LES DERNIERS INSTANTS DE BAYE NIASS RACONTÉS PAR SA PLUS JEUNE ÉPOUSE




Elle a été la dernière épouse de Cheikh Ibrahima Niasse, fondateur de la Fayda alors qu’elle avait 15 ans. Elle, c’est Zeynabou Diallo. Trouvée chez elle en ce jour de Gamou, elle nous parle de sa rencontre avec Baye Niasse, du plat préféré de ce dernier et de ses derniers instants avant sa disparition en 1975. Page d’histoire.

SA RENCONTRE AVEC BAYE NIASS

« Je me suis mariée avec Cheikh Ibrahima Niasseen 1970. J’avais 15 ans. J’étais une jeune fille innocente. Mais, il faut dire que l’histoire de Baye Niass avec ma famille remonte de très longtemps. Tout est parti de mon grand parent, El Hadji Thierno Diallo. Ce dernier, Guinéen, avait fait un rêve dans lequel Baye Niass lui est apparu. Il a, un beau jour, quitté son pays natal pour aller à la recherche de ce guide religieux. Il l’a trouvé grâce à un Gambien. Baye Niass l’avait accueilli à bras ouvert et l’avait installé à Médina Baye avant de faire de lui le premier muezzin. Suite au décès de mon-père, mon père a pris la relève. Donc, mon union avec Baye a été scellée par mes parents qui étaient de vrais talibés. J’ai eu un seul enfant avec Baye Niass.


UNE ÉPOUSE GRATIFIÉE

« Baye Niass était un homme unique. Il n’y avait pas deux comme lui. Il était discret et généreux. C’est quelqu’un qui vouait un respect incommensurable à l’être humain de manière générale et, particulièrement, aux femmes. Il traitait ses épouses comme des reines. Je me souviens encore des cadeaux qu’il nous offrait surtout lors des Gamou. Il affrétait un camion de tissus pour les femmes. Comme j’étais la dernière de ses épouses, il me donnait le privilège de choisir en premier. Il me disait : « choisis les plus beaux tissus ». C’est pour vous dire combien il était généreux et comment il respectait les femmes. J’avais une relation particulière avec lui. En plus d’être son épouse, j’étais son amie. Quand il était malade, il me demandait toujours de rester à ses côtés car, disait-il, ma présence atténuait ses douleurs. Donc, je ne le quittais presque pas. C’était un honneur pour moi. A l’époque, je ne cuisinais pas. Mais, on mangeait toujours ensemble. C’est moi qui lui tenait compagnie. Son plat préféré était le « Mbaxalou Guinar ». Il en raffolait. J’étais la dernière personne avec il a partageait son dîner avant son voyage sur Londres. »

LES DERNIERS JOURS DE BAYE NIASS

Le jour de son voyage, il m’a appelée dans la chambre. Il a longtemps scruté le toit avant de formuler des prières pour moi. Il m’a dit peulh, c’est ainsi qu’il m’appelait ’’On ne t’avait pas complètement donné l’argent de ta dote. Il restait 50 mille francs CFA. On te le donnera ». Quand il est parti à Londres, on échangeait par téléphone. J’ai appris tardivement son décès. Ce sont les va et vient des vieux du quartier à l’époque et les cris du voisinage qui m’ont alertée. J’étais sous le choc. Le monde s’effondrait sous mes pieds. Je ne pouvais pas croire que Baye était décédé. Je le prenais pour un immortel. J’avais 20 ans à l’époque et je pensais qu’il allait éternellement rester parmi nous. J’étais restée 3 jours sans manger. Je ne pouvais rien avaler. Comme il avait plusieurs femmes, Baye avait, avant sa mort, choisi quatre qui en seront ses veuves. J’étais la plus petite de toutes et j’en faisais partie ».

ETERNELLE TALIBÉE

« C’est pourquoi, je resterai son disciple éternellement. D’ailleurs personnellement, je ne peux pas oublier Baye Niasse. Ses bienfaits ont traversé les frontières. Personnellement, je m’emploie quotidiennement à rendre sa ville plus attrayante et plus attractive. C’est moi qui ai planté tous les arbres que vous voyez aux alentours de la mosquée. Avant, pendant et après le Gamou, je prépare des mets que je distribue gratuitement aux daaras et aux pèlerins. Mais, C’est une façon de remercier et de rendre grâce à Baye Niass. Je ne peux jamais le payer pour tout ce qu’il a fait pour moi. Il a fait de moi ce que je suis devenue aujourd’hui ».