MATAM- L’UNIQUE SCANNER EN PANNE/La mort d’un policier met à nu le dénuement du plateau médical




Le centre hospitalier régional de Ourossogui, qui est le centre de référence de toute la zone Nord-Est, se montre inopérant pour les victimes d’accident vasculaire cérébral (AVC) et les accidentés. Une situation qui dure depuis plus d’un mois. L’agent de police du commissariat de police de Matam, qui a finalement succombé à ses blessures, n’a pas reçu la prise en charge adéquate dans les structures de santé, à cause d’un scanner défectueux. Il a rendu l’âme, après son évacuation.

La nouvelle de l’absence de cet appareil indispensable pour des examens s’est répandue comme une trainée de poudre aux quatre coins de la région.

C’est le chef du service accueil des urgences de l’hôpital de Ourossogui qui a reconnu, la mort dans l’âme, cette situation chaotique qui prévaut dans le premier centre hospitalier de référence de la zone. ‘’Malheureusement, l’appareil de scanner de l’hôpital est tombé en panne depuis plus de 4 semaines. Un calvaire que nous vivons depuis plusieurs semaines. Il existe tout de même une lueur d’espoir, avec les techniciens qui sont en train de faire le maximum pour le réparer. Mais jusqu’à présent, l’appareil n’est pas fonctionnel’’, fait-il savoir. Avant de poursuivre : ‘’Cette situation est un calvaire aussi bien pour les agents de santé que les malades qui doivent bénéficier de ces examens complémentaires très importants dans beaucoup de situations.’’

Les évacuations, un aller sans retour

En effet, avec l’absence de scanner dans toute la région, les évacuations vers les hôpitaux des régions périphériques sont de plus en plus fréquentes et constituent un véritable chemin de croix pour les patients. C’est à Diourbel qu’ils trouveront un scanner. ‘’Nos patients sont obligés d’aller jusqu’à Diourbel car, aux dernières nouvelles, l’appareil qui est à Touba est aussi tombé en panne. Ça doit être réparé présentement. Donc, les patients sont évacués, soit à Touba, soit à Diourbel, pour faire le scanner et pouvoir éventuellement bénéficier d’une prise en charge adéquate. C’est des dépenses supplémentaires, voyager sur une longue distance pour faire un scanner et revenir, c’est de l’énergie dépensée, c’est un délai prolongé par rapport à la prise en charge. Pour nous agents aussi, c’est compliqué, car les conditions d’évacuation doivent être scrupuleusement respectées’’, renseigne le Dr Diouf.

Pour les victimes d’accident vasculaire cérébral, la situation est fatale. Cette pathologie, qui nécessite un scanner pour un diagnostic complet, fait des ravages auprès de ses victimes. La prise en charge est loin d’être faite dans les règles de l’art. En 48 heures, le service des urgences a reçu 5 cas d’AVC. Les urgentistes, avec les moyens du bord, sont parvenus à offrir les premiers soins salvateurs. Un cas plus grave a été évacué à l’hôpital de Diourbel pour un scanner ; il a succombé finalement, sur le chemin du retour. ‘’Durant ce week-end, nous avions 5 cas d’AVC. On a évacué le plus critique. Le trajet était long et malheureusement, le patient a rendu l’âme de son retour d’évacuation’’, regrette le chef du service des urgences.

La frustration est aussi grande chez les populations qui amènent leurs patients dans les centres de référence. Mais la prise en charge est souvent différée à cause de l’absence du scanner. Les patients restent ainsi bloqués dans les couloirs de l’hôpital, en attendant l’ambulance… ou la mort. Le chef d’établissement du collège de Goudoudé, village enclavé de la commune de Dabia, victime d’un début d’AVC depuis le mois de juillet, court toujours derrière son scanner. En lieu et place, il lui a été prescrit de faire une échographie. Sa dame, Sala Touré, dépitée, raconte son calvaire : ‘’C’est au centre de Thilogne que mon mari avait été amené. Mais après quelques jours en observation, le médecin nous a prescrit de faire un scanner à l’hôpital de Ourossogui. A notre grand malheur, l’appareil ne fonctionnait pas. Aujourd’hui, nous sommes venus trouver le Dr Aw. Mais depuis le matin jusqu’à 16 h, nous n’avons pas été consultés. C’est déplorable’’, fulmine-t-elle.

Si l’on en croit le directeur de l’hôpital Mamadou Ndiaye, bientôt, ce calvaire ne sera plus qu’un vieux souvenir : ‘’Je suis bien conscient de la situation critique, mais je suis en train faire des pieds et des mains pour décanter la situation. Les techniciens sont à pied d’œuvre pour réparer l’appareil. Ils travaillent d’arrache-pied pour y parvenir. J’ai posé le problème auprès de mes supérieurs et ils vont nous doter d’un scanner tout neuf. C’est imminent. Je veux vraiment rassurer les populations, en leur annonçant cette bonne nouvelle.’’

Au-delà de l’appareil de scanner, le plateau médical de la région frise le néant. Le chirurgien est parti, laissant un vide non encore comblé. Il n’y a pas de médecin réanimateur à l’hôpital régional de Matam qui abrite le centre de traitement de la Covid-19. Pour une population estimée à plus 600 mille habitants, il n’y a pas de pédiatre, ni de médecin-anesthésiste. La cartographie sanitaire de Matam est loin de présenter un reluisant visage, au grand dam des populations locales, séparées de Dakar de 700 km.

Djibril Ba