Benoit Sambou, Président de la Cndt : « la contractualisation devra permettre un partenariat gagnant-gagnant »




La territorialisation des politiques publiques, les litiges fonciers, les remous au sein de son parti.  Benoit Sambou a passé sous le grill ces sujets qui font l’actualité avec sa double casquette de président de la Commission nationale du dialogue des territoires (Cndt) et de membre de la Commission de discipline de l’Alliance pour la République.

Lors du Conseil des ministres du 8 juillet 2020, le Président Macky Sall a insisté sur une « territorialisation optimale des politiques publiques ». Quel peut être le rôle de la Cndt dans cette stratégie ?

Benoit Sambou, Président de la Cndt : « la contractualisation devra permettre un partenariat gagnant-gagnant »

La question de la territorialisation des politiques publiques pour une prise en charge effective des objectifs du Plan Sénégal émergent (Pse) et de l’Acte 3 de la Décentralisation (A3D), reste une préoccupation constante du Président Macky Sall. La Commission nationale de dialogue des territoires (Cndt), conformément à ses missions, a mené des études et des réflexions comme contribution à une organisation du Sénégal en territoires viables, compétitifs et porteurs de développement durable. Un des résultats de ces travaux préconise l’intercommunalité ou l’inter territorialité comme axe majeur d’approfondissement de la décentralisation fondé sur la nécessité de mettre en synergie la richesse et les potentialités des collectivités territoriales. Ces études ont permis de faire un diagnostic de la problématique de l’intercommunalité en rapport avec le ministère des Collectivités territoriales et de l’Aménagement du territoire et les partenaires institutionnels et sociaux, de proposer un avant-projet de loi sur l’intercommunalité et des projets de décrets d’application assortis d’instruments de gouvernance des intercommunalités. Nous attendons la prise en charge du projet de loi par le Conseil des ministres et son vote par l’Assemblée nationale. Nous avons également contribué à l’élaboration du nouveau Plan national d’aménagement et de développement territorial (Pnadt) dont la mise en œuvre nécessite un instrument, tel que la loi sur l’intercommunalité.

Nous avons fini d’élaborer un document stratégique de territorialisation du Pse et cela passera notamment par la valorisation des filières porteuses agricoles et non agricoles sous la forme de projets et programmes d’intercommunalité qui placeront les exécutifs et acteurs locaux au cœur de leurs propres initiatives. Nous l’avons appelé Programme de valorisation des ressources des territoires (Provart). En faisant la promotion de l’intercommunalité de projet autour de l’identification et de la valorisation de ressources partagées entre collectivités territoriales, la Cndt veut contribuer à l’élaboration de programmes structurants qui se voudront être un modèle de territorialisation optimale des politiques publiques et de renforcement de l’attractivité et de la compétitivité des territoires.

La lutte contre la Covid-19 est axée sur les communautés et revêt une forme de territorialisation des politiques publiques. Quel est le rôle de la Cndt dans cette stratégie ?

La crise liée au coronavirus peut être une opportunité pour le Sénégal de s’affranchir d’une forme de dépendance vis-à-vis de l’extérieur et de mettre en chantier la vision du Président de la République, à savoir « Liguey Euleuk », notamment dans son volet industrialisation par l’intensification de la production et la transformation des produits de nos territoires ; la valorisation de l’artisanat par la mutualisation des filières et la mise à disposition des équipements de production ; l’organisation du Sénégal en hub médical. Il est heureux de constater que le Chef de l’État, dans son message à la Nation du 1er juillet 2020, a appelé à « faire du consommer sénégalais non pas l’affaire d’une conjoncture mais l’affirmation d’une véritable culture de souveraineté économique ». De ce point de vue, l’appui aux Pme et Pmi pourrait contribuer grandement à la réalisation de sa vision et à juguler les effets contraignants de la crise économique mondiale qui s’annonce et permettre au Sénégal de relever le défi de la relance économique post-Covid-19. La Cndt a mis en place une équipe technique pour travailler sur la question en prenant comme zone d’expérience le pôle territoire Casamance. De ce point de vue, donc, en rapport avec l’inspection d’académie et l’Odcav de Ziguinchor, la Cndt a initié une plateforme d’e-learning composée d’une chaine radio, d’une fréquence télé et de quatre sites. Cette expérience, appréciée par les bénéficiaires, pourrait être étendue à d’autres segments du territoire national. Aussi, la Cndt a initié un travail de diagnostic terrain dans les pôles territoires afin d’identifier les filières agricoles dont les productions ont été les plus impactées par la pandémie de la Covid-19.

Le rapport en cours de finalisation permettra à l’État sénégalais de disposer d’éléments de réponse à même d’accompagner efficacement les producteurs locaux suite aux baisses de leurs revenus agricoles.

Hier, Fanaye, aujourd’hui, Ndingler-Djilakh, la question foncière est au centre du débat public depuis des années. L’opposition qui peut exister entre le droit foncier moderne et le droit coutumier n’est-elle pas la source du problème ?

Benoit Sambou, Président de la Cndt : « la contractualisation devra permettre un partenariat gagnant-gagnant »

La loi sur le domaine national de 1964 était supposée construire les bases d’une gestion foncière apaisée. En réalité, la gouvernance foncière s’est enfermée dans une logique de conflits entre un système de détention de droits réels et un mode d’exploitation ancestrale par les populations locales. Le Président Macky Sall rappelait que les principales revendications des populations étaient liées au problème foncier ; ce qui l’a amené a initié une grande réflexion sur le foncier. Il faut dire que la pluralité des normes juridiques est au cœur de la problématique foncière que nous vivons. À partir de ce constat, l’enjeu des politiques foncières renouvelées est de rompre avec les inadaptations et de construire des articulations entre systèmes fonciers locaux et droit positif.

Quelles solutions préconisez-vous pour garantir une exploitation des terres qui va répondre aux intérêts des populations et des investisseurs ?

Il me semble nécessaire d’imaginer une nouvelle forme de collaboration ou de partenariat prenant en charge, de manière efficiente, les intérêts des populations locales et ceux des investisseurs. Il est évident que pour atteindre nos objectifs d’émergence, l’exploitation des terres est un élément fondamental. Les procédés d’agro-business devront s’organiser dans une logique de partenariat gagnant-gagnant pour les investisseurs dont la terre est une garantie nécessaire et pour les populations locales qui ne sauraient être des ouvriers sur leurs propres terres. Aussi, la collectivité locale devra tirer grand profit de l’exploitation des ressources existantes sur son territoire administratif. Une forme de contractualisation permettant une association reposant sur une répartition des parts bien définies liées à l’activité donnée devrait permettre de sécuriser les capitaux investis mais également garantir aux populations un droit réel face la possibilité d’intrusion d’investisseurs véreux tentés par une appropriation des terres à d’autres objets, comme la cession ou le morcellement pour lotissement.

Benoit Sambou, Président de la Cndt : « la contractualisation devra permettre un partenariat gagnant-gagnant »

Il va sans dire que le but de tout investisseur est de réaliser des profits et cela devra être pris en compte. Notre pays a également initié un modèle d’aménagement et d’exploitation collective des terres cultivables par les populations locales avec le soutien dynamique de l’État. C’est l’un des fondements de la création des Domaines agricoles communautaires (Dac) avec le Prodac conduit par le ministère de la jeunesse. Cela est à encourager puisqu’apportant une réponse pertinente au principe de territorialisation des politiques publiques et de promotion de l’agrobusiness. En outre, la rareté des terres cultivables génère des conflits fonciers entre populations de collectivités territoriales voisines ou entre collectivités territoriales elles-mêmes. De ce fait, la Cndt entreprend des démarches de conciliation pour accompagner les autorités locales et étatiques afin de trouver des solutions à même d’installer la paix entre les différentes entités. La médiation ayant horreur du bruit, nous préférons ne pas communiquer sur ces actions (interview réalisée le 15 juillet 2020, Ndlr).

La Commission de discipline de l’Apr s’est récemment signalée à travers l’exclusion de Moustapha Cissé Lô. Qu’est-ce qui a motivé cette décision radicale ?

L’Alliance pour la République est une organisation d’hommes et de femmes qui, pour réguler le fonctionnement de leurs instances, s’est dotée de textes. Tous les militants sont tenus au respect de ces règles qui fondent la démarche et le contrat social qui lient l’organisation aux populations sénégalaises. Il y a certains actes qui sont inadmissibles puisque heurtant la conscience collective, déshonorant nos institutions et jetant le discrédit sur l’organisation. Quand ces actes deviennent récurrents, ils deviennent impardonnables. L’erreur est humaine, mais la persévérance diabolique. De ce point de vue, nous n’avions d’autre choix que de nous séparer d’un de nos membres qui refusait de s’amender. Même si toute séparation est douloureuse, face à cette situation, cette décision s’imposait.

Un an et demi après la réélection du Président Macky Sall, la question du dauphinat s’invite régulièrement dans les débats. Comment se porte le parti présidentiel ?

La question du dauphinat ne saurait faire débat au sein de notre parti puisque n’étant pas inscrite au chapitre des textes organisant l’Apr, encore moins la Constitution du Sénégal. Pour le reste, le Président de la République a été brillamment réélu à la tête de notre pays. Il s’attèle à répondre aux préoccupations des Sénégalais et à organiser l’action gouvernementale dans le but d’atteindre les objectifs qu’il s’est fixé et qui fondent le lien de confiance entre lui et le peuple sénégalais. L’Apr est un grand parti, un parti de masse. Et comme dans toute grande organisation, les ambitions sont à la hauteur des enjeux de développement et d’émergence de notre pays. Les difficultés ne peuvent pas manquer, mais elles sont inhérentes à toute organisation et constituent la preuve de la vitalité de celle-ci. Nous nous attelons, tous les jours, à y apporter des solutions aux côtés du Chef de l’État qui, à mon avis, a su construire un modèle d’organisation mais surtout de rassemblement des forces vives de la Nation autour des objectifs de développement et de résilience sociale. En cela, la coalition Benno Bokk Yaakaar (BBY) et, aujourd’hui, la majorité présidentielle constituent un modèle d’ouverture et de partage des responsabilités dans la gestion d’un État moderne.

Ziguinchor, votre fief, est-il parti pour revenir dans l’escarcelle de l’Apr ?

Nous y travaillons. Le choix du Président Macky Sall de faire de la Casamance une priorité nécessite pour nous, les responsables, un devoir de nous mobiliser afin d’aider les populations à mieux appréhender sa vision et ses actions. Cependant, nous sommes conscients que certaines difficultés ne sauraient être occultées, particulièrement celles de l’emploi des jeunes. Et l’occasion m’est ici donnée de lancer un appel à des actions dynamiques pour apporter une réponse immédiate aux préoccupations conjoncturelles des jeunes qui, à notre grand désarroi, n’ont souvent d’autres perspectives que d’avoir des activités à faible valeur ajoutée sociale ou à très faible revenu. Il est clair que le Gouvernement doit accélérer la réalisation des instructions du Président de la République pour la finalisation des projets d’infrastructures routières et communautaires dans la région.




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