« Le système de parrainage s’imposait au regard de la prolifération de listes et de candidatures farfelues »




Membre du directoire et du Secrétariat exécutif national (Sen) et coordonnateur de l’Alliance pour la République (Apr) de Biscuiterie, Me Djibril War pense que « le système de parrainage aux élections territoriales s’imposait au regard de la prolifération des listes et de candidatures farfelues ». Dans cet entretien, le député qui s’est prononcé sur d’autres sujets, comme la gestion de la pandémie de la Covid-19, le foncier, la crise malienne, etc., souligne que « la question est de savoir si on peut entrevoir une autre alternative ».

La Commission politique du Dialogue national vient de suggérer la suppression du parrainage aux élections territoriales. Comment appréciez-vous cette proposition ?

Des propositions ont été faites, telles que la création d’un observatoire de la démocratie, le maintien du mode d’élection des adjoints aux maires, la suppression du parrainage pour les prochaines élections locales… Pour notre part, le système de parrainage s’imposait au regard de la prolifération des listes et de candidatures farfelues qui, au final, outre les désagréments, paralysait le déroulement normal du vote et rendait difficile l’exercice des droits civiques. La caution qui avait été même fixée à 65 millions de FCfa, comme on l’avait constaté, n’avait pu contenir et décourager les candidatures très nombreuses. La question est de savoir si on peut entrevoir une autre alternative.

Pensez-vous que la Commission politique pourra boucler ses travaux dans les délais requis ?

La Commission peut bien respecter le cahier des charges relatif au délai de dépôt. À notre humble avis, les enjeux de ce vaste chantier dépassent les considérations de délai, au regard de leurs conséquences dans la consolidation des acquis démocratiques, de la transparence et de la sincérité du vote, pour l’apaisement définitif de l’espace politique en proie à des troubles cycliques consécutifs aux contestations postélectorales. En un mot, pour rappeler un vieux dicton : « aller lentement, mais sûrement ».

Beaucoup craignent un autre report de ce scrutin. À votre avis, leur inquiétude est-elle fondée ?

« La démocratie et la paix n’ont pas de prix », dit-on. Aujourd’hui, une dure réalité se dresse bien devant nous : la pandémie de la Covid-19. Celle-ci a secoué le monde entier et aura des conséquences certaines en dépit des moyens et stratégies mis en place sur nos ressources financières et économiques. La satisfaction de besoins et d’exigences vitaux, comme la santé, l’éducation et l’énergie, dans cette situation de crise économique mondiale constitue une préoccupation majeure des pouvoirs publics. La crise sanitaire a fortement éprouvé nos Pib qui ont connu une chute drastique, déjouant ainsi nos provisions, dégringolant de 7 à 2 %.

Comment appréciez-vous l’approche de la Communauté internationale, notamment de la Cedeao, sur la crise malienne ?

Dès les premières heures, la Cedeao qui avait joué la médiation de la crise malienne a été la première à condamner, le mardi 18 août, avec la plus grande fermeté, le coup d’État précédé, depuis quelques mois, par des contestations sans précédent. La Cedeao avait ainsi catégoriquement « dénié toute forme de légitimité aux putschistes, exigé le rétablissement imminent de l’ordre constitutionnel et la libération immédiate du Chef de l’État malien et certains de ses proches. La réaction de la Cedeao s’appuie sur le Protocole relatif au mécanisme de prévention, de gestion, de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité adopté en décembre 1999 et le Protocole additionnel sur la démocratie et la bonne gouvernance signé en décembre 2001 pour influencer positivement les développements politiques et sécuritaires avec la Force de maintien de la paix, de l’Ecomog qui a eu à se déployer dans des pays, comme ce fut le cas en Gambie.

Comment appréhendez-vous l’issue de cette crise dans ce pays voisin du Sénégal ?

Le Président Macky Sall a, comme on le connaît, pris la pleine conscience des relations millénaires entre les deux peuples du Sénégal et du Mali qui constituent un seul, qui transcendent les considérations géographiques, territoriales et politiques.

En humaniste convaincu, il a bien mesuré les conséquences désastreuses de ces sanctions qui causeraient plus de problèmes au Mali. Le pays vivant des situations difficiles avec la menace terroriste qui l’enferme de plus en plus. C’est vrai que les deux États, du point de vue de leur proximité, entretiennent des relations d’échanges commerciaux avec une forte mobilité des personnes et des biens. Les marchandises importées par le Mali, à savoir les denrées alimentaires, les équipements, le carburant, les produits médicaux et pharmaceutiques, transitent, en majorité, par le Port autonome de Dakar. On imagine bien alors les conséquences avec cette pandémie de la Covid-19. Nous espérons bien que la Cedeao et la communauté internationale s’inspireront de l’approche humanitaire face à cette situation préoccupante.

Vous êtes aussi député au Parlement panafricain. Quelle est la position de l’institution sur cette crise ?

Le Parlement panafricain fait partie des organes de l’Union africaine (Ua). Il ne peut prendre d’autorité une position qui revient en premier lieu à la Conférence des Chefs d’État. Le Parlement peut, par décision de la plénière, faire une motion ou une résolution en accord avec la Conférence. Tout citoyen d’un État membre peut adresser une pétition sur un sujet d’actualité. Au sein de notre caucus des parlementaires des États de l’Afrique de l’Ouest, nous exprimons notre profond regret à nos collègues députés du Mali.

Votre ancien camarade de parti, Thierno Alassane Sall, vient de publier « Le Protocole de l’Élysée : confidences d’un ancien ministre sénégalais du Pétrole ». Quel commentaire faites-vous de cet ouvrage ?

Je n’ai pas encore lu le livre. Mais, après lecture de quelques extraits, j’avoue ne manifester aucun enthousiasme à parcourir le livre. D’abord, ce n’est pas un plaisir pour moi de voir des personnes qui me sont proches, que je connais bien, comme le Président Macky Sall, son frère le maire Alioune Sall et l’ancien Premier ministre, présentés sous des traits qui ne correspondent en rien à la réalité. J’en suis d’autant plus peiné que l’auteur de ce livre a été proche à moi.

Que dites-vous à ceux qui soutiennent qu’en matière de ressources naturelles il n’y a pas de secrets d’État ?

J’ai été sidéré par de telles déclarations. Face à ces excès et dérives d’incurie notoire, il est plus que grand temps que l’État prenne ses responsabilités pour engager des poursuites pénales. Leurs auteurs ne sont pas dignes de confiance pour assumer des charges publiques, électives ou étatiques. Par conséquent, j’ai préparé une proposition de loi qui passera en procédure d’urgence à l’effet de rendre inéligible à toute élection toute personne qui a été sanctionnée par une radiation pour non-respect de l’obligation de réserve ou divulgation de documents confidentiels, etc. J’userai de tous mes moyens légaux pour modifier les dispositions de la loi 2018-22 du 4 juillet 2018 du Code électoral en ses articles 32, 33, 116, 170, 206, 234, 242 et autres en complément de l’article 150 du Code pénal qui punit les crimes et délit de forfaiture.

Comment appréciez-vous la gestion de la pandémie de la Covid-19 dans notre pays ?

Après avoir exprimé mes pensées pieuses à la mémoire des personnes emportées par cette pandémie, ma compassion aux proches et souhaité un prompt rétablissement aux malades, je salue l’humanisme du Président Macky Sall pour les efforts et gros moyens déployés dans le cadre du Force Covid-19, son sens de la mesure dans l’assouplissement des dispositions, au nom des intérêts vitaux, économiques, ainsi que les bonnes volontés. Je rends un hommage particulier au ministre de la Santé et de l’Action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, les ministères impliqués dans le dispositif, les autorités religieuses et associations. Je réserve une mention spéciale aux membres du personnel médical qui ont payé un lourd tribut dans cette guerre. En dépit des morts, le Sénégal, comparé aux pays africains et ceux développés, a fait montre d’une attitude louable pour contenir le mal. Nous encourageons les populations à davantage respecter scrupuleusement les mesures barrières comme le port du masque, le lavage des mains, la distanciation sociale, et à éviter les regroupements.

Depuis quelque temps, nous assistons à des conflits fonciers. Le dernier en date est celui de Tobène. Quelle démarche préconisez-vous pour apaiser ces tensions sociales ?

Les conflits fonciers au Sénégal ne remontent pas à aujourd’hui, même s’ils ont connu une forte propension avec des conséquences souvent dramatiques. Avant Tobène, il y a eu des cas à Mbane, Bambilor, Ndengler, Bargny, Rufisque, Dakar, Casamance… Il y a des cas aussi douloureux qu’injustes dont des familles ont été victimes d’expropriation sur des décisions de justice rendues sur la base de documents illégaux. C’est le cas que nous vivons à Ouagou Niayes. J’aurais suggéré au Président de la République de convoquer les états généraux du foncier en y conviant tous les acteurs. Il faut aussi rappeler le travail de la Commission nationale de réforme foncière (Cnrf).

La magistrature traverse, elle aussi, une crise. Est-ce que celle-ci ne va pas entamer l’image de ce corps garant des libertés ?

Comme beaucoup de citoyens et en tant que membre à part entière de la famille judiciaire en ma qualité d’expert administrateur, mandataire judiciaire près les Cours et Tribunaux, membre de l’Ordre national des experts, je suis très peiné par cette crise. Je suis heureux de constater que le ministre de la Justice et les greffiers aient pu se retrouver avec la médiation de bonnes volontés. Comme disait Henri François d’Aguesseau, un grand magistrat sous Louis XIV : « Tout devoir aux autres, ne rien devoir à soi-même, telle est la noble et pénible charge du magistrat ». En effet, le métier de juge est l’un des plus prestigieux chez l’homme. Les juges ne sont pas des citoyens ordinaires. Les décisions qu’ils prennent au nom de la loi et du peuple ont des effets heureux ou malheureux sur le destin des individus. Ils devraient, dans la vie de tous les jours, davantage observer une distance par rapport au public, la presse, pour ne pas banaliser le mythe, le mystère et la solennité qui entourent et protègent leur sacerdoce. La droiture et le courage ne se mesurent pas à l’aune des sorties dans la presse. Juger n’est pas facile.