REPORTAGE I Parc Lambaye de Pikine : les intermédiaires, « maîtres » des lieux




Une activité débordante, de bonnes relations avec les commerçants, les intermédiaires du « Parc Lambaye » de Pikine accueillent et orientent parfois les acheteurs. D’importantes sommes engrangées quotidiennement par de « véritables connaisseurs » du milieu, souvent vu d’un mauvais œil.

Il marche lentement, puis presse le pas, pour suivre le rythme d’un vieil homme. En pantalon jean et chemise, le jeune homme finit par l’interpeller en ces termes : « Vous voulez des planches, des ardoises ou des palettes de zinc ? Je connais le bon endroit ». Le monsieur fait la sourde oreille, ensuite avance vers un vendeur de carreaux cassés. Abdoulaye est un intermédiaire. Dans son « métier », on n’est pas du genre à lâcher prise pour si peu. Alors, il insiste. « Je peux vous aider », dit-il. Le vieux, un morceau de carreau en main, répond tranquillement : « Non merci, j’ai un voisin qui travaille dans le marché ».

Bredouille, Abdoulaye retourne s’asseoir au milieu d’un groupe assis à l’entrée de l’hôtel de ville de Pikine. Quelques minutes plus tard, il propose, à nouveau, ses services à un homme qui vient juste de garer son véhicule. Après des minutes d’échanges sous la forte chaleur de cette matinée du lundi, ils entrent ensemble dans un grand magasin où sont exposées des planches, des portes et fenêtres de deuxième main. Plus de 20 portes sont commandées. Calculatrice en main, Abdoulaye aide à faire la facture en essayant autant que possible de gratter quelques FCfa au profit de l’acheteur. « Pourtant tu pouvais lui faire une réduction de 2000  FCfa », dit-il. Le commerçant répond par le sourire. L’acheteur, lui, commence à compter les billets de banque. L’opération bouclée, il se tourne vers son intermédiaire et lui remet 3000 FCfa. Visage gai, il empoche et sort de la pièce, à la recherche d’un certain Djiby pour le transport de la marchandise.

« J’y suis depuis bientôt une dizaine d’années. Du lundi au vendredi, je suis sur place pour aider les acheteurs à travers les bons rapports que j’entretiens avec les commerçants », dit-il, le regard ailleurs, guettant la moindre opportunité. Tout comme Abib Diané, sobrement habillé d’un maillot, le masque négligemment enfilé, lunettes noires au-dessus des yeux, l’homme dit avoir grandi à « Parc Lambaye ». « J’ai passé ici au minimum 18 ans. J’ai dû faire face à toutes les situations. Aujourd’hui, je gagne bien ma vie », lâche-t-il.

Des commissions entre 15 000 et 30 000 FCfa par jour

REPORTAGE I Parc Lambaye de Pikine : les intermédiaires, « maîtres » des lieux

Après avoir introduit un client et parlé avec le transporteur, Ousseynou retourne sur sa chaise, sous l’arbre feuillu, les jambes croisées. Cette activité est son gagne-pain depuis plusieurs mois. « Quelqu’un qui ne connait rien du milieu a besoin d’être accueilli et orienté », déclare-t-il d’emblée, plein d’humour. L’homme de forte corpulence propose le plus souvent des produits à l’acheteur avant de le conduire vers un commerçant. Un choix qui, dit-il, est guidé par la qualité du matériel et les bonnes relations entretenues avec le vendeur. Ainsi, les commissions encaissées peuvent aller jusqu’à 20 000 FCfa, voire plus. « C’est un travail comme les autres. Nous sommes nombreux ici, mais les plus chanceux, les mieux introduits peuvent gagner plus de 20 000 FCfa par jour. Chacun peut y trouver son compte », révèle-t-il à côté d’autres camarades. C’est une affaire de relations et de flair, selon Modou Mbaye. En chemise carrelée, l’homme établi à quelques mètres de l’hôtel de ville est prêt à offrir ses services en toute honnêteté, précise-t-il, avant toute appréciation de son activité. « Avec un service normal et satisfaisant, on s’en sort bien. Les clients nous font confiance. Certains restent chez eux et appellent pour faire des commandes.  La marchandise de qualité est ainsi livrée dans la journée », avance Modou. Selon lui, le gain varie entre le bon et le moins bon. À côté des jours creux, il y a les belles journées où il peut empocher près de 50 000 de FCfa. Élimane Diouf, bien intégré dans le milieu, va dans le même sens.  « Le gain n’est pas stable. L’essentiel, c’est de pouvoir sauter sur les belles occasions », tranche-t-il.

Un « harcèlement » inopportun

« Ils peuvent te suivre pendant plus de 10 minutes. Ils insistent et persistent », témoigne Babacar Dia. Le jeune homme résidant dans l’un des quartiers de la banlieue a bien une stratégie pour se  défaire du marquage à la culotte » exercé par certains intermédiaires au « Parc Lambaye » de Pikine. « À chaque fois, je leur dis que mon oncle travaille ici ou que j’ai déjà trouvé ce que cherchai », précise Babacar. Pour lui, il ne faut jamais leur faire confiance. « Il y a des gens loyaux comme il y a d’autres qui proposent de la mauvaise qualité pour avoir ensuite une grosse commission », ajoute M. Dia. Charpentier, M. Sakho fréquente le « Parc Lambaye » presque toutes les semaines pour acheter du bois ou des tuiles. À l’en croire, certains peuvent gagner jusqu’à 150 000 FCfa ou 200 000 FCfa en gonflant les prix. « Ils travaillent avec les commerçants. Certains ont leurs propres carnets de factures. Presque tout tourne autour d’eux », renseigne-t-il en lisant sa fiche de commandes.




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