Démocratie interne : l’équation du N°2




« S’il faut traduire des gens devant le conseil de discipline, il (Macky Sall) risque d’y passer en premier », a déclaré Moustapha Diakhaté, hier sur les ondes de Sud Fm, réagissant aux menaces de représailles brandies contre les rebelles du parti marron-beige. « C’est lui, Macky Sall, qui a l’obligation de respecter les articles du règlement intérieur du parti et de les faire respecter. Or, depuis 11 ans, les 29 articles du statut, environs 30 articles du règlement intérieur, ont toujours été violés », éclaire l’invité de l’émission Objection.

Ces propos, par-delà les motivations obscures de leur auteur qui est resté tout ce temps sans sonner le tocsin de la révolte, posent cependant le débat de la démocratie interne dans les partis politiques sénégalais, presque 24 ans après le congrès dit « sans débat », qui sera à l’origine de la cascade de démissions connues par le Parti socialiste, alors à son apogée.

Ce phénomène n’épargne aucune formation politique. Pendant 12 ans qu’il été au pouvoir, le Parti démocratique sénégalais n’a jamais renouvelé ses structures à la régulière, à part le congrès tenu à la veille de la présidentielle de 2012 pour consacrer la promotion des karimistes au sein de l’Union des jeunesses travaillistes libérales. Les responsabilités ont y été toujours octroyées selon de bon vouloir de Abdoulaye Wade.

A l’Alliance pour la République, le seul parti à exercer le pouvoir qui n’a jamais désigné ses responsables par élection depuis sa création, on parle de « structuration horizontale », renvoyant au type d’organigramme qui n’admet pas l’existence d’un second.

On peut croire que Macky Sall s’est inspiré de sa propre expérience pour deviner que cette station est source de conflits. De nombreux pontes du régime libéral pouvaient facilement accepter l’autorité de Wade, mais quand il s’agit d’exécuter des ordres transmis par son adjoint, c’est une autre paire de manches. Avant Macky, Idrissa Seck fut confronté au même problème, avec la mise à l’écart de Aminata Tall au lendemain de l’alternance de 2000.

Aujourd’hui, ironie de l’histoire, le parti Rewmi est secoué par une vive contestation, portée par le Pr. Yankhoba Seydi, sur les pouvoirs supposés exorbitants du vice-président Déthié Fall, faisant figure de numéro 2.

Dans cette formation politique, Déthié est accusé de tous les péchés d’Israël et l’on voit sa main derrière la plupart des défections enregistrées durant ces dernières années, notamment celle de Thierno Bocoum.

Des jours plus tôt, Oumar Sarr venait d’être éjecté de son poste d’adjoint de Me Abdoulaye Wade. L’ex-ministre de l’Urbanisme est également soupçonné d’avoir fait le vide autour de lui pour tisser sa toile, même si, circonstance aggravante, il lui est reproché officiellement d’avoir répondu à l’appel au dialogue initié par Macky Sall, sans l’onction du pape du Sopi.

Dans tous les cas, il s’impose à l’évidence que nos partis politiques s’accommodent difficilement de l’existence d’un N°2, appelé à briller aux côtés du chef. Il porterait ombrage aux autres, en l’absence d’une organisation où les attributions sont clairement définies. De plus, celui qui occupe ce rôle est rarement élu au moyen d’un congrès régulier, il est souvent nommé de manière unilatérale. Ce qui lui ôte une certaine légitimité.

Ainsi, des chefs de partis préfèrent se choisir directement un second sans procédure de sélection régulière. Mais, l’effet boomerang, en est que l’on exacerbe les rivalités au lieu de les endiguer