Grand angle-Athlétisme: Sortie de piste du Meeting international de Dakar




Depuis 2016, le Meeting international d’athlétisme de Dakar ne s’est plus tenu pour «des raisons discutables», selon certains. Çà et là, des spécialistes pensent à faire revenir au goût du jour cet important événement sportif qui attirait de grands noms de la première discipline olympique, offrait une visibilité à la capitale sénégalaise et permettait aux athlètes locaux de se frotter avec la crème mondiale.

Dossier réalisé par B. Khalifa NDIAYE et Fama NDIAYE DIOP

 «Le Sénégal regorge de potentialités. C’est un pays stable, qui a une histoire dans l’athlétisme africain et qui abrite le siège de la confédération». Le constat est de Lamine Faty, le directeur général de la Confédération africaine d’athlétisme (Caa). Et il est d’autant plus amer s’il est rapporté à la disparition du Meeting international d’athlétisme de Dakar du calendrier international des grands évènements de la première discipline olympique. «Le 1er grand meeting a eu lieu en 2005 sous l’appellation Circuit africain. De 2006 à 2009, le meeting est devenu Grand Prix Iaaf (aujourd’hui World Athletics, Ndlr). De 2010 à 2016, il est entré dans le circuit des 14 World Athletics Challenge», détaille Jean Gomis, actuel secrétaire général de la Fédération sénégalaise d’athlétisme et ancien directeur technique national (Dtn).

L’évènement attirait alors des sommités mondiales comme le Ghanéen Abdul Aziz Zakari (100 m), le Kenyan Daniel Kipchichir Komen (1.500 m), les Américains Angelo Taylor (400 m haies) et Christian Cantwell (Poids), le Russe Aleksey Dmitrik (saut en hauteur) ou, chez les féminines, la Botswanaise Amantle Montsho (400 m), la Sud-Africaine Carter Semenya (800 m), Almaz Ayanna de l’Ethiopie (3.000 m) ou l’Allemande Nadine Kleinert (poids). Face à ces ténors, s’étalonnaient les meilleurs spécialistes sénégalais dont les Ndiss Kaba Badji, Ami Mbacké Thiam, Aïda Diop, Ibou Faye, Ibrahima Wade et autres Tacko Diouf et Assane Diallo. «Le Meeting de Dakar avait, en effet, permis à beaucoup d’athlètes sénégalais de participer à des épreuves très relevées qui leur ont permis de réaliser de belles performances quelquefois qualificatives pour les championnats du monde ou les J.O, en plus de gagner des primes intéressantes», selon Jean Gomis. «Il permettait surtout de mobiliser des sponsors qui faisaient rentrer dans les caisses de la Fsa des sommes importantes pour la promotion et le développement de l’athlétisme». Et grâce à une très belle couverture médiatique, notamment télévisuelle, les épreuves du meeting étaient vues un peu partout à travers l’Afrique et le monde.

«Des raisons discutables»

Aujourd’hui, tout cela n’est que souvenir. Le Meeting d’athlétisme de Dakar a perdu son lustre et a disparu de l’agenda international au profit d’autres comme celui de Rabat au Maroc «pour des raisons fort discutables», sur lesquelles Jean Gomis n’a pas souhaité s’étendre. D’autant que «l’organisation technique et du séjour des athlètes était appréciée, que la Caa nous soutenait également financièrement. En plus, au plan local, la Mairie de Dakar appuyait fortement au plan financier et l’Etat venait compléter toutes ces opportunités financières indispensables à l’organisation matérielle, technique et financière de la Fsa». Mais déjà, en 2012, le Meeting international de Dakar avait dû subir son premier report du fait de relogement au stade L.S. Senghor des victimes des inondations et avait été annulé à cause des travaux sur ce même stade. Et le 25 mai 2016, s’est tenu le dernier «World Challenge Meeting» de Dakar pour ce qui en était la 7ème édition.

Cette année 2020, n’eût été la pandémie de la Covid-19, plusieurs évènements athlétiques baptisés «meeting d’un jour» auraient été organisés à partir du mois de mars, avec la participation de la Caa et en collaboration avec World Athletics, à travers l’Afrique : au Nigeria, au Cameroun, à Djibouti, à Maurice, en Ethiopie, au Kenya et au Congo Brazzaville. Mais, le Sénégal ne figurait pas au programme. Pourtant, lors de son séjour à Dakar, l’année dernière, le président de la Caa, Hamad Kalkaba Malboum avait estimé que cette occasion «pourrait être saisie pour faire revivre le Grand meeting international de Dakar». Si ce contretemps était un mal pour l’athlétisme africain, il pourrait être un bien pour le Sénégal qui devrait en profiter pour se remettre dans les starting-blocks afin que son grand rendez-vous athlétique revienne au goût du jour.