Malick Mbow, architecte : «Sandaga est une pièce maîtresse de notre patrimoine architectural»




La réhabilitation du marché Sandaga n’a pas fini de nourrir la polémique. L’opinion formulée, ici, par l’architecte Malick Mbow, est sous l’empire d’une préoccupation patrimoniale.

C’est parce que l’architecture constitue «la valeur culturelle d’un peuple et ce, depuis les antiquités», qu’il est d’une nécessité absolue d’y apposer l’âme des temps. C’est la conviction bien ancrée de l’architecte Malick Mbow.
Les architectes ont toujours participé, à travers leurs œuvres, à frapper les générations et l’intelligence humaine d’une empreinte. C’est pour ainsi dire que nous vivons dans un monde contingent où, pense-t-il, il faut laisser à la postérité les choses humainement et intelligemment conçues dans une nature qui ne demande qu’à être domptée. «La conscience de tout un peuple demeure dans la manière qu’ont les uns et les autres à préserver les valeurs composantes de l’intelligence de son passé. Le passé ne s’efface pas, il se préserve, quand il offre un miroir à ses semblables. Sandaga «le Soudanais», malgré ses usures, ses blessures, son état d’insalubrité et ses balafres, reste debout parce que fièrement beau. On ne démolit pas parce qu’on veut remplacer, on démolit parce que le sujet n’a rien à nous offrir alors que là, le sujet est non seulement une identité culturelle mais aussi une pièce maîtresse de notre patrimoine architectural. Le sujet ici conserve les créations architecturales du passé», soutient cet architecte bien réputé.
Le marché Kermel, la Gare de Dakar, la mairie de Dakar et plus loin ailleurs la Cathédrale de Paris assurent, à ses yeux, la sauvegarde de l’intelligence humaine. Mieux, Sandaga «le Soudanais» reflète, pour lui, une architecture unique dans sa modénature et ses indications architectoniques. «Ce projet new-look, qui viendra prendre la place du Soudanais, est un effet de mode éphémère mal copié parce que hors insertion paysagère dont la durée de vie n’excédera pas cinq années. Le prochain édifice, peut-il vraiment remplacer le Soudanais ? Alors que celui-ci tient encore debout depuis plus de 50 ans malgré son non-entretien», dit-il, non sans avertir ses pairs en ces termes : «Les architectes présents sont les coupables de demain parce que tout simplement nous sommes les garants des traces intelligentes de notre passé».
Pour le père du «Paintisme» (dessin avec comme support le logiciel Paint), «le Soudanais» étouffe parce que tout son environnement direct existant et «jeune» n’intègre pas la logique urbanistique. Celle-ci est, d’après lui, l’ensemble des sciences, des techniques et des arts relatifs à l’organisation et à l’aménagement des espaces urbains, en vue d’assurer le bien-être de l’homme et d’améliorer les rapports sociaux en préservant l’environnement. «Le Soudanais», s’interroge-t-il, ne mérite-t-il pas que les architectes lui offrent ses habits en l’état comme Kermel, la Gare, la Mairie de Dakar et Notre-Dame de Paris en cours de lifting ?
«Nous appelons à la mobilisation intellectuelle pour que les autorités prennent conscience qu’ils ont le temps de la réflexion et donc de la correction à leur profit quand elles auront entendu les nombreuses voix hurlantes et opposantes à la destruction brute de cet ouvrage génial», exhorte Malick Mbow.