«Je n’aurais pas donné la victoire à Balla Gaye 2 devant Gris et à Modou Lô face à Lac 2»




Ancien lutteur devenu un consultant de la lutte très pertinent, Birahim Ndiaye met le doigt sur les plaies de la lutte avec frappe sénégalaise.

La saison de lutte arrêtée par le Covid-19

«On ne peut pas dire qu’on a une bonne saison de lutte. L’arène traverse, depuis quelques années, une crise et voilà que cette situation la complique davantage. Si des lutteurs de renom qui pouvaient avoir plusieurs combats dans la saison peinent à trouver un contrat, c’est compliqué. On ne peut pas faire 15 ou 20 ans de carrière, sans avoir 20 combats à son actif. Ça prouve qu’il y a problème. La lutte s’est stagnée au sommet. Aujourd’hui, il n’y a que des combats-revanche entre les ténors. On devait permettre à certains jeunes lutteurs qui dépassent les 100 kg d’intégrer le cercle des ténors. Reug Reug, par exemple, est un sérieux adversaire pour ces ténors. Malheureusement, on a constaté que ça tourne entre quelques ténors. L’autre facteur bloquant de l’arène, c’est la rareté des promoteurs et des sponsors. Les cachets sont très élevés et les promoteurs n’en peuvent plus. A notre époque, un lutteur pouvait recevoir un million de francs Cfa et son prochain combat encaisser 200 000 FCfa. Je ne cesse de dire aux jeunes d’aller chercher du travail parce que la lutte ne garantit plus rien. Le Cng pouvait mieux organiser les choses pour permettre aux jeunes de décrocher des combats.»

L’absence de grands combats

«Les promoteurs sont libres de choisir les lutteurs qui leurs conviennent pour faire leurs événements. Papa Sow-Siteu et Modou Lô-Ama Baldé sont des affiches voulues par les amateurs. Et les promoteurs les ont montées. Maintenant, les promoteurs n’ont plus la capacité d’organiser certains combats. Chaque dimanche raté pour un lutteur est une perte. Une saison blanche, n’en parlons même pas. Sachant qu’il y a un âge limite (45 ans), les lutteurs ne doivent pas rejeter certains cachets. Parfois, je suis étonné quand j’entends qu’un lutteur a refusé 15 millions ou 40 millions de FCfa pour une demi-journée. C’est incroyable ! Comment un lutteur peut refuser une telle somme ? Pourtant, il y a des personnes qui travaillent tous les jours de 7 à 18 heures, elles n’ont pas 200 000 FCfa. Je le dis parce que j’ai ouï-dire qu’un lutteur a rejeté 15 millions de FCfa pour un combat contre Sa Thiès.»

Le cas de bombardier, à une saison de la retraite

«Bombardier est proche de la retraite. Son exemple pousse à reposer le débat sur l’âge limite (45 ans). Aujourd’hui, Bombarier est encore apte à faire quelques saisons de plus. Je prends l’exemple de Boy Sèye et Baboye qui ont la réputation de battre de jeunes adversaires. George Foreman a livré son dernier combat de boxe contre Mike Tyson à l’âge de 49 ans. Pourtant la boxe est plus difficile et plus dangereuse que la lutte.»

Les fronts contre le Cng

«Il faut reconnaître qu’après 26 ans à la tête de cette structure, le président Alioune Sarr et ses collaborateurs ont réussi à hisser la lutte. Mais comme toute œuvre humaine, tout n’a pas été parfait. Maintenant, si les contestations s’accumulent, pourquoi ne pas céder la place ? Si Alioune Sarr était mon frère, j’allais lui dire de prendre sa retraite. Pour moi, tous ces fronts contre les lutteurs et les arbitres peuvent salir sa copie déjà propre. La lutte n’est pas une chose facile à gérer. L’histoire des arbitres a fait trop de bruits, mais pour moi, les arbitres ne sont pas aussi exempts de tout reproche. Ils ont été à l’origine de plusieurs combats litigieux et ça a fini par dégouter les amateurs qui ne viennent plus au stade. Je cite par exemple le combat Balla Gaye 2-Gris Bordeaux. Les deux ont livré un combat à sang sans se terrasser, donc il n’y avait pas lieu d’accorder la victoire à Balla. Idem pour le combat Lac 2 et Modou Lô. Si j’étais arbitre, je n’aurais pas donné la victoire à Modou Lô. On ne doit pas gagner un combat de lutte par des avertissements.»