Mame Bineta Sané : «De Thiaroye à Cannes», ma vie d’après…»




Auparavant, sa vie ne se limitait qu’aux tâches ménagères. Et par un merveilleux coup du destin, Mame Bineta Sané s’est muée en une actrice. Pas n’importe laquelle, premier rôle dans le film « Atlantique» de la réalisatrice Mati Diop, grand prix du Festival de Cannes en 2019. Aujourd’hui, Mama Sané est sous les feux des projecteurs, entre répétitions et défilés de mode…

Mercredi 22 juillet 2020… En cette matinée ensoleillée, Pikine Guinaw-Rail grouille de monde. Des petits bouts de bois de Dieu tapent sur un ballon de foot, dans une ruelle étroite. Entre éclats de rires et petites tapes amicales, il ne leur en faut pas plus pour sublimer leurs visages angéliques. Attifée d’un tee-shirt rose, sandales aux pieds, Mame Bineta Sané déboule de sa maison, portant une bassine d’eaux usées sur la tête. D’un geste machinal, elle déverse son contenu à quelques encablures de son domicile peint en jaune. «Je viens juste de terminer la lessive», murmure-t-elle, le sourire en coin. La jeune-fille toujours aussi charmante, se déploie telle une gazelle sur son mètre 85. Son teint hâlé semble être passé sous les rayons impitoyables du soleil. De prime abord chez elle, rien ne laisse transparaître que c’est une reine du cinéma qui nous accueille. Malgré les étoiles plein les yeux, l’actrice principale du célèbre film de la réalisatrice Mati Diop, semble encore garder les pieds sur terre.

Mama Sané est partie de rien, pour devenir cette héroïne qui fait aujourd’hui la fierté de ses proches. Aujourd’hui, même si avec le succès du film, sa notoriété ne dépasse pas les murs de son quartier, ses prouesses dans le septième art, sont incontestables. En attendant de briller plus, elle passe incognito dans les dédales de Thiaroye où elle a grandi et vécu pendant 18 ans, avant de déménager à Pikine Guinaw-Rail, il y a juste deux mois. Orpheline de mère, elle a été confiée à sa sœur aînée, alors qu’elle n’avait que deux berges. «Malheureusement, le cinéma n’est pas très connu au Sénégal. Les Sénégalais suivent beaucoup plus les séries. C’est la raison pour laquelle, je suis plus connue à l’étranger qu’au Sénégal. Ici, je peux aller n’importe où et même prendre les transports en commun. Les gens ne me connaissent pas beaucoup, à part ceux qui me côtoyaient déjà avant», explique-t-elle.

«Ce que Mati Diop a fait pour moi»

L’histoire atypique de Mame Bineta Sané réside dans le fait qu’elle n’a jamais tourné ni même mis les pieds dans une salle de cinéma, avant que la réalisatrice franco-sénégalaise, Mati Diop, ne croise son chemin par hasard dans les rues de Thiaroye, un ancien village de pêcheurs reconverti en banlieue oú elle était en repérage pour les décors de son film. À partir de là, sa vie va basculer. A seulement 20 ans. Dire que son train-train quotidien ne se limitait à pas grand-chose, à part les tâches ménagères dont elle s’occupait avec sa grande-sœur. De l’eau a coulé sous les ponts. «Ma participation au film «Atlantique» a bouleversé mon existence et m’a propulsée au rang de «star» souligne Mama Sané.

«Depuis la sortie du film, j’ai eu à voyager dans beaucoup de pays. J’ai fait New York et Los Angeles. Nous sommes ensuite partis en Tunisie, avant d’aller au Festival de Cannes où j’ai été nominée dans la catégorie de meilleur espoir féminin, aux Césars de 2020. Je peux dire que ce film m’a permis de découvrir le monde du cinéma et de la mode. J’ai même défilé pour la grande marque de vêtements Mugler», détaille entre deux soupirs. Un nouveau départ donc pour elle, mais aussi un nouveau statut. «Atlantique», a pour ainsi dire renfloué la tirelire de la demoiselle. Toutefois, sur cette question, elle mise sur la carte de la discrétion, en choisissant de faire l’impasse sur ses revenus. «Ce n’est pas le moment…Je peux juste dire que le film a beaucoup changé ma situation.»

Elle préfère plutôt rendre hommage à Mati Diop qui, dès qu’elle a posé les yeux sur elle, a cru en elle et a su faire ressortir son potentiel. D’ailleurs, deux ans après la fin du tournage, elle continue à l’encourager dans ses projets. Souhaitant poursuivre sa carrière dans le monde du cinéma et de la mode, Mama Sané n’hésite pas à tout mettre en œuvre pour que cela aboutisse. «Mati est une personne très reconnaissante. Parce que nous étions juste liées par ce projet et elle aurait pu tourner la page aussitôt après en avoir fini avec moi. Mais elle a décidé de m’accompagner.

D’ailleurs, elle a pris en charge ma scolarité. J’avais arrêté l’école en classe de Cm2, elle m’a demandé d’y retourner, histoire d’améliorer mon français. Elle ne reste pas trois jours sans m’appeler au téléphone pour s’enquérir de mon état. Elle me pousse à continuer les cours», confie-t-elle au sujet de la réalisatrice. C’est même celle-ci qui l’avait mise en rapport avec l’Agence Mugler pour participer à un défilé de mode. Actuellement, dans d’autres projets, elle compte l’y impliquer. Malheureusement, la pandémie du Covid-19 a tout bloqué. Néanmoins, elle reste ouverte à d’autres propositions. Jouer dans les téléfilms sénégalais, ne lui déplairait pas. Après son passage à «Atlantique», Mame Bineta Sané a été contactée par la maison de production Marodi. Un pas de franchi…