Mines : les populations locales ignorent une partie des risques environnementaux, selon une étude




L’Ong Article 19 a mené une étude pilote sur le niveau de divulgation des informations environnementales dans le secteur extractif au Sénégal. Les résultats montrent que les populations locales sont peu au fait des enjeux en la matière.

Dans tout projet minier, les études de faisabilité et d’impact environnemental sont un préalable, car devant déterminer les risques d’incidences en la matière et les mesures à prendre en cas de soucis. Ce processus doit nécessairement impliquer les populations locales à travers des audiences publiques. Si cette étape est souvent respectée, une question subsiste cependant : quel est le degré de divulgation de ces données environnementales auprès des populations ?

L’Ong Article 19 a tenté d’avoir la réponse à travers une étude menée entre novembre 2019 et août 2020 dans les deux principales régions minières du Sénégal (Thiès et Kédougou). De manière spécifique, l’étude a cherché à établir le niveau de mise à disposition de l’information par les autorités étatiques ainsi que les industries extractives, mais aussi le niveau d’accessibilité de l’information des populations des risques environnementaux liés aux exploitations dans les régions cibles des zones où sont implantées les industries extractives.

L’étude révèle que 52,3 % des personnes interrogées à Kédougou et 23 % à Thiès estiment que les communautés ont été consultées lors des études d’impact environnemental. Ainsi, 14,1 % à Thiès et près de quatre personnes sur 10 à Kédougou (soient 37,2 %), ont assisté au moins au partage des résultats d’une étude d’impact environnemental et social pour un projet d’extraction minière dans leur zone. Cependant, 92 % des ménages enquêtées à Thiès et 54,7 % à Kédougou estiment que les études d’impact environnemental n’ont pas fait l’objet d’un très grand partage avec la population. La plupart des personnes enquêtées sur les sites de Thiès (97,3 %) et à Kédougou (40 %), estiment que les études d’impact n’ont pas bien informé les populations sur les risques de pollution.

Concernant l’analyse sur l’accès à l’information sociale et environnementale liée aux industries extractives, l’étude montre qu’environ 20 % des membres des communautés s’intéressent à l’information sur les activités extractives et leur impact environnemental et social. Par ailleurs, très peu de ménages des sites visités à Thiès (8 %) et à Kédougou (16 %) ont eu des informations sur le projet d’extraction minière à travers l’étude d’impact. Cependant, les besoins en information sur l’impact environnemental et social des exploitations ne sont pas satisfaits pour plus de huit membres de la communauté sur 10 à Thiès (soit 80 % des personnes enquêtées), tandis qu’à Kédougou, les besoins en information ne sont pas satisfaits pour 64,3 % des ménages.

Les audiences publiques demeurent la principale source d’information des communautés des zones visitées à Thiès, selon les autorités locales. Toutefois, dans toutes les communes visitées à Kédougou, les réunions communautaires ont beaucoup plus servi pour faire passer des informations, orienter ou renforcer les capacités des communautés. À Thiès, 84 % des ménages des communautés cibles et 51 % à Kédougou estiment que l’environnement est menacé avec le développement des activités minières. Par ailleurs, 87,6 % pensent qu’il n’y a pas une politique de prévention de la pollution. Enfin, si on se réfère à la population globale enquêtée dans les deux régions, plus de huit personnes sur 10 jugent qu’il n’y a pas eu une évaluation environnementale des sites exploités. Il n’y pas non plus une réhabilitation de sites à la fin des projets.