MACKY SALL EN ROUE LIBRE




Après des mois et des mois de concertations plus ou moins heurtées, entrecoupées par une longue pause due à la pandémie du nouveau coronavirus, les acteurs politiques et civils regroupés au sein de la commission cellulaire du dialogue politique ont mis fin à leurs échanges au terme de leur première phase de discussions. La rationalisation du calendrier électoral a bouclé la boucle en consacrant encore le règne des divergences de positions structurelles entre majorité, opposition, non alignés et société civile. Retour sur les temps forts et faibles, tops et flops de concertations boycottées par certains partis de l’opposition et diligentées, sur fond de calcul politicien, par un maître du jeu tacticien disposant désormais des coudées franches pour exécuter son agenda politique.

Dans la foulée de sa réélection avec plus de 58% de suffrages valablement exprimés au premier tour de la présidentielle de février 2019, le président Macky Sall qui avait instauré sur le dos de l’opposition politique la stratégie gagnante du parrainage citoyen, sur fond de contestations et de frictions, appelait à un dialogue national «sans exclusive» pour permettre au Sénégal de confirmer son option dynamique de l’émergence et de «bâtir ensemble une gouvernance concertée». C’est ainsi que lors de sa prestation de serment du 2 avril 2019, Macky Sall lançait son fameux appel au dialogue à ses adversaires politiques avant de faire savoir, le 28 mai 2019, à la Journée instituée du dialogue, que «la démocratie ne saurait ou ne devrait être réduite à la confrontation permanente entre pouvoir et opposition, entre majorité et minorité».

Sous la diligence de l’ancien ministre de l’Intérieur, Famara Ibrahima Sagna, et le Général à la retraite Mamadou Niang, une commission cellulaire du dialogue politique était mise en route en parallèle à d’autres commissions, bien entendu et en mode fast-track, avait-on dit, pour trouver des éléments de consensus autour du processus électoral qui ne faisait pas l’unanimité entre acteurs politiques, quoiqu’il ait subi à maintes reprises un toilettage destiné à susciter des accords dynamiques entre partis politiques. Mais la realpolitik semblait rattraper à chaque élection les acteurs et générait bisbilles et démêlés autour des règles du jeu, moyennement des résultats.

Boycottées par une frange de l’opposition comme Pastef/ Les Patriotes d’Ousmane Sonko, arrivé troisième à la dernière présidentielle, le Parti de l’unité et du rassemblement (Pur) autre challenger à la présidentielle, le Cds d’Abdoul Mbaye et Mamadou Lamine Diallo, et moyennement par le Pds de Me Abdoulaye Wade qui n’avait envoyé qu’une délégation de représentation et/ou de figuration avec Oumar Sarr et cie, les concertations sur le processus électoral avançaient cahin-caha. Avec une majorité qui se figeait dans ses positions, ne lâchant du lest qu’au compte-goutte, sur la base stricte de ses positions partisanes. Des accords sont quand même constatés au cours de ces échanges politiques. Et ils peuvent se résumer autour du report des élections locales, de l’audit du fichier électoral et de l’évaluation du processus, de l’élection au suffrage universel direct des maires et aussi des présidents de conseil départemental, têtes de liste majoritaire.

Pour les questions locales ainsi, les acteurs avaient réussi à s’accorder sur l’harmonisation du pourcentage de la répartition des sièges des élections départementales avec les élections municipales (45% au scrutin de liste majoritaire et 55% au scrutin de liste proportionnelle). Ou encore l’accord sur le règlement intérieur pour permettre à l’opposition d’accéder à certains postes au niveau des commissions dans les mairies ou autre principe de financement public des partis politiques. Des acquis assez timides somme toute par rapport aux grandes attentes d’un processus électoral ou d’un jeu politique soucieux de véritables certitudes.

FLOPS A LA PELLE

Face à une majorité présidentielle prompte à opposer son véto, un statu quo notoire était noté sur beaucoup de points de concertations. Les sessions de la Commission politique du dialogue national n’ont pas ainsi permis aux différents acteurs de trouver un consensus sur le cumul des fonctions de chef de parti politique et de président de la République.

Outre ce désaccord, d’autres points de discussions n’ont pu franchir la barrage du pôle majoritaire comme l’arrêté Ousmane Ngom qui interdit toute manifestation au centre-ville de Dakar, le délit d’offense au chef de l’Etat, véritable arme du pouvoir établi contre l’opposition politique, la question du bulletin unique, de la caution, des autorités en charge des élections (Cena, Cnra, le ministère en charge des élections….) et du rôle de la justice dans le processus électoral. Voire du parrainage à la présidentielle même si sur la question du parrainage aux élections locales, le bloc majoritaire a validé sa suppression pour les prochaines joutes. Le statut du chef de l’opposition, lui, sera jeté en pâture à l’opposition, histoire de la diviser davantage, en la laissant s’égosiller pour celui qui devait en bénéficier entre le patron de l’opposition parlementaire (Me Abdoulaye Wade du Pds) et le candidat arrivé deuxième à la dernière présidentielle (Idrissa Seck de Rewmi).

Entre temps, le chef de l’Etat qui avait réussi à confiner son opposition dans le dialogue politique, pouvait librement dérouler son agenda politique vers un troisième mandat, selon certains ou occuper totalement l’espace politique au lendemain de sa réélection. Etant entendu qu’un report des élections locales au plus tard le 28 mars 2021 le libérait de toute entrave à l’exécution de ses politiques de décentralisation, face à des élus locaux revanchards de l’opposition.

La première phase des échanges du dialogue politique a été d’ailleurs bouclée avant-hier, mercredi, avec la question de la rationalisation du calendrier électoral avec une majorité qui espérait pouvoir y accoler le report des législatives de 2002 pour arriver à un couplage avec la présidentielle. Toute chose à laquelle l’opposition, les non-alignés et la société ont opposé leur véto, en exigeant toute application du schéma de couplage de la présidentielle avec l’élection des députés pour après 2024.

En fin de compte, au terme de l’exercice, force a été de constater que la majorité a encore dicté le ton de ces concertations et que le président Macky Sall, patron de l’Apr, auquel un rapport synthétique des conclusions sera transmis instamment reste toujours le maître du jeu et le tambour-major du processus électoral.

En attendant que sa majorité mécanique valide à l’Assemblée nationale les points d’accord du dialogue politique qui consolideront les bases présentes de sa suprématie dans le landerneau politique sénégalais.




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