Seingane Diallo, menuisier bénéficiaire du financement de la DER: De l’ombre à la lumière




Plusieurs plaintes, condamnation, faillite de son entreprise, puis basculement dans l’agression avec arme blanche, les années 2016 et 2017 ont été cauchemardesques pour le menuisier Seingane Diallo. Après cette descente aux enfers, il s’est relevé, en 2018, grâce à une enveloppe de 15 millions de FCfa reçue de la Délégation à l’entrepreneuriat rapide (Der). Avec un chiffre d’affaires mensuel de près de trois millions de FCfa, il emploie actuellement 17 personnes.

Nulle vie n’est lisse. Elle est tumultueuse avec de nombreux soubresauts. C’est ainsi que Seingane Diallo résume ses 36 années de vie, dont près de la moitié est consacrée à la menuiserie. En 2003, après des études jusqu’au collège et un bref passage à l’entreprise Fougerault que le gamin d’alors a embrassé le métier de menuisier. Au fil des ans, il s’est fait un nom dans son fief du quartier « La Rochette », dans la commune de Thiaroye Gare. Avec l’expérience et le savoir-faire, les commandes se bousculent sur la table du colosse au teint clair. Des sollicitations qui, paradoxalement, se sont très vites transformées en malheur, car Seingane Diallo n’arrivait pas à honorer ses engagements alors qu’il avait déjà empoché la moitié du cachet. « Ma sœur avait des problèmes rénaux. Elle devait payer 60 000 FCfa par séance. Comme j’étais son seul soutien, je me suis sacrifié. À la suite de plusieurs plaintes, j’ai été condamné à 6 mois de prison. J’y suis entré le même jour que Khalifa Sall », relate-t-il devant ses employés, le visage triste et les yeux rouges cachés derrière des lunettes verre blanc. Sa sortie de prison n’a pas mis fin à ses difficultés. Après le séjour carcéral, Seingane se retrouve confronté aux problèmes de réinsertion. Il avait toutes les peines du monde pour regagner la confiance des clients. « Beaucoup de choses se disaient sur moi. Les gens ne comprenaient pas. Les clients me fuyaient », dit-il d’une voix étreinte par l’émotion. Avec les désillusions répétitives, il finit par mettre la clé sous le paillasson. La descente aux enfers continue. Le chômage et la pauvreté entraînent Seingane Diallo dans l’agression avec usage d’arme blanche. « À un moment donné, je me suis mis à agresser les gens pour avoir quelque chose. J’ai même songé à l’émigration clandestine. J’étais perdu, déboussolé », regrette-t-il, le regard fixé au sol.

Les 15 millions de la Der, le déclic

Il avait besoin d’un coup de main pour se relever. Et Seingane Diallo tomba sur son sauveur par hasard. C’est en regardant le journal télévisé sur la Radiotélévision sénégalaise (Rts) qu’il a eu l’idée de solliciter la Délégation à l’entrepreneuriat rapide (Der). « Lorsque je suis tombé sur la publicité, j’ai constitué mon dossier et je suis allé le déposer à la Caisse des dépôts et consignations. À l’époque, la Der était en train de s’installer dans ses locaux », rappelle-t-il. Quelques temps après, le bonhomme reçoit, avec grand bonheur, un appel lui signifiant que son dossier a été retenu. La lumière jaillit ainsi sur le chemin de cet homme longtemps perdu dans les ténèbres. « J’ai reçu mon chèque de 15 millions de FCfa des mains du Président de la République au Centre international de conférences de Diamniadio. Il me l’a remis d’un ton taquin, tirant ma barbe. Après quelques difficultés liées à une erreur de chèque, j’ai perçu les fonds », précise-t-il, le visage illuminé par un large sourire.

Aux détracteurs de la Der et à la jeunesse, Seingane Diallo a un message. À l’en croire, cet instrument est une réalité et une opportunité pour les entrepreneurs. « La Der fait un excellent travail. Elle est critiquée injustement. Je demande aux jeunes de se formaliser et de se faire accompagner par des mécanismes comme la Der. Elle a changé ma vie », affirme-t-il.

L’enveloppe de 15 millions de FCfa de financement a permis au menuisier d’acquérir une raboteuse, une toupie circulaire, un compresseur airbag et de créer une salle d’exposition. Du coup, grâce à un fonds de roulement, il n’attend plus d’avoir des commandes pour se mettre à l’œuvre. Il fabrique, puis expose. Depuis l’achat de nouvelles machines, Seingane indique avoir un chiffre d’affaires mensuel avoisinant les trois millions de FCfa. « Je le répète, Pape Amadou Sarr, le directeur d’Exploitation, Baye Djigueul Diagne, et toute l’équipe de la Der ont changé ma vie. Je n’ai rien à envier aux émigrés », dit-il à haute voix. Avec l’atelier de menuiserie installé sur 150 mètres carrés (en procédure de location-vente) et la salle d’exposition, le maître-menuisier emploie, aujourd’hui, 17 jeunes. L’un d’eux, Ismaïla Kamil Mbodji, dépeint son patron comme un grand pédagogue aux côtés de qui il apprend énormément. Marié et père de trois enfants, Seingane Diallo rêve d’une grande entreprise pour employer plus et servir son pays, histoire de rendre la monnaie.