L’Opposition déboussolée




La réélection du président Macky Sall dès le premier tour de l’élection présidentielle du 24 février 2019, avec 58,27% des suffrages, a-t-elle calmé les ardeurs de ses opposants, qui semblent mettre en berne toutes les initiatives politiques ? Le moins que l’on puisse dire, à part les quelques actions du Congrès de la renaissance démocratique (Crd), ou encore les rares sorties au vitriol d’Ousmane Sonko du Pastef, les observateurs de la sphère politique ne voient que du vide, à défaut des échappées timides des organisations qui se réclament de la société civile et qui peinent à faire adhérer les populations à leur cause.

Les initiatives politiques sont-elles en berne, après près d’un an et demi de la présidentielle de février 2019 ? La réponse semble couler de source pour les observateurs avertis. Ou du moins, quelques initiatives des organisations qui se réclament de la société civile émergent çà et là, mais sans trop inquiéter les tenants du pouvoir actuel. Pour cause, à part la dernière marche de protestation contre la hausse des prix de l’électricité, Aar Linu Bokk et compagnie peinent à intéresser les populations à leurs actions. La preuve, le vendredi 17 juillet dernier, le Front Multiluttes «Doyna», constitué d’une dizaine de collectifs dont les plateformes «Aar Li Nu Bokk» et «Noo Lank», n’a pas su mobiliser. Même les manifestants eux-mêmes, à l’image de Guy Marius Sagna, ont reconnu ce flop, non sans en imputer la responsabilité au préfet de Dakar, au ministre de l’Intérieur Aly Ngouille Ndiaye et à celui de l’Urbanisme Abdou Karim Fofana.

LE CRD INVESTIT LE CHAMP JUDICIAIRE EN VAIN

Si ces derniers essaient d’occuper, tant bien que mal, le terrain socio-politique, même si leurs manifestations ne drainent pas beaucoup de monde, certains des acteurs politiques qui ont semblé déserter le terrain ont investi celui judiciaire. Sinon, comment comprendre les «vaines» plaintes à répétition du Congrès de la Renaissance démocratique (Crd) qui, malheureusement, n’obtiennent pas l’effet escompté ? En effet, le 9 juillet dernier, l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye et ses camarades du Crd avaient perdu la procédure d’annulation enclenchée au niveau de la Cour suprême concernant le décret d’honorariat au Conseil économique, social et environnemental (Cese). La Cour suprême avait tout simplement rejeté les deux requêtes introduites par le Crd. Que dire de la plainte, avec constitution de partie civile, déposée par le Crd auprès du Premier Cabinet d’Instruction près le Tribunal de Grande Instance de Dakar, le 22 juillet 2019, concernant l’affaire des 6.000 milliards présumés dans les contrats de recherche de pétrole ? Face à l’inertie des autorités judiciaires, Mamadou Lamine Diallo de Tekki et ses camarades du Crd étaient obligés de revenir à la charge pour inviter le Doyen des juges, Samba Sall, à respecter l’article 79 du Code de procédure pénale (Cpp), relatif à la consignation présumée nécessaire pour les besoins de la procédure concernant ladite plainte. Qui entend encore parler de cette affaire Aliou Sall et Petro Tim ?

OUSMANE SONKO, MOLLEMENT LEADER DE L’OPPOSITION

Quid des autres leaders de l’opposition pourtant bien classés à la dernière présidentielle ? Après un classement flatteur de troisième pour un score de 15,67%, Ousmane Sonko, candidat de Pastef à la dernière présidentielle, avait refusé de renoncer aux feux de la rampe. Après un temps de latence noté au sortir de la présidentielle, il était revenu en force avec l’affaire foncière dans laquelle il a dénoncé un détournement de fonds publics de 94 milliards de F CFA, impliquant le Directeur des Domaines, Mamour Diallo. Mais, son «jeu trouble» dans cette affaire, car tantôt accusateur, dès fois suspect et parfois même accusé, ne l’a pas laissé intact. Ce qui ne semble pas l’avoir découragé, car à la première glissade du régime en place, notamment les mesures d’assouplissement prises par le chef de l’Etat, Macky Sall, le 11 mai dernier, en pleine propagation de la pandémie de la Covid-19 dans le pays, Ousmane Sonko a voulu incarner la posture de chef de l’opposition. Pour ce faire, il s’est démarqué de la démarche adoptée par nombre de ses camarades de l’opposition, dans sa stratégie d’analyse et de communication sur la gestion de la pandémie par le régime du président Macky Sall. Tel un chef de l’Etat, Ousmane Sonko programme son allocution à la Nation et passe la bande d’annonce bien avant, dans beaucoup de supports médiatiques, avec des directs programmés sur 3 chaines de télévisions traditionnelles, une chaine télé sur le net, deux sites d’informations générales et enfin une radio privée de la place. Mieux, le député de Pastef s’offre une tribune de presqu’une heure de temps, durant laquelle il s’est carrément défoulé sur les tenants au pouvoir qui, selon lui, ont abandonné le peuple au moment où le virus gagne du terrain dans le pays et que le Sénégal emprunte une courbe ascendante.

IDRISSA SECK ET SA STRATEGIE DE RETENTION DE LA PAROLE

Au même moment, le classé deuxième à la présidentielle de février 2019 s’emmure dans un silence assourdissant. Le patron du parti Rewmi, Idrissa Seck reste, comme sur les autres sujets brûlants de l’heure, aphone sur les mesures «controversées» prises par Macky Sall dans la gestion de la pandémie. Cela, même si son poulain, le député Déthié Fall, monte par moment au créneau pour critiquer le régime. Par ce long silence, Idrissa Seck semble résolument opter pour la rétention délibérée et prolongée de la parole, histoire de maitriser certainement ses passions.

WADE AU FRIGO, KHALIFA SALL CONTRAINT AU SILENCE

Il n’est d’ailleurs pas le seul. Il en est de même de l’ancien président de la République, Me Abdoulaye Wade, considéré comme le chef de l’opposition parlementaire. Le Secrétaire général national du Parti démocratique sénégalais (Pds) n’a pipé mot de la gestion de la pandémie par son successeur. Que dire du leader de Taxawu Dakar qui a semblé disparaitre des radars politiques ? Khalifa Sall a aussi choisi de se taire pour le moment sur cette question et sur les autres, optant pour la stratégie de l’abstinence médiatique. Un choix de l’ancien maire de Dakar certainement commandé par ses démêlés avec dame justice. Pour les autres, à savoir Oumar Sarr et compagnie, le gouvernement d’union nationale tant annoncée est passé par-là.




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