CONSTANCE SENGHOR : La championne de saut en hauteur plaide pour la relance de l’Uassu




Avec 1,83 m, Constance Senghor avait battu en 1984, le record du Sénégal et d’Afrique du saut en hauteur féminin. Si, depuis, sa meilleure marque a été effacée à plusieurs reprises au niveau continental, elle reste infranchissable au plan national. C’est une des raisons qui ont poussé l’ancienne athlète du Jaraaf de mettre en place un club spécialisé en saut en hauteur. Pour se trouver un successeur et contribuer à faire redécoller l’athlétisme sénégalais.

Le 27 mai 1984, lors des championnats nationaux d’athlétisme, sur le sautoir du stade Iba Mar Diop de Dakar. La barre est à 1,83m. L’athlète du Jaraaf, Constance Senghor, s’élance et passe par-dessus l’obstacle. Moment magique, elle venait de battre le record d’Afrique du saut en hauteur dames ! 1,83 m, c’est certes loin de l’actuelle meilleure performance continentale détenue par la Sud-africaine Hestrie Cloete (2,06 m) et avait même été effacée des tablettes par une autre Sud-africaine Charmaine Weavers et par l’Ivoirienne Lucienne Nda, notamment. Mais, cela reste « une réalisation dont je me souviendrai toute ma vie, le meilleur souvenir de ma carrière d’athlète », rappelle aujourd’hui, la voix empreinte d’émotion, la demi-sœur de Me Augustin Senghor, le président de la Fédération sénégalaise de football (Fsf). Surtout que si elle a perdu son record africain, Constance Senghor est à ce jour « la femme la plus haute » de l’athlétisme sénégalais.
Sept fois championne du Sénégal du saut en hauteur féminin (1983, 1984, 1986, 1987, 1988, 1991 et 1994), Constance Senghor s’est intéressée très tôt à la première discipline olympique par le biais d’un « cousin qui m’amenait à chaque fois au stade Iba Mar Diop où il s’entrainait », se souvient-elle. Elle a ensuite pris goût à la chose et s’est essayée au 1000 m, au 3000 m et même à la longueur. Et dès qu’elle a franchi 1,45 m au saut en hauteur dans les compétitions de l’Union des associations sportives, scolaires et universitaires (Uassu), elle a compris qu’elle avait trouvé son créneau. Avec l’aide du coach Lamine Ndao, elle y a fait son trou avec notamment ce record du Sénégal pris à Awa Dioum, autre grand nom de l’athlétisme féminin, qui résiste aux assauts.
C’est une des raisons qui ont poussé Constance Senghor à mettre en place la structure dénommée Thiaroye Athlétique Club. Consciente de la régression de l’athlétisme sénégalais, elle avait lancé un centre de formation en saut en hauteur qui plaçait ses meilleurs produits dans d’autres clubs. « Puis, j’ai décidé d’en faire carrément un club », selon la présidente, également titulaire d’un diplôme d’entraineur de niveau 3 d’athlétisme, spécialité saut en hauteur. Mais, sa seule implication à la base ne saurait suffire. Car, annonce-t-elle, « nous avons beaucoup de techniciens de qualité au Sénégal mais les leviers pour exploiter leurs connaissances ne sont pas activés par les autorités en charge de la discipline ». L’ancienne athlète, issue d’une famille de sportifs dont Joseph Senghor le coach de l’équipe de foot l’As Douanes et l’internationale de basket Jeanne Senghor, trouve même que « les techniciens qui devaient se trouver aux premières loges n’ont pas la considération qu’il faut ».

Manque de motivation
En plus, le manque de motivation qui va avec, combiné au déficit en termes d’organisation, contribue à freiner le développement de l’athlétisme sénégalais. « C’est juste parce qu’on aime ce que l’on fait qu’on continue à nous investir sans rien recevoir en retour », avance Constance Senghor. D’ailleurs, précise-t-elle, « c’est grâce à Diawar Diop et Seydou Loum, deux anciens athlètes, que j’ai pu avoir des maillots pour mes protégés ». Pour elle, un nouvel envol de l’athlétisme sénégalais passera forcément par « la relance de l’Uassu dont les compétitions permettaient de détecter les futurs champions et un soutien accru aux techniciens ».
Médaillée de bronze aux Jeux africains de Nairobi (Kenya) en 1987 et d’argent l’année suivante aux championnats d’Afrique d’athlétisme d’Annaba (Algérie), Constance Senghor est fière de son parcours, même si elle avoue n’avoir pas réalisé son rêve d’enfant : devenir une sportive de haut niveau et un cadre en médecine, en même temps. « Si c’était à recommencer, je ferais sports et études », fait-elle savoir. Mais, comme elle n’est pas du genre à pleurer sur son passé, elle se donne à fond « pour pouvoir, dans quelques années, obtenir une équipe de sauteurs au niveau de mon club à Thiaroye ». Ce qui lui ferait cependant le plus plaisir, c’est de « former une athlète de haut niveau qui pourra battre mon record du Sénégal ».
Cependant, plus que la situation d’ensemble de la première discipline olympique au Sénégal, c’est le sort actuellement fait au président Lamine Diack qui fait mal à celle qui considère ce dernier « comme un père ». Pour Constance Senghor, « malgré tout ce qu’il a fait pour l’athlétisme au Sénégal, en Afrique, en Europe et dans le monde entier, cet homme ne bénéficie pas du soutien nécessaire pour l’aider à sortir de son cauchemar et quitter la France où il est retenu dans l’attente d’un procès ». Un cri du cœur qui, espère-t-elle en tout cas, devrait faire bouger les lignes. Afin que le Sénégal retrouve au plus vite l’un de ses plus hauts cadres sportifs.




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