RENTRÉE POLITIQUE DÉLICATE AU PDS




Avec les multiples défections enregistrées dans ses rangs, la rude concurrence au sein même de l’opposition, le Parti démocratique sénégalais aura besoin de plusieurs cordes à son arc pour espérer reprendre sa place dans la jungle politique. Malgré une machine encore redoutable, l’ancien parti au pouvoir souffre terriblement de leaders pouvant vendre leur nouveau projet de société aux Sénégalais. Elles sont rares les nouvelles têtes à émerger.

A quelque chose, malheur est peut-être bon. Longtemps en hibernation, le Parti démocratique sénégalais (PDS) décide de sortir de l’ornière. Une décision qui intervient dans un contexte marqué par l’effervescence de la vie politique et sociale. Entre les inondations, le débat sur ‘’le statut du chef de l’opposition’’, la guerre fratricide au sein de l’opposition sénégalaise, la création d’un nouveau parti libéral sur ses flancs… son ‘’mutisme’’ devenait de plus en plus incompréhensible aux yeux de certains analystes. 

Mais, à en croire le journaliste Ibrahima Bakhoum, le parti de Me Abdoulaye Wade souffrirait surtout des nombreux départs enregistrés depuis la perte du pouvoir. Il déclare : ‘’Il faut savoir que la politique, c’est à la fois des voix et des visages. Quand on veut avoir les suffrages des populations, il faut des gens audibles qu’on entend et des gens qu’on connait. De ce point de vue, le PDS d’aujourd’hui est un peu handicapé. Il y avait des gens que les populations avaient l’habitude de voir. Ce n’est pas forcément parce qu’ils étaient les meilleurs, mais c’est comme ça que ça marche. Il va leur falloir reconstruire et essayer de repositionner d’autres responsables dans l’espace.’’

Le corollaire de cette absence de têtes d’affiche en quantité et qualité suffisantes, c’est surtout la disparition de l’espace médiatique. En fait, dans cet espace, les cibles sont souvent triées sur le volet, fait savoir le journaliste. ‘’Faire un communiqué, dit-il, c’est bien. Mais il faut aussi avoir une présence dans l’espace public et médiatique. Et les journalistes, d’habitude, tendent leurs micros à ceux qu’ils connaissent. Et s’ils ne vous donnent pas la parole, vous ne pouvez pas vous mettre dans la rue à crier. C’est aussi un obstacle. Le PDS a de nouvelles voix que l’on ne connait pas encore assez’’.

Voilà sans doute une des raisons pour lesquelles beaucoup estiment que la formation libérale est quasi inexistante sur l’espace public, depuis les départs de certaines têtes de gondole de la trempe d’Oumar Sarr, Me Amadou Sall, Babacar Gaye, entre autres. Ce, quel que soit leur poids électoral.

Chez les libéraux, on ne veut pas du tout entendre parler d’absence sur l’échiquier politique.  Président de la Fédération nationale des cadres libéraux (FNCL), Lamine Ba souligne : ‘’Nous ne nous attardons pas sur les déclarations des uns et des autres. Ce qui est irréfutable, c’est que le parti s’est toujours prononcé sur les sujets majeurs. Il ne faut pas oublier que c’est le PDS qui a amené le pouvoir à répondre sur la question des inondations. Notre groupe parlementaire a aussi saisi l’Assemblée nationale, après qu’on a effectué une visite en banlieue. Nous sommes présents dans certaines occasions comme les décès et autres. Avant cela, nous nous sommes toujours prononcés sur les sujets d’actualité.’’

Mieux, le patron des cadre libéraux tient à rappeler ceci : ‘’Quand il s’est agi de lutter contre la Covid-19, c’est le PDS, à travers son candidat, qui a mis à la disposition du gouvernement un lot de 5 000 kits. Qui l’a fait dans ce pays ? Quel opposant l’a fait ? Nous sommes aussi présents sur le débat public national et international. Je pense donc que le parti vit. Ceux qui observent bien ne peuvent pas ne pas s’en apercevoir.’’

Selon lui, si le PDS avait suspendu certaines de ses activités, c’est uniquement à cause de la crise sanitaire. ‘’Nous sommes un parti responsable. On ne peut se permettre de faire n’importe quoi. Nous avions suspendu nos activités, juste pour lutter contre la propagation du virus. Maintenant que les choses reviennent à la normale, nous allons reprendre nos activités. C’est aussi simple que ça. La note est sortie vendredi. Sous peu, vous serez davantage éclairés sur les activités que nous allons dérouler’’, a-t-il précisé.

Sur ce plan, il semble en phase avec le doyen Bakhoum selon qui, autant la suspension était compréhensible au nom de l’élan national de lutte contre la maladie, autant la reprise par les partis de l’opposition sera admise. ‘’On ne peut être plus royaliste que le roi. Du moment que le parti qui gouverne est retourné sur le terrain pour mener ses activités politiques, on ne peut reprocher à un parti de l’opposition de vouloir faire la même chose’’.

Les obstacles au retour

Cependant, une chose est d’annoncer son retour, une autre est d’arriver à s’imposer sur l’espace public. Encore une fois, il faudrait et des voix et des visages. Le PDS en compte-t-il encore suffisamment ? Le doyen Bakhoum rétorque : ‘’Dans le PDS actuel, il y a très peu de visages. J’en connais deux à quatre voix qui sont extrêmement pertinentes. Ceux-là, quand ils parlent, ils peuvent faire extrêmement mal. Ils sont élégants dans la mise ; ils ont la prestance ; ils ont le discours ; ils ont l’expérience politique. Aussi, ils connaissent l’adversaire d’en face et ils connaissent le système. On les entend rarement, mais quand ils parlent, ils peuvent faire très mal. Moins ils parleront, mieux ça ira pour le pouvoir’’, analyse le doyen Bakhoum.

Pour l’heure, le PDS semble préférer se déployer sur le terrain. C’est ce qui est ressorti du communiqué signé par le secrétaire général le 18 septembre dernier. Dans cette missive, le ‘’Pape du Sopi’’ annonce la poursuite des opérations de placement des cartes et de renouvellement de ses structures. Est-ce là une bataille de terrain, en riposte aux velléités du pouvoir d’imposer Idrissa Seck comme chef de l’opposition ?

Ce qui est certain, de l’avis de Bakhoum, c’est qu’ils ont bien fait de ne pas verser dans cette guéguerre autour du statut du chef de l’opposition. ‘’Je pense qu’ils ont bien fait d’éviter le piège du pouvoir, de rester ici pour se battre pour ce statut qui n’a plus aucun intérêt. Dès lors que la désignation de son titulaire est laissée à l’appréciation du président de la République. Il faut savoir que ce chef est déjà déplumé, avant même de naitre. Qui qu’il puisse être, on lui a brisé les ailes, du point de vue de la crédibilité. C’est comme s’il était le chef de l’opposition du pouvoir et non de l’opposition au pouvoir’’.

Une lutte de survie

Pour aller à l’assaut des électeurs, le parti de Wade peut sans doute compter sur un appareil redoutable, présent un peu partout sur le territoire, des électeurs convaincus restés fidèles à l’idéal du Sopi, malgré la perte du pouvoir en 2012. C’est la conviction du chef du département de Science politique à l’université Gaston Berger de Saint-Louis. 

Le PDS, selon lui, a connu beaucoup de départs. Il en a certes été affaibli, mais c’est un parti qui est toujours là. ‘’Quand on parle du champ politique au Sénégal, on ne peut ignorer le PDS. Malgré tous les déboires qu’il a connus, c’est un parti qui existe toujours. C’est une formation qui a une trajectoire, qui mobilise et qui a été de toutes les échéances électorales, à l’exception de la dernière Présidentielle où son candidat a été recalé’’, fait remarquer le Pr. Abdourahmane Thiam.

Il ajoute : ‘’L’élection est un instrument de mesure de la représentativité d’une formation politique. Quand il y a une élection, cela permet de jauger la capacité d’action de la formation et son poids électoral. C’était donc une occasion manquée par le PDS.’’

De l’avis de l’expert, c’est toujours une phase très difficile. Le PDS, soutient-il, a certes souffert de son absence de la dernière Présidentielle, mais il peut encore disposer de ressorts pour remonter la pente. Une opération de vente de cartes de membre, soutient-il, est toujours une belle occasion pour se renouveler, renouveler ses instances ; de la base jusqu’au sommet… C’est aussi une occasion pour recruter de nouveaux adhérents. ‘’Chaque parti a le besoin de renouveler son personnel politique, recruter, s’organiser à travers ses structures. Parce que les structures sont animées par des hommes. C’est aussi ça l’objet de renouvellements. Je ne sais pas si on peut dire que c’est un parti en perte de vitesse. Il faut savoir que le champ politique est toujours mouvant, dynamique’’.

Le politologue de renchérir : ‘’Ainsi est le champ politique. C’est un champ de positionnement. Et le PDS n’échappe pas à la règle. Après une perte du pouvoir, c’est toujours une recomposition qui s’ensuit. Cela a été valable pour le PS. Ça l’est également pour le PDS. A chaque moment, il va falloir refaire sa peau comme on dit. Comme le PS, le PDS a perdu beaucoup de responsables. Mais il essaie toujours de résister. C’est comme le chêne et le roseau : plier sans rompre.’’