de l’École nationale de médecine tropicale du Baylor College of Medicine et qui a travaillé sur l’épidémie de Sras en 2003, a ainsi constaté que certains animaux vaccinés développaient des symptômes encore plus graves lorsqu’ils étaient exposés au virus en raison d’un affaiblissement du système immunitaire. C’est ce que l’on appelle une « facilitation de l’infection par des anticorps » (Antibody-dependant enhancement ou ADE en anglais).

Classiquement, le virus initie le cycle d’infection en fixant des protéines de surfaces virales, semblables à des pointes, à des récepteurs de cellules cibles. Ce faisant, ces protéines induisent une réponse immunitaire où les anticorps de surface vont inhiber certains éléments de la cellule nécessaires au virus comme le site de liaison du récepteur ou le peptide de fusion. Or, dans certaines circonstances, ces anticorps vont au contraire se lier avec les pointes du virus et faciliter leur entrée dans la cellule, ou entraîner une réplication et une infection accrue.

Selon ce spécialiste, le vaccin contre le COVID-19 pourrait faciliter des infections encore plus graves au SARS-COV-2

Les deux mécanismes de facilitation de l’infection par des anticorps. A : les anticorps facilitent la réplication du virus. B : les anticorps facilitent l’entrée des virions dans la cellule. © Maria Smatti et al, Front. Microbiol., 2018

L’exemple le plus connu est celui d’un vaccin contre le virus respiratoire syncytial (VRS, contre la bronchiolite) développé par Pfizer dans les années 1960, et qui avait entrainé plusieurs cas de grave pneumonie chez les enfants, aboutissant à la mort de deux d’entre eux. Le même phénomène a été signalé avec un vaccin contre la dengue de Sanofi ou le virus du Nil occidental. On l’observe aussi chez l’animal pour la grippe, le virus Zika… et les coronavirus comme le Sars.

Des modèles animaux fiables trop longs à développer

On ignore encore les mécanismes exacts de ces effets secondaires ni pourquoi certaines personnes sont touchées et d’autres pas. « Mais le meilleur moyen de s’assurer contre ce risque est de tester le vaccin sur des animaux », assure Peter Hotez à l’agence Reuters. Et c’est là que survient le deuxième problème. Car pour avoir des tests extrapolables à l’Homme, il faut préalablement obtenir des lignées de souris qui ont été modifiées génétiquement afin que leur réponse immunitaire soit identique à celle de l’humain.

Un processus qui prend beaucoup de temps et dont s’est passé Moderna. La société met en avant que son vaccin présente un risque moindre de facilitation de l’infection par des anticorps, car il utilise uniquement des protéines de surfaces virales, et non un virus entier désactivé. Pour autant, ni Moderna ni bon nombre de start-up dans la course n’ont encore jamais produit de vaccin, ce qui laisse un doute sur leur capacité à appréhender le phénomène.

Il n’y a aucune raison de mettre des gens en danger dans une étude pour un vaccin sans efficacité

Rapidité contre sécurité, un choix assumé

« Il n’y a aucune raison de mettre des gens en danger dans une étude pour un vaccin sans efficacité », met en garde Karen Maschke, chercheuse au Centre Hastings, un groupe de réflexion non partisan, sur le site STAT. « Si, contre toute attente, ce projet précipité fonctionne, alors la société devra être encore plus attentive dans la surveillance et le suivi des personnes qui en bénéficient », renchérit Arthur Caplan, responsable de l’éthique médicale à la Grossman School of Medicine de l’université de New York. Des arguments qui ne semblent pas faire le poids devant la panique déclenchée par l’épidémie de Covid-19.

Dans une réunion à huis clos, les responsables de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se sont mis d’accord pour autoriser les tests sur les humains avant que les résultats sur les animaux ne soient connus, rapporte un participant à Reuters. Les institutions sont, semble-t-il, prêtes à assumer un risque de quelques cas graves en échange d’un rapide vaccin qui ne sera, au mieux, pas disponible avant le pic de l’épidémie.