BRÈCHE SUR LA LANGUE DE BARBARIE, UNE MENACE PLUS SÉRIEUSE QUE LE BRADAGE DU LITTORAL




BRÈCHE SUR LA LANGUE DE BARBARIE, UNE MENACE PLUS SÉRIEUSE QUE LE BRADAGE DU LITTORAL

Le constat est unanime. Le littoral de Saint-Louis est violemment agressé par la mer. Ce problème de l’érosion côtière, que les autorités municipales de la Vieille ville peinent à résoudre, a impacté négativement la vie des habitants des localités comme Gokhou Mbath, Guêt-Ndar ou encore Santhiaba, distant d’environ 4 Km et qui longent ce littoral sur la langue de Barbarie. Avec l’appui d’Ejicom, Emedia s’est rendu sur place pour constater l’impact de cet écosystème qui risque d’amoindrir la vie des occupants de cette partie du littoral sénégalais.

La ville de Saint-Louis abrite une partie du littoral sénégalais. Mais, si au niveau de l’actuelle capitale, Dakar, le littoral fait l’objet de bradage et de spéculation foncière, ç’en est tout autre dans l’ancienne capitale. Le littoral de la vieille ville fait face à un véritable problème beaucoup plus dangereux que le bradage foncier : l’érosion côtière. Face cette problématique, Guêt-Ndar et ses zones satellites sont menacés de disparition, dans quelques années, si rien n’est fait pour stopper l’avancée de la mer.


VIVRE PIEDS DANS L’EAU N’EST PAS UN LUXE

Ce populeux quartier de pêcheurs, situé entre la rive et la mer, sur langue de Barbarie, est depuis quelques années sous la menace des vagues. À Guêt-Ndar, la mer a fait et continue de faire des victimes. Sur le littoral de Guêt-Ndar, « vivre pieds dans l’eau » n’est pas un luxe. C’est un calvaire. Les vagues qui ne laissent plus d’espace de loisir aux jeunes, les ordures qui jonchent au sol, les gravats des bâtiments ruinés par la mer font que le littoral de Saint-Louis présente une image écornée.

Iba Fall est né et a grandi dans ce quartier. Ce père de famille, âgé d’une cinquantaine d’années, est témoin oculaire de la houle de 2014 qui avait fait des victimes. Mais ce qui a provoqué son ras le bol, ce sont les nombreuses promesses faites par les autorités qui ne sont toujours pas matérialisées. « Il ne nous reste qu’à prier au Bon Dieu pour Qu’il retienne les vagues. Les autorités sont bien conscientes de la situation. Mais, ce ne sont pas elles qui vont régler nos problèmes sinon elles allaient le faire depuis longtemps », s’est-il désolé.

Cette menace que subissent les habitants de Guêt-Ndar ne date pas d’aujourd’hui. Mais, ce sont les premiers habitants de cette Île qui ont beaucoup plus de chance que leurs petits-fils qui y vivent présentement. En effet, tout au début de l’occupation de cette partie de la langue de Barbarie, une digue de protection des eaux de la mer avait été construite. Nous sommes en 1932. D’après les vieux notables de Guêt-Ndar, la dernière fois que la digue avait subi une réfection, c’était aux temps de Mamadou Dia, juste après l’indépendance du Sénégal. De l’avis de ce Conseiller municipal à Guêt-Ndar, il y a 40 ans, la distance qui séparait la digue et les vagues était de 2 à 3 kilomètres. Aujourd’hui, avec les changements climatiques qui ont provoqué l’avancée de la mer, les vagues finissent leurs courses sur le mur distant de moins de 2 mètres des habitations.

Pourtant la protection de ce littoral et les populations qui y vivent a fait l’objet de nombreuses sollicitations en dehors même du territoire sénégalais. En janvier, le Grand-Duc Henri de Luxembourg, accompagné du Premier ministre d’alors, Mahammad Boun Abdallah Dionne, avait effectué une visite sur les lieux. L’autorité luxembourgeoise déclarait : « C’est dramatique de voir comment cette côte est rongée par la mer qui détruite des maisons. Cette langue de Barbarie risque vraiment de disparaître ». Un mois plus tard, le président de la République française, Emmanuel Macron, en visite sur ce même site, annonce une aide financière de 15 millions d’euros pour lutter contre l’érosion côtière. « Aucune des promesses financières faites ici n’a encore eu d’effets escomptés », s’indigne Iba Fall.


LA MUNICIPALITÉ PRÉVOIT DE DÉPLACER 700 MÉNAGES »

Depuis presque deux ans, la banque mondiale a lancé le programme de gestion du littoral ouest-africain. Ce projet aide les pays à accéder à une expertise et à des mécanismes de financement gérer durablement leurs littoraux. Selon les autorités municipales, Saint-Louis a bénéficié de ce projet qui tourne autour de 19 milliards de F CFA. À en croire l’adjoint du maire de la ville, Latir Fall, Saint Louis est même une priorité pour la Banque mondiale dans ce projet.

D’ailleurs, c’est grâce à ce projet que des populations de Gokhou Mbath, Guêt-Ndar et Santhiaba, qui sont réellement impactées par les changements climatiques, sont relogées dans la commune de Gandon au Nord de la ville. « À long terme, 600 à 700 ménages seront déplacés à Gandon. Le projet est cours. Une fois que ces populations seront déplacées, il y aura une bande de 20 mètres de largeur qui va s’étendre sur les 4 kilomètres du littoral que nous allons aménager. Elle devra servir de barrage entre le mur de protection et les habitations au niveau de Gokhou Mbath, Guêt-Ndar et Santhiaba », explique le Chargé de l’Économie locale de la Ville de Saint-Louis.